NOR
Reine un somptueux bal masqué pour lequel Piètre dispose et
décore une nouvelle salle, qui restera désormais la salle de
bal du Palais-Royal!. Parti Le 12 février en Bretagne pour
- inspecter son régiment d'infanterie et Le vaisseau qu’il devait
monter, le prince comptait revenir à temps ; mais des lettres de la Cour le retenaient à Brest et la duchesse de Chartres faisait seule les honneurs de la fête ; la Reine s’y plut de
minuit à cinq heures, ne manqua pas de passer dans une
loge pour regarder le bal de l'Opéra, mais, à la satisfaction de Mercy, elle s’abstint de jouer au très gros pharaon du Palais- Royal (jeudi gras 1778).
Jusqu’alors, agréable à la Cour autant qu’à la Ville, le duc de Chartres est bien traité de tous les nouvellistes. La grande maîtrise des francs-maçons ajoute à cette faveur publique un semblant de gloire. Les hommages empressés, que lui rendent en voyage les loges de province, rehaussent les honneurs dus au prince du sang.
Quand, à la mort du comte de Clermont (16 juin 1771), les francs-maçons de Paris choisirent pour grand maître de toutes les loges régulières de France Louis-Philippe-Joseph d'Orléans, duc de Chartres, ils ne se méprenaient point à l'égard de ce jeune prince inappliqué?. Le vénérable, les officiers et la plupart des membres de la loge Montmorency-
4 Bibl. Maz., Nouv. à la main, 24 févr.
3 Principales sources de ce chapitre d'histoire maçonnique : Ce que c'est que les francs-maçons et leurs cérémonies. Documents divers
1760-1778. Bibl. Arsenal : B, 10.247. — Planche à tracer générale de l'ins-
tallation du T. S. T. R. ét T. Cher Frère L. P. J. d'Orléans, duc de Chartres, prince du sang, en qualilé de grand maître de l'Ordre Royal de la Franche-Maçonnerie en France, broch. in-4°, 23 p. timbre, scel. sign. — J. DE LA LANDE, Francs-maçons, article inséré dans le t. 3 du suppl. de l'Encyclopédie, 1777; — J. pe Maisrre, Notice sur la francmaçonnerie, remise le 30 avril 1793 au baron Visnet des Etoles et p. par E. Dermenghem; — J.-J. Mounier, De l'influence attribuée aux philosophes, aux francs-maçons et aux illuminés sur la Révolution de
France, Paris, 1822, in-& ; — C. A. Tony, Acta Latomorum.…, Paris,
1815, 2? vol. in-8&; — G. BErTIN, Madame de Lamballe, Paris, 1888, gr. in-8° (chap. VIL); — L. AuraBue, Une loge maçonnique d'avant 1789 : la R... L.. les Neuf Sœurs, Paris, 1897, in-8°; — G. Born, La franc. maçonnerie en France, t. [, 1688-1771, Paris, 1908, in-8°, etc.
Luxembourg! qui décida de cette élection, étaient ses com-
pagnons de plaisir, qui savaient à quoi s’en tenir sur sa
capacité.
Transplantée x Paris vers 4725 par des Anglais jacobites, la société, après une première vogue passagère, avait connu des jours difficiles depuis que les réunions de € frimassons » avaient déplu aù cardinal de Fleury et à Louis XV.
Le 44% mars 1737, le cardinal-ministre mandait à Hérault, lieutenant de police, d'interdire ces réceptions et assemblées. Une faction en faveur du prince de Nassau venait d’être découverte en Hollande et dissimulée dans les loges. Les loges parisiennes, qui groupaient nombre de grands seigneurs et, disait-on, plusieurs secrélaires. d'Etat, n’offraient-elles point un abri aux cabales, sous le couvert du secret juré ? En vain F'Ecossais Ramsay, disciple de Fénelon, écrivit par deux fois au cardinal, les 20 et 22 mars, pour l’assurer qu’à « soutenir la société des franes-macôns dans les grandes vues qu’ils se proposent, $. E. rendrait son nom bien plus glorieux que Richeheu ne fît le sien par la fondation de l’Académie française ». Le prudent ministre pérsista dans sa méfiance.
Pour réprimer là maçonnerie, il n’était pas bésoin de souméttreé au Roi un nouvel édit : il suffisait d'appliquer les arrêts du Parlement, sentences ét règlements de police. Nal n’ignorait en France que toutés assemblées étaient prohibées, sauf permission royale. En droit comme en fait, Les loges étaient de ées assemblées irrégulières, saspectes de mauvaise foi ou sentant le libertinage, qui donnaient prise à la police, Hérault reçut done ordre de sévir.
