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recrutés dans la fleur de la société, par la régularité, l’abondance et la justice des aumûnes. La secte écossaise recherchait au dehors la somptuosité des décorations, des fêtes et des festins, dans l’idée de nourrir et de propager la bienfaisance et la vertu, C'était une puissance que la Mère-Loge du rite écossais philosophique, dite de Saint-Jean d’Ecosse du Contrat Social, avec laquelle le Grand Orient avait dù transiger, car elle menaçait d'entraîner dans un schisme nombre de loges parisiennes et provinciales. Le 19 juin 1779, elle avait acquis à Paris, rue Goq-Héron, la maison connue sous le nom de l'Hôtel des Archives de la Grande Chancellerie de France ;
le 24 décembre suivant, le jour même où elle recevait parmi
ses membres lintrépide Paul Jones, le marquis de La Rochefoucauld-Bayers, grand maître du rite, posait la première pierre d’un nouvel édifice qui fut inauguré solennellement le 13 décembre 1780. De l’ancien hôtel ne subsista que la galerie peinte par Huet, galerie dont le vaisseau immense abritait les grandes assemblées de communication. L'installation dans la Mère-Loge écossaise d'adoption de la princesse de Lamballe, comme grande maîtresse de toutes les loges écossaises régulières de France, marqua le triomphe du rite (20 février 1781) ; les fêtes brillantes de la rue Cog-Héron allaient éclipser celles de la loge a Candeur, atteinte vers 1785 par la rupture décidée entre la société de la reine et le Palais-Royal. C’est là que le duc de Chartres, devenu duc d’Orléans, viendra papillonner le plus volontiers jusqu’en 11789. Une grave fluxion de poitrine, déclarée le 30 août 1777, qui met en danger les jours du jeune prince et ranime pour un temps l'amour paternel du due d'Orléans, provoque maintes démonstrations publiques. Elles nous donnent la note de la première réputation du duc de Chartres. Bien qu'il n’eût pas été administré, un Te Deum fut chanté à Saint-Eustache, sa paroisse, le 14 septembre, pour rendre grâces de sa conyalescence ; on y remarqua, derrière le due d’ Orléans, le duc de Ghoiseul à son rang de marguillier d'honneur. Quand le jeune prince parut dans sa loge à l'Opéra, le quatrième jour après son rétablissement, le public manifesta sa joie. Les francs-maçons, illustrés par la récente persécution de Naples
interrompue à la prière de Marie-Caroline, ne manquèrent point de fèter en grande pompe l’heureuse guérison. À l'issue même du Te Deum à Saint-Eustache, la Mère-Loge du
rite écossais philosophique donna une fête brillante au
Vauxhall : trois pauvres filles furent mariées et trois enfants de maçons malheureux mis en apprentissage. À la suite du
banquet, on tint une loge d’adoption sous les auspices de la
princesse de Lamballe. Le mercredi 17 septembre, la loge des Neuf Sœurs fit chanter une messe et un Te Deum en musique dans l’église des Cordeliers ; par billets imprimés, elle invita nombre de personnes de tout rang ; il y eut une marche düifférente pour les hommes et pour les femmes qui n’entrèrent qu'avec des signes de reconnaissance. L’on vit dans la nef douze prisonniers pour dettes que la loge venait de délivrer et, à l’offrande, l’on quêta pour les pauvres. Le 1° novembre, la Grande Loge de France suivit cet exemple dans l’église des RR. PP. de Nazareth, rue. du Temple, et une députation d'officiers s’en fut au Palais-Royal présenter au grand maître une épître en vers de circonstance. L'événement fut commémoré par la gravure et par le kivre. L'on colporta
L'hommage de la Loge de Thalie, sur la convalescence du Très- [lustre Frère L. P. J., duc de Chartres, Grand-Maître de toutes les loges de France : discours prononcé en loge par le F. Dusausoir, membre de la J. E. parfaite Loge de Thalie, à l'O. de Paris. Le 29° tit du 7° mois de l’an de la V. L. 5.777.
Viens, cher Prince, on t'attend et nos palmes sont prêtes; Nos femmes, nos vieillards te préparent des fêtes ::
Tu verras nos enfants, oubliant leurs ébats,
Pour mieux te regarder s’élancer dans nos bras.
D'une sombre terreur cessant d’être la proie,
Nous frapperons les airs des cris de notre joie.
Viens ! satisfais aux vœux de nos cœurs empressés, Entends tous les Maçons réunis et fixés
Répéter avec moi, dans ce jour plein de charmes :
€ Le Dieu de l’univers, touché de nos alarmes,
D’un succès éclatant a couronné nos vœux :
En nous rendant Bourbon, il nous rend tous heureux‘. »
Métra, 22 nov.
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Dans ce concours de vers de circonstance, l’on retint surtout les couplets de Sedaine, que les musiciens chantèrent pendant le dîner du prince, et le conte en vers, intitulé Daphnis et Chloë, de l'abbé de Favre.
Une gravure allégorique figura /e rétablissement de la santé de S. A. S. M£' le duc de Chartres.
Les Parques, disait la légende, ourdissent la trame des jours du Grand-Maiître L. P.J. d’Orléans, duc de Chartres... Esculape en soustrait le fil précieux au fatal ciseau d’Atropos. La Maçonnerie voit avec consternation sa lumière sur le point de s’éclipser, tandis que l’Hymen, assis sur les attributs des Arts, tenant dans son bras deux couronnes de myrte (symbole de la naissance des princes : le duc de Valois et le duc de Montpensier) pose sur l’écusson de S. A. S. deux autres couronnes tissues de roses, figurant les deux princesses jumelles nouvellement nées‘.
Ses jours filés par la Félicité Echappent au ciseau de la Fatalité.
A ces fêles parisiennes firent écho les fêtes de l’apanage. Des Te Deum furent chantés à Villers-Cotterets, à Saint-Cloud à Livry. L'Université et l'Hôtel de Ville de Poitiers firent célébrer des messes solennelles. Un horloger de Chaumont-en- Bassigny, qui avait le titre d’horloger-dessinateur deS. À.S., imagina une petite fête touchante dont parla la Gazette de France (24 octobre 1771).
Aimable par sa tournure, son élégance et son esprit, chéri du public, envié pour sa fortune, qui s’annonçait plus brillante et plus indépendante que celle d’aucun membre de la famille royale, le duc de Chartres pouvait alors passer, aux yeux des gentilshommes, pour « l’homme le plus heureux du royaume*. »
1 Mie d'Orléans et M!': de Chartres, nées le 23 août 1777. 2 D'HÉZECQUES, Souvenirs, pi 79.
Philippe-Egalité 17