‹ La Jeunesse de Philippe-Égalité:Chapitre 45 sur 114 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Cependant la duchesse de Chartres, après quelque attente, donnait à la Maison des princes et des princesses. Le 10 octobre 1771, elle était accouchée d’une princesse mort-née ; au mois de juillet de l’année suivante, elle prenait les eaux de Forges pour accroître ses chances d’heureuse maternité. Elle se laissait devancer par sa belle-sœur, la duchesse de Bourbon qui, le 2 août 1772, mettait au monde le duc d'Enghien, héritier des Condé. Enfin, le 6 octobre 1773, lallégresse emplissait le Palais Royal. Le duc de Valois, le futur roi Louis- Philippe, venait au jour à trois heures et demie du matin, sous les yeux du prince de Condé et du duc de Bourbon. « En labsence du Parlement », trois notaires dressaient, devant ducs et pairs, l'acte de notoriété que Louis XV signait, sans difficulté, malgré l’avis de Maupeou qui protestait contre la méconnaissance de son parlement*. Le 3 juiflet 1775 naissait le duc de Montpensier, puis, le 23 août 1777, des princesses jumelles aussitôt ondoyées sous le nom de M'* d'Orléans et de Chartres. L’aînée devait mourir avant l’âge de cinq ans, le 6 février 1782, après la venue d’un troisième prince qui fut nommé comte de Beaujolais? (7 octobre 1779).

Selon la coutume, tout le bien du duc de Chartres était substitué à l’aîné, le duc de Valois. Il fallait assurer la fortune des cadets, éviter qu’en leur personne la Maison ne vint à

* Arch. Nal:,°K,. 149, n°24 et 96.

* Harpy, I, 421 sq.

* Arch, Nat, K. 142, ne: 98, 36 à 38,

déchoir, Le choix de leurs noms avait déjà posé la difficulté de leur sort. Les plus beaux noms.qui s’offraient aux fils de la Maison étaient ceux des quatre duchés de l’apanage : Orléans, Chartres, Valois et Nemours. Aussi avait-on songé à nommer duc de Nemours, le cadet du due de Valois. Mais, puisqu’aucune terre d’apanage ne pouvait échoir aux cadets, 1 parut plus convenable au duc d'Orléans de donner à ses pelits-fils puinés le nom d’une terre qu’ils pussent posséder. Le duché de Montpensier, ainsi que le comté de Beaujolais, domaines hérités de la branche de Montpensier, étaient deux biens patrimoniaux qui leur pouvaient un jour revenir!.

Chaque génération éloignait du trône la Maison d'Orléans. De Fils de France avec Monsieur, frère de Louis XIV, — son chef était devenu petit-fils de France avec le Régent qui n'avait conservé que par grâce le traitement de Fils de France et le titre d’Altesse Royale?. Louis le Génovéfain, que les juristes du Palais-Royal qualifiaient d’arrière-petit-fils de France, avait dù se contenter de l’Altesse Sérénissime, mais en gardant rang et qualité de premier prince du sang. Selon les meilleurs juristes, — notamment du Tillet — il restait en effet le plus proche du trône après les fils et petits-fils du voi régnant, lesquels, — ne comptant que comme une seule et même personne, pour être tous d’une même condition et dans la ligne directe, — ne l’empêchaient pas d’être, comme premier collatéral, la seconde personne de France. Ges rang et qualité emportaient, avec les grands honneurs, le droit d’avoir chancelier et grands officiers.

Le fait est que le duc d'Orléans se trouvait alors le seul prince apanagiste du royaume, et que cet apanage, distrait et émané de la couronne même dont il retenait quelque chose, le faisait être et estimer en droit, partie et portion du Roi même, caractère inné qui le mettait au-dessus de tous les premiers princes du sang des précédents règnes. En outre,

1 Nouv, extraord., 19 oct. 1779.

% Maname, Corresp., trad. Jaeglé, I, 108 et LL, 53, 54.

® Arch, Nat.,K. 557. Mémoire de M, Aubry, avocat de S. À. R. aux Conseils du Roy, sur le droit d’avoir un chancelier et d’autres grands officiers appartenant à M® le duc d'Orléans (juin 1701); Mémoire sur le droit de S. A.S. Ms le duc d'Orléans d’avoir un chancelier, 7 déc. 1723.

d’après l’édit mème de constitution de l'apanage (1661) et les déclarations des 2 avril 1664 et 24 avril 1672, Louis XIV avait donné à Monsieur et à ses hoirs mâles la pleine provision de tous les offices ordinaires des quatre duchés et de toutes les seigneuries qui le composent. Afin de pourvoir à tous ces offices, le duc d'Orléans avait besoin d’un chancelier et d’une chancellerie. L’édit de janvier 1724 avait accordé au fils du Régent le chancelier et les officiers nécessaires à l’apanage.

En 1752, la Maison d'Orléans reculait au quatrième degré, en la personne de Louis-Philippe dit le Gros. Resterait-il premier prince du sang ? Les gens de cour se posèrent la question. Louis XV la trancha en faisant prendre les armes par ses gardes du corps devant son cousin, qui venait le saluer au lendemain de la mort de son père ; car cet honneur n’appartenait pas aux autres princes du sang. Il lui conserva la même maison avec chancellerie, et y ajouta même, à la place d’un simple gentilhomme de la vénerie, une charge de premier veneur, supprimée en 1701 à la mort de Monsieur, grâce véritable, puisque c'était le Roi qui payait tous les premiers officiers des maisons princières'. Ainsi soldés par Sa Majesté, les gens de qualité ne faisaient pas difficulté d’y entrer. Mais Louis-Philippe le Gros, aimable et rond, avait toujours été bien en cour. Qu’adviendrait-il à sa mort? Quel serait Le rang et la condition du duc de Chartres? Les conditions avaient changé, depuis treize ans, pour le Palais-Royal.

Les deuils qui avaient frappé dans leur descendance Louis XIV et Louis XV avaient, à trois reprises, mis le duc d'Orléans sur les marches du trône. En juillet-août 1721, la maladie de Louis XV tourne tous les regards sur le Régent, héritier désigné de la Couronne. Puis le Dauphin, fils de Louis XV, né le 4 septembre 1729, se trouve seul à barrer Louis le Génovéfain. Le duc de Bourgogne n’a pas un an accompli que la petite vérole attaque le Dauphin son père (4 août 1752) : Louis-Philippe le Gros devient à son tour le point de mire des courtisans. Le 20 décembre 1768, le

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‘ Arch. Naï., R‘1097, ne 1950; Lunyes, XL, 396; Barbier, IIL, 343. à

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