Mais ces premières mesures se heurtaient aussitôt au crédit des gens de qualité, qui continuèrent à se réunir, en loges
‘ Tableau de la loge en 1772. Vénérable, Añnne-Charles-Sigismond de Montmorency-Luxembourg ; premier surveillant, son fils Anne-Paul- Emmanuel de Montmorency; second surveillant, le prince de Rohan- Guéménée ; -orateur, Paul-Etienne-Auguste de Beauvilliers, comte de Buzarçois ; secrétaire, duc de Lauzun; grand-expert, marquis de Fitz- James ; membres : vicomte d'Adhémar, marquis de Barbantane, S: À. R, de Bourbon, prince de Condé; comte de Chabot, duc de Coigny, chevalier de Durfort, duc de Fronsac, marquis de Laval, prince dé Ligne, prince de Nassau, comte d'Osmond, etc; La loge,en 1776, comprenait trente-six membres.
plus discrètes, dans leurs hôtels ou leurs châteaux, à l'abri des perquisitions. Seuls des frères obscurs furent embastillés pour peu de temps. Comme l’on ne découvrait rien de sérieux dans le secret de ces loges, même du commun, Marville (gendre et successeur de Hérault) et ses agents finirent par se lasser d’épier des maçons qu’on relâchait sans délai.
Pour sa part Louis XV ne tenait pas rancune aux contrevenants. Ses accès de sévérité contre la maçonnerie ne durent pas ; les courtisans se justifient sans peine auprès de lui du délit maçonnique. Bien qu’il eùt déclaré avec le cardinal, sur la fin de l'hiver de 1737, qu’on ne lui ferait point sa cour en s’affiliant à l’ordre, le duc d’Antin, premier grand maître français et second grand maître régulièrement élu l’année suivante, acceptait et exerçait sa dignité.
Dans les provinces où, d’après le chancelier Daguesseau, la « fohe des francs-maçons » se répandait comme une maladie « contagieuse » (4 mai 1744), le traitement des loges variait selon les villes avec les procureurs du Roi ou les juges qui souvent élaient maçons. La magistrature fournissait force recrues à l’ordre, dont les cérémonies rompaient la monotonie de la vie provinciale et revêtaient chacun d’importance. Si le chancelier Daguesseau inclinait à la répression, Guillaume-François Joly de Fleury, procureur général près du Parlement de Paris, conseillait le calme et l’indulgence à ses subordonnés!. |
Il ne se soucie guère du mystère et du prétendu secret des maçons. [Il regarde les loges comme des réunions privées où la police ne doit intervenir, comme partout ailleurs, qu’en cas de bagarre ou de tumulte. La maçonnerie ne fait plus question: il ne s’agit plus que de la simple tranquillité publique. Du jour où les frères, mieux recrutés et surveillés, assureront eux-mêmes leur police, ils seront quittes envers la police royale qui tolérera ouvertement leurs assemblées.
D'ailleurs les maçons français refusent de se reconnaître dans la constitution 1x eminentr du 28 avril 1738, et dans la bulle Providas romanorum Pontificum du 18 mai 1751, non
4 Ch. GÉRIN, Les francs-maçons et la magistrature française au XVIIT* siècle. Rev. des Quest, histor,, 1875, t. 18.
reçue en France à la vérité, « fulminées toutes deux sur des caractères qui n'étaient point ceux des véritables francsmaçons. Ils se regardent tous comme étant très en süreté de conscience, malgré les bulles : la pureté de leur morale et la régularité de leur conduite, affirmera Lalande, doit en effet les rassurer totalement ».
Une déclaration de MM. de Sorbonne, rendue publique (1784), et portant qu'on ne devait ni entrer ni rester duns la maçonnerie, ne les atteignit pas davantage dans l'opinion. Si, durant une trentaine d'années, jusqu’à la réforme du Grand Orient, ils furent de temps à autre tracassés par la police, ce fut leur propre faute, car l’ordre subit alors tous les maux de l'anarchie : querelles intestines, confusion et désordre des rites, corruption et scandales, dont il faillit périr.
Le troisième grand maître, le comte de Clermont, élu le A1 décembre 1743, de préférence au prince de Conti et au maréchal de Saxe, trompa les espoirs de l’ordre. Aussitôt rebuté par la monotonie des travaux d’atelier et la sécheresse du détail administratif, ce prince du sang abandonna ses pouvoirs à des substituts successifs. Les grands seigneurs, dignitaires maçonniques, l’imitèrent sans délai : leurs délégués, moins respectés et quelque peu négligents, ne purent maintenir contre les maîtres de loges parisiens l'autorité centrale de la Grande Loge.
De 1743 à 1762, le maître à danser Lacorne, intendant des plaisirs du comte de Clermont, disposa, comme substitut particulier du grand maitre, de l'administration maçonnique. La Grande Loge, composée à son goût, devint sa chose. Ce fut un long scandale qui chassa les honnêtes gens. L’on vit le chevalier Beauchaine installer sa loge dans le cabaret où il couchait, au Soleil d'Or, rue Saint-Victor, et donner, pour six francs, chacun des grades de la maçonnerie. La manie des titres, des cordons, des bijoux, des croix de toute sorte,
mulliplia, sous couleur de nouveaux rites, les nouveaux
grades et gâta la simplicité de l'institution première.
