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fois la nomination et Facceptation du grand maître, invitait les loges provinciales à assister par députés à la solennité de l'installation, prévue pour k fin de novembre. Ox le due de Chartres ne signait le procès-verbal d'acceptation que le 5 avril 17172! ; et c’est seulement le 22 octobre 1773 qu'il daignait se prêter à la cérémonie de son installation.
I avait accompli ses 25 ans, Fâge requis pour le grade de maître, dès Le 13 avril 4772. Ce n’est donc pas dans l'attente d'une majorité maçonnique à laquelle le grand maître n’était pas soumis, qu’on laissa courir un tel délai. Le fait est que le prince, à peine élu, faillit rejeter sa dignité. La Grande Loge, après l’élection du 24 juin 4774, s’était reprise en reconnaissant dans le parti du duc de Luxembourg l’ancienne faction Lacorne. Ce parti entréprenant et actif tendait à une réforme générale de l’ordre qui menaçait l'indépendance et l’inamovibilité des maîtres parisiens, propriétaires de leurs loges. Plusieurs d’entre eux, mécontents de s’être laissé imposer un chef dut choix des adversaires, déclaraient 1llégale l'élection du due de Chartres. Le jeune prince, qui se moquait de ees disputes ét risquait d’être moqué à son tour, ne voulut plus rien entendre et laissa le champ libre à l'administrateur général. C’est en dehors de lui ét sans lui que s’accomplit la réorganisation de la société. Ce véritable interrègne de 28 mois appartient au duc de Luxembourg, grand réformateur et restaurateur de la maçonnerie, grâce à son rang, à son zèle et à son assiduité qui devaient triompher d’une opposition négligente.
Sur les représentations énergiques des frères bannis puis rentrés en grâce, la Grande Loge s'était décidée à nommer huit commissaires qui devaient chercher remède aux maux dont souffrait l’ordre. Cette commission travailla chez l'administrateur général et d'accord avec lui, sans plus se soucier du corps qui l’avait élue. En six mois, elle avait rédigé un projet de statuts, trop nouveaux pour gagner l'adhésion de tous les maîtres parisiens. Aussi le due de Luxembourg engagea-t-il par circulaire, au nom de légalité, les loges de pro-
1 Voy. cet acte donné par le duc de Broglie (TazcEyrAND, Mém,, k 167, note).
vince, qui jusqu'alors n’avaient pris aucune part à l’adminis- tration générale, à députer; vers Paris, pour délibérer sur ce projet. La difficulté des voyages rendait presque illusoire cet essai de représentation. Maintes loges provinciales devaient s’en rapporter à des frères étrangers : elles furent invitées à envoyer leurs pouvoirs en blanc à l’administrateur général qui aurait soin de leur choisir comme député « quelque frère distingué par son zèle et par ses lumières ».
Le 5 mars 1773, ces députés des provinces, parisiens pour la plupart, parvinrent à se grouper chez le duc de Luxembourg. Le 8 mars, ils confirmaient par acclamalion l’élection du grand maître et de l'administrateur général : le lendemain, réunis aux huit commissaires de Paris sous le maillet du duc, ils déléguaient sept d’entre eux, conduits par l’administrateur général, au très-sérénissime frère duc de Chartres pour lui faire part de son élection confirmée et recueillir son acceptation dernière. Puis ils se proclamaïent seul et unique tribunal de l’ordre sous le titre distinctif de Grande Loge Nationale de France dont le frère baron de Toussainct était nommé d'office secrétaire général. Les maîtres de Paris, distribués en cinq divisions, chargeaient de leurs pouvoirs quinze députés pour les y représenter.
Le 28 mai, une neuvième assemblée élisait au scrutin le respectable frère comte de Buzançois pour grand conservateur; elle proclamait, sur la désignation du très-illustre administrateur général, les quinze officiers d'honneur, confirmés dans l’assemblée suivante, le 10 juin.
Les quatre premiers chapitres des Statuts de l'Ordre royal de la Franc-Maçonnerie en France arrêtés en Grande Loge nationale, le 26 juin 1773, étaient adressés et soumis aux loges des provinces, avec demande d'approbation. Selon ces statuts, le corps central invariablement fixé à Paris, qui aurait seul désormais droit de législation dans l’ordre et charge de correspondre avec les différents orients du royaume et de l'étranger, prenait le nom de Grand Orient de France. Le Grand Orient, composé des officiers, des vénérables en exercice et des députés des loges, tant de Paris que des provinces, octroierait seul des titres constitutifs de loges et
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chaque loge adhérente devrait se faire reconnaître et reconstituer par lui : il se réservait ainsi d’épurer le personnel de l’ordre. Fidèle aux principes de liberté maçonnique, ce conseil représentatif déclarait illicite l’inamovibilité des maîtres qui durent se démettre. Désormais il n’y eut plus dans les ateliers que des officiers électifs et temporaires ; le titre de vénérable remplaça celui de maître.
