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Dauphin disparaît, après ses deux fils ainés, le duc d’Aqui-
taine (1754) et le duc de Bourgogne (1761). Restaient pour
succéder à Louis XV trois petits-fils de onze, dix et huit ans, encore à la merci d’une épidémie. Car l’événement l'avait montré : le nombre et la diversité même du domestique faisait que la santé des petits princes était moins bien gardée que celle des petits bourgeois.
Mais depuis, ces trois héritiers royaux, résolus à vivre, avaient échappé à l’enfance et s’étaient mariés. Si l’aîné, devenu roi, et son cadet, le comte de Provence, semblaient jusqu'ici frappés de stérilité, le troisième, le comte d'Artois avait déjà poussé deux rejetons : le duc d’Angoulème (6 août 1775) et le duc de Berri (24 janvier 47178). Louis XVI avait apanagé ses deux frères qui, en leur qualité de Fils de France, précédaient de loin le premier prince du sang. Bien que leur Maison fût montée chacune sur un plus grand pied, ils jalousaient la Maison d'Orléans, leur doyenne apanagiste!, plus brillante de fait, puisque, longtemps unique, elle avait pu s’annexer charges et privilèges, sans rivalité. Le duc de Chartres aurait d'autant plus de peine à succéder aux titres, honneurs et prérogatives du duc d'Orléans, son père, qu’il faudrait désormais pourvoir les fils et petits-fils de France. La concurrence serait plus dure encore à ses enfants. Quel sort leur serait fait?
Il s’agit donc de défendre, contre ces apanagistes nouveaux venus et besoigneux, la situation acquise de la Maison d'Orléans, en particulier l'héritage des parents : le comte d'Eu, le prince de Conti, le duc de Penthièvre, dont les charges et dignités doivent revenir, non moins que les biens, au Palais- Royal. C’est l’objet de la politique familiale que le duc de Chartres poursuit à la jeuue Cour, en exploitant l'influence de sa belle-sœur, M°° de Lamballe, et sa propre camaraderie avec le comte d'Artois.
La princesse de Lamballe, chef du Conseil et surintendante de la Maison de la Reine depuis le 46 septembre 1775, soutenue par le comte d'Artois et le duc de Chartres, rivalise
1 Bibl. Nat. Mss. Nouv. acq. fr., 21.448, fe 30 et 31. Lettre d'Elie de Beaumont à Bellisle, 5 août 1774.
avec l’intime amie de Marie-Antoinette, la comtesse Jules de Polignac, qu’appuient M” de Guéménée, gouvernante des Enfants de France, le baron de Besenval, plusieurs agréables de la Cour et les débris du parti Ghoiseul. La Reine se rend après souper, soit chez la surintendante où se rassemble le clan du Palais-Royal, dont Mercy! redoute infiniment les menées, soit chez la gouvernante qui réunit la coterie Polignac. Chacun y travaille sélon son plan d’intrigue : de part et d'autre, les insinuations et les sollicitations vont leur train.
En 177, le duc de Chartres avait vu, non sans dépit, le comte d'Eu, grand-cousin de la duchesse, se démettre de la charge de colonel général des Suisses et Grisons, au profit du comte d'Artois. En 1773, la grande maîtrise des ordres royaux militaires et hospitaliers de Notre-Dame du Mont- Carmel et de Saint-Lazare de Jérusalem, qui avait appartenu trente-deux ans au fils du Régent, lequel avait songé à les supprimer par scrupule de conscience, passait du Dauphin au comte de Provence. Il ne s’agissait à que de 1.500 livres de revenu ; et le patronage onéreux de cet ordre, fort gêné dans ses affaires, promettait maints embarras. Mais le Palais- Royal devait regretter la clientèle de ces chevaliers et de ces grands officiers qui achalanderaient la cour du nouveau grand maître*.
Plus grande fut la déception qu'il essuya à la mort du comte d’Eu (13 juillet 1775), dont le gouvernement du Languedoc fut donné au maréchal de Biron (30 juillet). Son intrigue manqua, malgré la Reine, qui sur les instances de Besenval tenait pour son cousin, malgré les calculs du duc d'Orléans qui croyait avoir mis dans son jeu M. de Malesherbes et le maréchal du Muy, secrétaire d'Etat à la guerre. Maurepas dut menacer dese retirer, si le Roi négligeait la promesse déjà faite au maréchal. Monsieur et le comte de la
! Lettre à Marie-Thérèse, 15 nov. 1775.
