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L'HOMME D'AFRAIRES : L'ENTREPRISE BU PALAISEROYAL 319
9 jüillet, chacun püouvait les voir et juger de ses yeux. La câticatüre qui représentait le duc travesti ën chiffonnier, chérchänt dés loqués à terre (Iücétäires), était ufié calomnhié. Il d’éhtrépréfiait poitit une spéculation sordide, Homme de goût, il dimait lé noble, Sinon le grand, l’agréäble Sinon le
béäü ; et le talent de Victor Louis répondait que l’art réhäus-
sérait l'tilé dans les noüvélles Conétrüctions. | Thiéry, l’auteur de l’Almanach du voyageur à Paris, à
iñterrogé poùr noûs l’architecte, dans toute la fièvre de Son
œuvre. |
Selôn les désits du prince, il devait: 4° Edilier au midi, dans toute la lärgeut du jardin, un Corps de bâtiments, en augmentation de l’ancien palais. — 2° Encadrer lé jardin, sûr les trois autres côtés du téétanglé, d’une suite de Mäisbns, propres à masquer lo désordre dés anciennes et À loger dé riches particuliers, ässez décorées donc pour paraître une dépéndarice immédiate Et hécessaire du palais. — 3° Ouviir lé l6fk dé célle architeëturé réétanguläité des phomeioits couvérts et continus qui s’élargiraient en péristyÿles sous le nouveau paldis coïfinie sous l’äntien, que l’on éviderait plus
ainsi l’objet de là donation de 1692. Pourtaht ces maisons dé räpport, destinées à des particuliers, cés galeries pratiquées à l'intention du public et sous lesquelles s’ouvritaient dés boutiquës, actusaient uñ dessein fihancièr, fort étranger à Loüis XIV ét 4 son frère. Ce méldtige’ hardi de grandèur èt d'iidustfie, preSqué éffrünté pour lé témips, marque biën là fin d’üh sièclé qui, instruit par Law, avait livré là haute noblèsse au démon des affaires.
Le difficile pour Victor Louis était de Camper cet énsemble architectural dans un espace étroit et fermé et d'accorder les percées, l’exhad8sément ët la décoration du paläis heuf avec lé corps de logis et les deux aïlés du palais existant. Pour annoncér «la vaste enceinte du palais d’un princé de la Maison de France à tous ceux qui entreraient dans le jardin » l'artiste, dédaignant la variété des masses et des ornements; que 1es arbrès étissént offusqués, s’en tint à üne Simple fatade
en ligne droite, d’une décoration uniforme, plus grande par
son uniformité même. Un seul ordre, l’ordre composite
avec pilastres cannelés, embrasserait de la base au faîte tous
les étages et dominerait toujours les plantations du jardin.
Sur les trois faces destinées aux particuliers, le rez-dechaussée et l’entresol, en retrait sous les arcades qui formeraient promenoir public, seraient occupés par des boutiques de luxe et d'agrément. Le premier étage serait pris dans la hauteur de l’ordre, le second dans l’entablement décoré de consoles et de guirlandes, le troisième dans la mansarde que cacherait à demi une balustrade supportant des vases gracieux. Les combles dissimuleraient force logements pour domestiques. |
Au midi, la quatrième face, contiguë au palais, serait la demeure du prince. Elle offrirait le même ordre d'architecture que les trois autres côtés, sauf que les colonnes remplaceraient les pilastres et qu’un seul étage serait pris dans le reste de l’ordre. Au-dessus, un attique, dont la richesse répondrait à la colonnade inférieure, décorerait le second étage. Le principal promenoir, pratiqué sous ce palais neuf, serait porté par six rangs de colonnes doriques, d’une hauteur égale à celle des galeries du jardin. Une partie du premier étage sur le jardin serait consacrée à un Musée qui rassemblerait sous le meilleur jour, pour l'instruction des arlistes et des amateurs, toutes les collections d’art de la Maison.
Ce vaste plan fut expliqué dans l’Expose des changements à faire au Palais-Royal, imprimé par ordre de S. A. S. le duc de Chartres, prince du sang ; Paris, juillet 1781, — brochure in-quarto répandue à Mo dans le public. C'était un plaidoyer qui vantait les avantages du nouveau jardin, capable d'effacer le regret de l’ancien.
Le jardin qui sera bordé par la grande colonnade du palais et par des maisons régulières, toutes assujelties à une façade uniforme (en pilastres de l’ordre corinthien), qui communiquera sur tout son pourtour à la promenade couverte, la plus vaste et la plus magnifique, éclairée d’ailleurs le soir, et même la nuit jusqu’à deux heures, par 188 réverbères suspendus sous le cintre des arcades et par les appartements des nouvelles maisons, paraîtra peut-être
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au public plus qu’un dédommagement de la perte de la grande allée, qui est presque le seul endroit où l’on se porte aujourd’hui et qu'il faudra bien se résoudre à perdre dans peu d’années. Spectacle à la fois et promenade de toutes les saisons et de tous les moments, ce local présentera un genre de beauté dont il n’y a pas d'exemple à Paris et convaincra le publie que, dans les plans arrêtés par S. A. S., il n’a pas élé un seul instant oublié.
