‹ La Jeunesse de Philippe-Égalité:Chapitre 48 sur 114 · SD · texte numérisé non relu

SD

gr me nr A

tes RS

beaucoup! » Le 14 mai, d’Abon ralliait du Chaffault entre le cap Saint-Vincent et Lagos.

Cependant le vaisseau que devait monter le due, Le Sotaire, atteint du scorbut, avait dù relâcher en rade de Lagos ; le prince prenait néanmoins son commandement et restait dix jours à l'ancre, pour laisser à ses malades le temps de se rétablir, tandis que du Chaffault allait promener le pavillon du Roi sur les côtes de Barbarie. Le 26 mai au soir, le Solitaire appareillait de Lagos ; le 28, le prince commandait la manœuvre de toute l’escadre. « Le duc de Chartres, mandait du Chaffault à Versailles, nous a tenus tout le jour dans les plus grandes évolutions : il paraît se bien entendre et j'avais le plus grand plaisir. » Mais le 1 juin, par la faute du prince qui avoua loyalement son tort, le Solitaire abordait la Terpsichore et les deux bâtiments relächaient à Cadix pour se remettre en état: la dépense fut de 6.254 livres. Le duc logeait chez le consul de France, assislait à une course de taureaux et visitait la côte jusqu’à Gibraltar, sous Le nom de comte de Joinville.

Je ne puis m'empêcher de vous dire que je n’ai jamais fait de campagne plus pénible, écrivait du Chaffault à Sartine le ‘29 juillet. M. le duc de Chartres soutient cela avec une fermeté incroyable. Je crois qu’il ne s’embarquera pas sur le vaisseau la Provence et qu’il restera sur le Solitaire. J'ignore s’il débarquera à Quiberon ou s’il ira jusqu’à Brest.

La vérité est que le prince perdait parfois patience. Dès le 31 mai, il songeait au retour, prétextant les affaires qui exigeaient sa présence à Paris pour le 20 septembre, et abandonnait le projet qu’il avait d’abord formé avec d’Abon de visiter au retour différents ports d’Espagne.

Le 4 juin, la corvette la Boussole avait apporté à du Ghaffault de nouvelles instructions secrètes, en date du 42 mai, qui modifiaient les premières?. Les anciennes lui prescrivaient d’évoluer quatre mois durant, de mai à août, sur les

1 D’Abon au Ministre, {7 mai ; voy. pour le détail de cette campagne B* 409 et B' 134 pass.

2 V. texte de ces Instruct. B° 409, f° 878 ; B' 134, f°* 79 et 104.

Philippe-Egalité 18

côtes d'Espagne, de Portugalet d'Afrique. Le public suppo- |

sait même que l’escadre relâcherait:à Lisbonne et que le duc achèverait à la Cour de Portugal la négociation du mariage de M" Elisabeth, sœur de Louis XVI, avec le prince de Beïra afin de rompre l’ancienne liaison de cette Cour avec l’Angleterre et de réconcilier, sous notre médiation, Espagne et le Portugal!. Les instructions du 12 mai, rigoureusement secrètes, enjoignaient à du Chaffault d'abandonner aussitôt les parages espagnols pour se porter sur Ouessant, jusqu’à l’ouverture de la Manche. Chemin faisant, il détacherait deux croisières, l’une chargée de parcourir la côte septentrionale de Bretagne et les côtes normande et picarde-jusqu'à Dunkerque, l’autre, chargée de suivre la côte méridionale de Bretagne, Bellisle, l’île d'Yeu, les côtes du Poitou, de Saintonge, Guyenne et Gascogne jusqu’à Bayonne, pour guétter la marine anglaise, Le reste de l’escadre évoluerait, depuis ‘Ouessant jusqu’au cap Finisterre, se rapprochant plutôt des côtes de Bretagne que de celles de Galice, arraisonnant tous bâtiments, sans toutefois gêner le commerce, pour s'informer de la position, du nombre et de la foree des vaisseaux de Sa Majesté Britannique qui vogueraient dans le voisinage. Il importait de serrer la côte, de manière à ce que les Anglais, crainte de se trouver pris entre la terre et l’escadre, ne pussent se porter à l’entrée de nos ports pour intercepter les - bâtiments qui chercheraient à y aborder. Ordre était de répéter le branle-bas de jour et de nuit, tout comme s’il s’agissait de livrer combat. L’Espion anglais en avait bien jugé : l’escadre d’évolutions était devenue escadre d'observation pour faciliter aux Insurgents l'entrée des ports de France.

C’est que, de mars à mai, la liaison avec les colonies d’'Amérique était devenue plus franche pour répondre à leurs récriminations ; les Insurgents, inquiets de la temporisation de Vergennes, déclaraient hautement qu’ils ne se seraient pas portés aux extrémités contre la mère-palrie sans l'espoir d’une diversion ouverte de la France ou de l'Espagne.