# Voy, René Pérrer, Contribution à l'hist. de l'Ordre de Saint-Lazare... Paris, 1914, 8.
s M» du Deffand à H. Walpole, 30 juill. « M. le comte d’Eu est mort aussi; j'aurais beaucoup de choses à vous conter sur sa succession; elles seré ient trop difficiles à écrire, et puis elles ne sont pis encore arrangées. )
* Dépêche de Mercy à Kaunitz, 16 août 1775,
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Marche, rival insignifiant, s'étaient mis sur les rangs, ainsi que le duc d'Orléans. Gelui-à, qui cherchait à «fortifier le roi dans l’idée de ne point donner de gouvernement à ses frères » regardait comme un grand moyen contre Monsieur d’avoir un gouvernement à remettre — le Dauphiné — en échange du Languedoc. Ce troc, qu’il consentait en faveur de Biron, permettrait au Roi de tenir parole au maréchal‘. Le due de Chartres s’en tiendrait à la promesse de celui de Guyenne et Gascogne, que détenait depuis. 1755 le vieux maréchal de Richelieu ; Pattente ‘ne pouvait être longue. Ainsi les beaux gouvernements de Languedoc et de Guyenne et Gascogne qui avaient appartenu aux fils du duc du Maine — Ie prince de Dombes et le comte d'Eu, — reviendraient au gendre et aux petits-fils de leur cousin-germain, le duc de Penthièvre. Par sa femme, le duc de Chartres se regardait comme l’héritier des princes légitimés.
Ce fut le gouvernement du Poitou qui lui échut l’année suivante. C'était partie des dépouilles du prince de Conti, son oncle, mort au Temple le 2 août 1776, et dont la succession agita la Cour plus encore que celle du comte d’Eu. Le duc de Chartres se trouvait en mer; de Plombières, la princesse de Lamballe sollicita la Reine par lettre en faveur de son beaufrère?. Le Roi manda aussitôt cette grâce à la duchesse de Chartres ; par dérogation au nouveau règlement qui réduisait ce gouvernement à 30.000 livres, Sa Majesté accorda que le duc en jouirait sur le même pied que le prédécesseur et dans toute son intégrité, Mais le meilleur morceau de la succession et le plus disputé, le grand prieuré de France de l’ordre de Malte, revint au due d’Angoulème, à peine âgé d’un an. Le Palais-Royal en murmura, non moins que l’ordre de Malte qui se trouvait de fait frustré de biens qui, après avoir été un siècle durant l’apanage des princes, passaient à la branche régnante #. Les conseillers dela Maison d'Orléans observaient
1 Bibl. Nat. Mss. Nouv. acq.fr. 21.448, f° 85 et lettre de Monsieur ‘au maréchal de Biron (24 juillet 1775),
2 Mercy à Marie-Thérèse, 17 août.
* Le duc prêta serment à Versailles, entre les mains du roi, le 28 En”
à midi, Arch. Nat. K, 142, n°35.
4 Espion angl, IV, 7 août 1776.
que le petit duc d'Angoulème, alors unique à Versailles et quasi dauphin, n’avait pas lieu d’être pourvu comme le cadet du duc de Valois, le petit duc de Montpensier®.
Parmi les charges que le duc de Chartres considérait comme biens de famille, la plus belle et la plus désirable était celle d'amiral, que possédait, conjointement avec le gouvernement de Bretagne, le duc de Bourbon-Penthièvre, son beau-père. Les pouvoirs de l’amiral s’étendaient sur tous vaisseaux et bâtiments, qui devaient porter ses enseignes, bannières et étendards, et dont les chefs, capitaines ou maîtres, lui prêtaient serment. Ses droits, fort avantageux, lui valaient le tiers des épaves, le dixième des prises et des prisonniers de guerre, le total des amendes adjugées en juridiction ordinaires et la moitié de celles adjugées aux Tables de marbre, où, sous son nom et son autorité, l’Amirauté générale de France tenait audience*.
Jusqu’alors aucun prince du sang n'avait servi sur mer.
Le duc de Penthièvre lui-même n’avait jamais navigué que durant son éducation, sur une flottille en miniature, construite à Brest, transportée pièce à pièce, remontée et lancée sur les canaux de son domaine de Rambouillet : ainsi il s'était borné à des simulacres de combat, d’incendie et de voyage autour du monde. La question d’étiquette, la crainte d’exposer des vies précieuses attachaient au rivage nos princes du sang. L'idée qu'il serait le premier à s’aventurer sur mer piquait et flattait le duc de Chartres, dont l’humeur inquiète aimait les hasards et les risques. Son caprice servirait ici
son intérêt, puisqu'il lui fournirait des titres à la succession.
de son beau-père. Au rez-de-chaussée de la seconde cour du Palais-Royal, des proues et des ancres marines ne rappelaient-elles pas la charge de grand maître surintendant du commerce et de la navigation, détenue par Richelieu, bâtisseur et premier occupant de l'édifice ?
‘ Rouzer DE FozMon, op. cit., IV, 178.
; Au 1 janvier 1788, les droits d'amirauté, parties casuelles des offices, droits d’annuel rapportaient net 267.000 livres ; l'indemnité à cause de l4 suppression du dixième des prises, 133.500 livres. Le duc avait dû transiger sur ce droit, à l'ouverture de la guerre d'Amérique (ordonnance royale du 28 mars 1778. Voy. Etat des revenus de S. À. S. Me le duc de Penthièvre... G. BERTIN, 0p. cit, append, C.