Trois sortes de recettes couvriraient les dépenses de ce gouvernement central : le produit de constitution de loges (dont le droit fut fixé à 120 livres), le prix des passeports (6 livres) qui donneraient aux frères en voyage la clef des loges du royaume et des orients étrangers, enfin les dons gratuits des loges, proportionnés au nombre et aux facultés de leurs membres.
Le duc de Luxembourg avait présidé exactement à toutes les assemblées, où il avait répandu « autant de lumières que d’aménité ». La connaissance intime qu’il avait acquise des divers membres, dans les comités particuliers, assura le succès de cette petite révolution. Le 24 juin 1773, jour de la Saint-Jean, il avait offert à la Grande Loge nationale une fête magnifique qui s’était prolongée fort avant dans la nuit. Au son des instruments et au bruit des décharges multipliées, l’on porta la santé du Roi, celle du grand maître, celle de l’administrateur-général, celle de la Grande Loge et de toutes les loges. Par un heureux hasard, l’on y comptait 81 frères « nombre parfait ». C'était la première fois où l’on vit tous les maçons de France réunis ou représentés par des députés de tous les points du royaume et même du Nouveau Monde. Et quels hommes ! l’élite de l’ordre, grands seigneurs, militaires et savants réputés, se pressait autour de l’administrateur-général triomphant. La lettre circulaire aux frères des provinces chantait la louange de celui qui, € après avoir été le restaurateur de nos travaux, la source de notre gloire, le protecteur et le guide de nos opérations, a voulu encore être l’auteur de nos plaisirs ! »
Le temple achevé, le Grand Orient se vit dans la nécessité de rappeler au duc de Chartres son acceptation de la grande maîtrise. Le mardi 31 août 1773, le comte de Buzançois,
grand conservateur, le chevalier de Luxembourg, premier grand surveillant, Bacon de la Chevalerie, grand orateur, et le baron de Toussainct, secrétaire général, sollicitèrent une audience pour présenter à leur chef le corps complet des opérations de la Grande Loge nationale, depuis le 5 mars jusqu’à ce jour : ils ne furent pas reçus.
La naissance du duc de Valois, fils unique et premier-né du très-sérénissime grand maître (6 octobre), fournit l’occasion d’une nouvelle démarche. La joie paternelle rendrait le prince plus accessible. Dès le lendemain 7, les officiers d'honneur, les présidents et les orateurs des trois chambres du Grand Orient se rendirent en corps au Palais-Royal pour complimenter le grand maître. Cette ‘fois, l'administrateur général avait pris Les devants et obsédait le duc de Chartres, crainte d’un nouveau refus :il les-pria de repasser le lendemain à la même ‘heure.
Enfin ce vendredi 8 octobre, le grand orateur, entouré des notables de l’ordre, put haranguer le grand maître.
.… Le Grand Architecte vient de vous accorder un successeur ; tous nos cœurs ont partagé ce bienfait, vous daignez nous admettre à vous en féliciter. Croyez, très sérénissime frère, qu’il n’est aucun de nous qui ne sacrifiät son héritier, qui ne se sacrifiàt lui-même, pour vous conserver ice précieux rejeton «du sang qui nous est le plus cher.
Le duc de Chartres remercia, ‘approuva toutes les opérations accomplies jusqu'alors, assura l’ordre de sa protection ét promit de donner jour pour son installation au retour du voyage de Fontainebleau. Le lendemain, il daïgnait signer la planche à tracer (le procès-verbal) des travaux tenus en sa présence et de son agrément.
Le mardi suivant, 12 octobre, Les frères Bacon dela Chevalerie, le chevalier Destours, grand trésorier et le comte de Stroganoff, premier expert de la Chambre d'administration, vinrent prendre les ordres du grand maître qui fixa sont installation au vendredi 22 courant, à midi.
