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et des cris de Vive le Roi/ saluent cette munificence. C’est enfin la rupture ouverte, préparée dès le printemps par ces mesures législatives, qui trahissent l'intention d’une guerre
de commerce autant que de revanche. Honneur et profit aux
corsaires ! il s’agit de détruire la marine britannique !.
Le jeudi 23 juillet, les flottes adverses, gênées par le gros temps, s’entrevirent dans une éclaircie et s’efforcèrent de se Joindre pour engager la bataille, chacune avec l’avantage du vent. Mais ce n’est que le lundi 27, que le vent à Ouest avec apparence de temps favorable leur permit la manœuvre. A peine le comte d’Orvilliers avait-il formé son armée dans l’ordre de bataille naturel, qu'il saisit le projet de Keppel: frapper notre centre et notre arrière-garde, en prolongeant notre ligne au même bord. Il fit alors virer toute l’armée
ensemble, afin de prendre l’ordre de bataille renversé, si bien que, quand les premiers vaisseaux ennemis se présentèrent pour assaillir par derrière l’escadre bleue, ils la trouvèrent à . l’autre bord, en bataille et comme en réserve, tandis que les escadres blanche et blanche et bleue couraient au bord opposé, trop serrées pour qu’on püt les rompre.
L’escadre bleue, devenue avant-garde, commenca le feu qui continua sur toute la ligne, chacun de nos vaisseaux échangeant sa bordée avec chaque vaisseau ennemi. Mais l’armée anglaise, placée sous le vent de notre flotte, dis-
posait de toutes ses batteries, alors que l’inclinaison des vaisseaux nous obligeait à rentrer les canons des premières batteries qui plongeaient dans l’eau et à fermer les sabords. Pour la priver de cet avantage, d’Orvilliers fit signal à l’escadre bleue d'arriver par un mouvement successif et ensuite à toute l’armée de se ranger en ordre, l’amure à tribord. La lenteur de cette évolution laissa le temps à Keppel de revirer pour rallier ses vaisseaux désemparés par notre artillerie.
Cependant notre armée, passée sous le vent de l'ennemi et toujours dans l’ordre renversé, offrait la bataille depuis deux heures après-midi jusqu’au lendemain, tous ses feux à vif:
1 Espion angl,, 6 juill,, 6 août,
l'amiral anglais profitait de la nuit pour se retirer en tenant le vent.
Le combat s'était borné à une canonnade, selon le mot qu’un nouvelliste prêtait à Sartine dans une prétendue lettre à l’amiral!. La rencontre restait indécise puisque, de part et d'autre, aucun vaisseau n'avait été pris ni coulé: chaque amiral la pouvait présenter à sa guise au public qui n'avait, dans l’ensemble, aucune idée de la mer ni d'une armée navale, Neanmoins l'apparence de la victoire appartenait plutôt à notre flotte qui s'était maintenue sur le champ de bataille. Si nos pertes dépassaient un peu les pertes britanniques?, du moins d’Orvilliers, avec une artilerie réduite à ses secondes batieries, avait-il désemparé une quinzaine de vaisseaux ennemis et enlevé à Keppel sa liberté de manœuvre, L'armée française, formée en bataille sous le vent de l'adversaire, tous feux ouverts, ne pouvait qu ‘accepter la. lutte, non l’imposer: Keppel, libre d'arriver sur elle, puisqu'il tenait le vent, avait, préféré la retraite, tous feux éteints.
Le 31 juillet, la. flotte britannique mouillait devant Plymouth ; le 28, l’armée: d’Orvilliers, qui croisait malgré vents et. courants, découvrit soudain l’île d'Ouessant. Le soin des blessés, le besoin des rechanges la déterminèrent. de relâcher à Brest. Le 30 juillet, à dix heures du matin, sur l’assurance de son chef que l’armée ne sortirait pas avant trois semaines, le duc de Chartres partait pour Paris, avec le comte de Genlis : la. duchesse, toute tremblante encore d’inquiétude, le reJoignait en cours de-route à Mortagne. Dans la nuit du 1° au 2 août, le prince arrivait à Versailles, parlant. victoire, et faisait au roi le récit d'Ouessant. Le lendemain, Louis XVI réclamait à la chapelle, au lieu du motet ordinaire, um Te Deum, où:assistait le duc d'Orléans.