Cette croisière devant Ouessant fut particulièrement pénible.

‘ Nouv.:extraard,, 6 août,

rl

ban malt

……. Vingt-six jours en croisière, sans quitter Ouessant de vue et les roches de Sein, mandait du Chaffault le 4% août, et cela par des vents du Sud et d'Ouest très forts, la mer grosse, de la pluie, de la brume, sans se voir, des courants très rapides qui portent à terre. Nous avons été quinze jours sans faire d’évolutions, tou- Jours en basse voile, et, lorsque le temps me l’a permis, nous avons été jusque dans les Pierres Noires...

L’escadre devait faire escale à Quiberon pour se rafraîchir, Selon la permission royale, le prince débarquait à Vannes le 17 août, partait d’Auray le 20, et Le 21 à deux heures du matin arrivait au Palais-Royal. L’escadre devait reprendre la mer et ne rentrer que le 25 septembre à Brest : La Moite-Picquetcontinua la campagne sur le Solitaire.

La prise de l’Isle-Longue par les Anglais eût ralenti nos préparatifs, si le ministère n’eût craint de décourager les Insurgents. À l’automne, l’activité redouble dans nos ports, les agents américains y enrôlent soldats et officiers, achètent des munitions, tandis que leurs cargaisons et leurs prises trouvent asile et vente. Les rouliers y mènent des fusils, des bombes, des canons, des mortiers, dont la destination n’est plus cachée: Au Havre, Beaumarchais surveille le chargement d’un navire pour Saint-Domingue ; Franklin débarque à Nantes, résolu à ébranler enfin le ministère de Versailles . (4 décembre 1776). Du Chaffault confère à Fontainebleau avec Sartine qu’obsède le comte d'Estaing, revenu de Toulon. Le duc de Chartres, non moins assidu chez le ministre, supplie Sa Majesté de lui accorder le grade de lieutenant général des armées navales, dont les provisions lui élaient expédiées à La date du 4 janvier 1777. Les nouvellistes présumaient que le prince serait bientôt en activité ; au sentiment de l’Espion anglais, un prince du sang serait le metileur général que la Grande-Bretagne püt désirer qu’on lui opposât sur mer,

Au début de cette campagne de 17717, les deux Cours de Londres et de Versailles se donnaient une mutuelle assurance de paix. L’embargo mis sur nos navires en partance était levé : d’ailleurs l'élite de nos matelots était retenue pour la marine royale. Cependant la tournée des Fils de l'rance

dans les ports y excitait l’ardeur belliqueuse : le comte d’Artois arrivait à Bordeaux le 4° juin, Monsieur le 14 et JosephIl, sous le nom de comte de Falkenstein, succédait à Monsieur. Le comte d'Artois confiait aux Bordelais qu’on se battrait dans un an et qu’il demanderait d’en être au Roi son frère. Il avait séjourné huit jours à Brest, huit jours de parades et de réjouissances. Le spectacle de la flotte en rade l’avait transporté. On lui prêtait des propos qui ôtaient au duc de Chartres l’espoir de succéder à son beau-père. Les audiences de Sartine devenaient de plus en plus brillantes : chacun souhaitait un emploi. Mais la France n’avait pas encore mis ses colonies en défense ni rassemblé ses équipages : Vergennes devait calmer Stormont, l'ambassadeur anglais, qui dans des explications véhémentes le sommait d’opter entre la paix et la guerre.

Le 16 octobre 1777, la capitulation de Burgoyne à Sara-

toga précipitait les choses. Le 7 novembre, Franklin se montrait publiquement pour la première fois à l'Opéra ; le 42, l’on remarquait sa sérénité à la séance publique de l’Académie des Sciences. Il tranchait maintenant de l’ambassadeur. Le 6 février 1778, Louis X VI traitait avec les Etats-Unis, qu’il reconnaissait par là même et auxquels il dépèchait, comme représentant, Gérard, premier commis des Affaires Étrangères. Dès le 4 février, l’ordre d’armer la flotte était parvenu à Brest.

Au contraire des malins propos, ni Le Roi ni Sartine ne songeaient encore à écarter du service le duc de Chartres. Etre employée, ce vœu constant des princes du sang, que contrariait la monarchie en souvenir de la féodalité, allait être exaucé pour lui. Il se rendait à Landerneau inspecter son régiment, et de là à Brest, où il séjournait huit jours pour faire la connaissance du vaisseau qu'il devait monter. Toujours affable et gai, il visitait arsenaux et magasins, traversait les ateliers qu’il animait de sa présence, et revenait brusquement le mardi gras à Paris, où l’applaudissait le public de l'Opéra. Ce voyage en Bretagne dans la mauvaise saison, un séjour de deux jours à Versailles, — où il ne couchait jamais, — passés à conférer avec Sartine, faisaient présumer qu’il

Page 1