Ce jour-là, le Grand Orient s’assembla en la maison dite la Folie-Titon, rue de Montreuil, faubourg Saint-Antoine, dans une vaste galerie, tendue d’une étoffe couleur feu,
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ornée de festons, de franges et de crépines d’or, « éclairée du nombre parfait de 84 étoiles, représentant le peuple maçon, ét de 66, représentant le nombre complet des offieiers ». L'Orient était décoré de velours cramoisi, semé de His d’or ; à l'occident, un soleil couchant au naturel dardait ses rayons expirants. La voûte de la salle était d’azur, parsemé d'étoiles et bordé de glands d’or. Les députés du Grand Orient étaient réunis et rangés, suivant le rite : les officiers d'honneur à l’orient, sur des fauteuils ; les officiers en exercice sur des banquettes, au pourtour du temple. Tous étaient revêtus de couleur feu, habillés et armés de leurs outils.
À midi, le duc de Luxembourg ouvre les travaux. Le duc de Lauzun, second grand surveillant, le médecin Gardane, quatrième expert de la Chambre d'administration, et Hue de Bréval, garde des seeaux, faisant fonetions de maître des cérémonies, vont avertir le grand maître que les ouvriers sont à l’atelter. Le prince Adam Czartorysky, lieutenant général de Pologne, accueïlli comme visiteur, se mét à la droite du secrétaire général.
Le grand maître se ‘fait annoncer. ‘Cinq frères, députés pour le reconnaître, le conduisent sous fa voüte d’acier jusqu'aux ‘degrés de l'Orient où l’administrateur général reçoit son obligation, lui donne Le baiser de paix, lui présente le premier-maillet et l’installe. Tandis qu'éclatent les acclamations et les applaudissements réguliers, Méry d’Arey, grand héraut d'armes, saïsit le glaive flamboyant de l’ordre, le due de Lauzan, Le maillet de surveillant. Alors l’administrateur général renouvelle entre'les mains du grand maître le serment qu'il avait prèté au Grand Orient et lui tourne un compliment discret.
… Flatté de vous avoir initié dans nos mystères, il n'était dû de vous inaugurer et de vous installer parmi nous. Dirigez nos travaux, soyez-en le protecteur «et daignez üe jamais oublier . l'hommage ‘tendre et sincère que je vous consacre dans ce moment, au nom du peuple maçon, et que mon cœur répèle avec le plus grand plaisir.
Le grand orateur Bacon de la Chevalerie, plus disert, rappelle « l’état affligeant, presque désespéré » de la maçon-
nerie française, tombée dans « le mépris des Orients étrangers », par la négligence du comte de Clermont, et indique à grands traits la réforme accomplie sous ie nom du duc de Chartres : l’épuration et la réconciliation des membres de la société, administrée désormais par trois chambres élues pour trois ans. Îl appartient au grand maître de vérifier ces travaux pour les légitimer, pour imposer à l’ordre tout entier la loi de les reconnaître. Quinze officiers d'honneur, à son choix, assurent la correspondance entre lui et l’ordre. Nommés par la force des circonstances avant l'installation de leur chef, ils offrent de se retirer. Mais le très-sérénissime grand maître confirme leur nomination et reçoit le serment que le grand orateur prononce en leur nom !. :
Puis, en marge de la page 35 des Statuts generaux, il fait mettre l’apostille suivante : « Nous confirmons et approuvons les presents statuts et réglements pour étre exécutés par toutes les Loges dans toute l'étendue du globe François Maçon, le 22 octobre 1773. » Il paraphe F. L. P. J. d'Orléans. Au-dessous, son secrétaire particulier pour les affaires maçonniques contresigne : (« Par mandement du très-sérénissime Grand- Maître : Gardane. »
Enfin le duc de Chartres ferme les travaux du Grand Orient, signe le procès-verbal, y ordonne d’apposer son sceau qui décorera désormais tous les actes, selon les statuts et règlements.
L'assemblée se sépare ; les députés des Chambres se groupent dans leurs ateliers respectifs. Seuls demeurent auprès du grand maître, l'administrateur général et les offi-
* Grand conservateur de l'Ordre, le comte de Buzançois : représentant du grand maître, le prince de Rohan-Guéménée ; premier grand surveillant, Anne-Paul-Emmanuel de Montmorency ; second grand surveillant, le duc de Lauzun; grand officier, J.-J. Bacon de la Chevalerie: grand secrétaire, L.-J.-B. marquis de Seigneley; grand roi d'armes, Jean Bretagne, duc de la Trémoille et de Thouars, prince de Tarente; grand expert, prince de Pignatelli, grand d'Espagne ; grand garde des sceaux,
Anne-Emile-J.-B, vicomte de Rouault; grand garde des archives, Adrien-
J.-Ch. chevalier de Launay; grand trésorier, Pierre-Catherine Giraud-
Destours ; grand architecte, le comte d'Ossun ; grand introducteur, mar-
quis de Clermont-Tonnerre; grand maître des cérémonies, marquis de Fitz-James ; grand hospitalier, comte de Périgny ; grand aumônier, marquis de Briqueville. La plupart étaient officiers où membres de la loge Saint-Jean de Montmorency-Luxembourg. .