‘ Insérée dans le Courrier de l'Europe du mois d'août; Nouv. extraord., 11 août,
* DOrvilliers avoua, 163 tués, 517 blessés ; Keppel, 133 tués et 373 blessés (B* 136, f° 179); Courrier de l'Europe, TV, 78 et 113,
* Sur ce combat d'Ouessant voy. B‘136, f° 99, tableau de l’escadre de Brest; f° 125, tableau rapproché des. flottes anglaise et française au combat; fes 129 et sq. lettres de d'Orvilliers sur les mouvements de l’armée (9 et 29 juill.), celle-ci suivie de l’extr, du Journal publié presque pie alement dans le supplément à la Gazette de France du 3 août:
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Le 2 août, à cinq heures, le due de Chartres débarquait au Palais-Royal. A la descente du carrosse, l'abbé de Launay lui présentait le Bulletin du Parnasse: le prince ne parvenait qu'à grand’peine à percer la foule qui l’attendait et la cohue des courtisans qui encombraient le grand escalier. Le peuple
ne se dispersa que quand il se fut montré au balcon, avec la
duchesse, pour recevoir l’acclamation pompeuse : « Vive le
triomphateur ! » C'était jour d'opéra ; il s’y rendit aux applau-
dissements du public, qui écoutait debout l’entrée triomphale
exécutée par l'orchestre. Le soir, durant le souper du prince,
les sieurs Larrivée, Gelin, Moreau et toutes les demoiselles . des chœurs chantèrent le morceau de Pyrame et’ Thisbe.
Honorez un héros, digne sang de vos rois, Honorez un héros que la gloire couronne ; Chantez, célébrez ses exploits !...
Ninus le veut, Ninus l’ordonne.
et l’impromptu de Moline, sur l'air du chœur de Vertumne et Pomone :
Grand héros que la gloire guide,
La France te revoit vainqueur ;
Le doux plaisir sur les pas d’un Alcide
Vole et ramène le bonheur...
La nuit, LL. AA. SS. parurent dans le jardin else mêlèrent à la foule, qui dans sa frénésie traîna, bafoua et noya un mannequin qui représentait Keppel.
Le lundi 3 août, le duc honora de sa présence la Gomédie- Italienne, où on.le salua d’un petit couplet. Les fläneurs du Palais-Royal organisèrent un concert et un feu d'artifice : le populaire entra librement dans les jardins et même dans le Palais, qu’éelairait magnifiquement lillumination des rues, et des maisons adjacentes. Le mardi #4, S.. A. revenait à Opéra ; son entrée interrompait le spectable d'Ennelinde, et Larrivée, quittant son rôle de Ricimer, lui débitait un compliment,
Jeune et brave guerrier, c’est à votre valeur
Que nous devons cet avantage.
Recevez le laurier: il est votre partage.
Ce fut toujours le prix qu'oa accorde au vainqueur.
Les jardins du Palais-Royal, encore en fète, ne se turent, cette nuit-là, qu'après le départ du prince‘. Le 8 août au soir, il avait regagné Brest.
Le port était rempli de brillants personnages ; huit cordons bleus à la fois — parmi lesquels le maréchal de Broglie, le comte de Lusace, le prince de Darmstadt — « nous mangent jusqu’à nous gêner » mandait d’Orvilliers à Versailles. Le duc de Chartres avait ordre de transporter son pavillon sur /a Couronne et de prendre le commandement de la deuxième division à la place de du Chaffault, qui, blessé grièvement le 27, ne pouvait se remettre en campagne. Mais chacun travaillait à se mettre en état de sortir au plus tôt : pour éviter l’embarras et la perte de temps de ce changement, le prince garda le Saint- Esprit et le comte de Guichen suppléa du Chaffault. A dire vrai, le duc de Chartres, ennuyé du service, avait déclaré à Sartine qu’il ne voulait plus retourner à la mer. Le ministre s'était gardé de le prendre au mot: c’est à contre-cœur et pressé par les siens qu’il avait repris son poste, ramenant avec lui le cortège de noises et d’intrigues, inséparable d’un prince du sang.
D'Orvilliers ne se trouvait pas à l'aise avec lui.
.…. M. le duc de Chartres m’a confié, Monseigneur, écrivait-il à Sartine, qu’il était convenu avec vous de sys l’armée les premiers jours de septembre.
Quelque confiance que j'aie dans ce que $S. A. S. veut bien me dire, je serais néanmoins bien mieux à mon aise, si vous aviez la bonté de me faire part vous-même de vos intentions...
Les ordres de Versailles lui parvenaient dans la journée même et il mandait dès le lendemain: «... Je suis actuellement à mon aise sur le débarquement de Mf" le duc de Chartres®... » Le ministre laissait le prince libre de quitter l’armée dès l’occasion. Selon la Gazette de Leyde, le duc devait se trouver à l’inoculation de ses fils, Valois et Montpensier.
Gependant, il avait charge de hâter la sortie: d’Orvilliers consciencieux et lent, tardait trop au gré de nos armateurs inquiets depuis sa rentrée, « De grâce, pressez la sortie, Mon-
* Bibl, Ch. Dép. (mss. Z. 49?) compliments et chansons composés à
l'occasion d’Ouessant (collect. provenant des archives de Penthèvre) + B' 186, fe 165, 183 et 190.