Enfin l’indignation des maçons zélés arracha au comte de Clermont la révocation de Lacorne. Chaillou de Joinville, substitut général du grand maître, parvient à réunir la
PR VTT
Grande Loge et entame un plan de réorganisation de l’ordre. Mais la faction Lacorne, écartée à dessein des offices par l'élection du 2 juin 4765, rompt avec la Grande Loge et distribue contre ses dirigeants des libelles injurieux. Par décret renouvelé (5 avril et 14 mai) la Grande Loge bannit de la société Les frères rebelles. Ceux-ci se présentent en nombre à la grande solennité de la Saint-Jean d'été 1767 et forcent l'entrée du temple. On en vient aux coups. La police interdit désormais à la Grande Loge toute réunion; les frères exclus, qui ne se jugent pas touchés par cette défense, se rassemblent en secret et tâchent à s’arroger l’autorité de la Grande Loge, dont les travaux sont suspendus.
Pourtant il lui faut sortir d’inertie à {la mort du comte de Clermont. Le 21 juin 1771, elle délibérait en assemblée générale, sans espoir d’aboutir, quand les frères exclus se présentent avec la promesse écrite d'acceptation de la grandemaîtrise qu'ils tiennent du duc de Chartres. En échange de cette pièce, ils réclament le rapport des décrets pris contre eux et la révision de toutes les opérations accomplies en leur absence. Les conditions sont admises : le 24 juin 4774, la Grande Loge assemblée élisait à l’unanimité le très-sérénissime frère duc de Chartres pour grand maître et le trèsillustre frère duc de Luxembourg pour administrateur général.
Comment, après avoir éprouvé les fâcheux effets de la négligence d’un prince épicurien, l’ordre pouvait-il se confier en son jeune cousin, mobile comme le mercure, impatient de toute obligation ? C’est que l'administrateur général, véritable grand maître onéraire, répondait pour le grand maître honoraire, le duc de Luxembourg pour le duc de Chartres. Anne- Charles Sigismond de Montmorency-Luxembourg, duc de Luxembourg, d'Olonne et de Châtillon-sur-Loing, pair et premier baron chrétien de France, brigadier des armées du Roi, colonel du régiment de Hainaut, présidait l’importante loge militaire issue de ce régiment et constituée par la Grande Loge de France en 1762 sous le nom de Montmorency-Luxembourg. Sur la fin de sa vie, le comte de Clermont, fort embarrassé de la confusion où sa grande maîtrise avait jeté la société, avait abdiqué ses pleins pouvoirs entre les mains de
cet officier. Ainsi l’avait-il chargé d’initier le duc de Chartres aux mystères maçonniques. Dans le désarroi de l’ordre, guetté par la police, Les frères se ralliaient volontiers autour de ce
grand seigneur, maçon convaincu. C’est par lui que la faction: Lacorne avait trouvé accès auprès du duc de Chartres et
obtenu l’agrément du prince à sa propre nomination. Offrir à l’ordre le patronage du fils du premier prince du sang, c'était se concilier les frères zélés, las de l’inaction de la: Grande Loge
et qui souhaitaient la concentration, sous une seule autorité,
de tous les ateliers.
IL s'agissait donc en 1774 de s'assurer, non d’un chef de secte, mais d’un patron puissant qui finivait Les tribulations et les divisions de l’ordre. Ni le due d’Antin, malgré son rang, ni le nonchalant comte de Clermont, quoique prince du sang, n’avaient pu préserver leurs frères des désordres du mie ni des mesures intermittentes de La police. FL importait de se rallier et de s’abriter presque à l’ombre du trône, en invoquant le Palais-Royal. Ce rôle de protecteur d’une société clandestine, réprouvée par deux bulles pentificales et une déclaration de MM. de Sorbonne, et qu’allait bientôt illustrer la persécution de Naples (1777), convenait au duc de Chartres. Volontiers les princes d'Orléans frondaient les
ministres et la police : la franc-maçonnerie répondait à ces, velléités de lumières et de philanthropie, à ce mécénat des :
philosophes d'avant-garde et des irréguliers qu'ils se léguaient comme une tradition. Les honneurs d’une dignité, à la fois secrète et publique, agréeraient d'autant mieux au duc de Chartres qu’ils ne le chargeaient d’aucune obligation. Son inappheation même garantissait qu’il ne serait point un grand maître embarrassant. Chef nominal et décoratif, il ne dépenserait ni son temps, ni sa peine, mais parfois son argent ; il prêterait surtout l’éclat de son nom, capable de pourvoir Fordre d’une importance mondaine qui le devait rendre inattaquable.
Pourtant cette grande maîtrise n’alla point toute seule. Vingt-huit mois passèrent entre l’élection et l'installation du prince, qui sembla se dérober. Le 17 octobre 1774, une circulaire de la Grande Loge de France qui annonçait à la