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ciers d'honneur qui lui font cortège. Précédé du comte de Périgny, grand hospitalier qui porte le glaive flamboyant de l’ordre, le prince traverse successivement la Chambre d’administration, couleur de feu, la Chambre de Paris, couleur vierge, et la Chambre des provinces, couleur des élus : chacune éclairée de 21 étoiles, par allusion aux 21 membres qui la composent. Chaque fois reconnu et salué d’une harangue, il vise et scelle les lettres d’érection de chaque chambre, et remet le maillet au président, qui lui exprime l’obligation des officiers présents.
. Cependant les frères invités attendent sur le parvis l'heure du banquet. Trois frères sont chargés de recueillir les lettres d'invitation et d’en reconnaître les porteurs. Ils n’admettent que les maçons réguliers. Un frère Le Clerc, se disant vénérable et député d’une loge de Lyon, « signalée comme trop spéculatrice », et qui d’ailleurs ne s’est pas mise en règle, est éconduit à titre d'exemple. L’on fait de même l’appel et la reconnaissance des frères servants.
Alors sept frères introduisent le très-illustre administrateur général, qui est conduit à l’orient sous la voûte d’acier et reçoit le premier maillet. Trève aux travaux ! c’est l’heure du banquet servi dans la galerie où s’est accomplie la cérémonie du matin. Les cristaux, les figures, les fleurs et les fruits couvrent les tables dressées en fer à cheval. A dix heures, au milieu du repas, on commence à célébrer les santés : La première, celle de Louis XV, « l’auguste monarque » et de la famille royale. « Les applaudissements mystérieusement répétés ont été accompagnés des vœux les plus sincères pour la conservation des jours précieux de Sa Majesté, la gloire de son règne et la prospérité de l’Etat. » La seconde appartient au sérénissime, très respectable et très cher frère Louis- Philippe-Joseph d'Orléans, prince du sang, grand maître : mais il manque à la fête. Il a cédé volontiers la place au très respectable et très cher frère Anne-Charles-Sigismond de Montmorency-Luxembourg, duc de Luxembourg, administrateur général dont la santé, la troisième, appelle des applaudissements marqués. Après la septième santé, ce véritable chef proclame solennellement pour la troisième
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fois l'installation du sérénissime grand maître. Les. deux surveillants lui font écho, l’un après l’autre. L’applaudissement rituel se répète quand, l'administrateur général porte la santé du duc de Valois. Après les chants et le divertissement en musique, le baron de Toussainet entonne le cantique de l’ordre, pour célébrer la dernière santé d'obligation « celle de tous les frères répandus sur la surface de la terre ». Puis chacun signe le procès-verbal de ce jour « glorieux » qui finit heureusement « au sein de la paix, de l’union et de l'harmonie ».
La cérémonie, qu'on s'était efforeé d'accorder avec la dignité de l’ordre, revint à 83.848 livres 10 sols, plus une contribution de 30 livres pour chaque frère présent : il n’en avait coûté au duc de Chartres qu’un peu de patience.
Les statuts ayaient taillé à sa mesure ces fonctions de
grand maître. Le pouvoir personnel du premier officier de
l’ordre se bornait à la nomination des quinze officiers d’honneur, personnages de pure représentation comme lui, bien qu'ils eussent place à la Grande Loge ou loge du Conseil, qui siégeait une fois par mois pour préparer les affaires soumises au Grand Orient ou receyoir les appels. Tous les actes de l’ordre étaient expédiés en son nom: les constitutions de loges, les provisions des officiers, les lettres des officiers honoraires étaient scellées de son sceau. Mais ses prérogatives étaient facultatives. « Il pourra se présenter et présider à toutes les assemblées de l'ordre», édictait l’article 4, tandis que Particle 2 le déchargeait aussitôt de ioule obligation: « Le grand maître, ne pouvant se livrer au détail de l’administration, il référera à l’administrateur général les mémoires ou les demandes qui pourront lui être adressées relativement à l’ordre. »
À la fin de 1775, les deux autres grands officiers, l’ dE trateur général et le grand conservateur, abandonnant leur qualité d'inamovibles, devinrent électifs pour trois ans comme
les officiers en exercice. Seul inamovible, le due de Chartres
offrit sans délai le sacrifice de son privilège : le Grand Orient s’y refusa. Du moins le grand maître put-il renoncer l’année suivante à la nomination des officiers d’ honneur qui devinrent
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