Un amateur d’espace libre répondit dans un pelil pamphlet manuscrit que les Parisiens avaient moins besoin d’arcades que d’air pour respirer.
Il s’en faut de beaucoup qu'on en ait assez an Palais-Royal et vous voulez supprimer le peu qui en reste. Si vous avez envie d’orner le jardin d’arcades et de réverbères, achetez la rue Richelieu d’un côté, de l’autre la rue des Bons-Enfants et alors vous pourrez faire croire à votre magnificence ainsi qu'à votre générosité ‘...
Un matin, on trouva sur les plans exposés les nouvelles rues ainsi dénommées : rue d’'Ouessant, rue de Saint-Esprit. Mais les esprits le moins échauffés, ramenés par le prospectus, ne riaient plus ; surtout Les entrepreneurs, alléchés par lexamen des plans, offraient leurs concours. Ducrest entamait des pourparlers avec des banquiers gènois, qui devaient aboutir le 9 août, chez M° Duclos et son confrère, à un contrat de constitution de la somme de 50.000 livres au denier 20 d’un million de livres de France?. On laissait courir le bruit que le prince avait emprunté cinq millions ; c'était à peu près la somme estimée nécessaire pour l’ensemble des constructions. Ainsi, pour le public, l’on semblait être en règle avec la clause de la donation paternelle qui défendait de rien commencer, avant d’avoir réuni Les fonds capables de soutenir jusqu’au bout l’entreprise.
Fort de ce prêt qui lui fournissait un premier fonds, le duc de Chartres avait donné son désistement des lettres patentes et l'avait fait signifier à {ous les propriétaires opposants (30 juillet). Paris était ainsi privé du spectacle d’un grand procès
1 Métra,. XI, 366.
? Arch. Nai., T 1655, cote 1294.
? Corresp. secrète, I, 423.
Philippe-Egalité 21
qu’on se promettait pour décembre, après les vacances. Un instant les adversaires du prince crurent qu’il abandonnait son projet : ils se réjouissaient trop tôt. Le mardi 24 juillet, dans 'son propre jardin, le duc avait été entouré et hué par une foule hostile. Rentré précipitamment, il aurait aussitôt par dépit donné l’ordre de commencer les travaux dès la semaine suivante.
Le bruit avait couru que les portes du jardin seraient cadenassées, par crainte du public. Mais c’est toutes portes ouvertes, sous les yeux des badauds amusés malgré tout, que la cognée fut mise aux arbres de la grande allée le mercredi 1* août. Le soir même, une douzaine gisaient tristement. Le lendemain, à 5 heures du matin, le « régiment de la pioche », qui avait construit le chemin de Neuilly, envahissait la célèbre allée pour la jeter à bas. Au 15 août, cette promenade ombreuse n’était plus qu'une grande place rase où le soleil régnait en maître. Le public se consolait en lisant les Adieux de l'arbre de Cracovie, en suivant le travail des bücherons et des terrassiers. Mais tous Les hôtes du Palais- Royal, les limonadiers et autres marchands qui étaient dans la grande allée, les habitués du café de Foy et du Caveau, nouvellistes et gens de la bourse, élégants et filles enrageaient ou semblaient perdus. Les limonadiers surtout criaient à la ruine : ils ne cédaient le terrain que pas à pas. D'abord ils se réfugiaient dans le petit bois qui faisait face au Caveau: on y transportait toutes les chaises, et Jousserand, maître du café de Foy, résolu à tenir jusqu’au bout, y installait une tente pour la dégustation des glaces. « Les abatis de dindon » se poursuivaient rapidement, sous l'œil des curieux. Le 45 septembre, ou enlevait et on rassemhlait les statues derrière une grille, dans un petit enclos voisin. Conseil du prince ! y affichait un plaisant. À la mi-octobre le jardin, mis à nu, ressemblait à un vaste chantier où l’on vendait quelques cordes de menu bois. Seuls une vingtaine d’arbrisseaux restaient debout près du bassin: ils devaient être épargnés et abriter la boutique en bois, dernier refuge de Jousserand. La curiosité était maintenant la plus forte ; ce changement à vue amusait comme un spectacle les fläneurs qui ne tenaient
plus compte des épigrammes ni des injures quotidiennes à l'adresse du prince.
Cependant ses adversaires n'avaient pas encore renoncé à l'arrêter dans son entreprise. Chaque incident leur rendait l'espoir. Le 45 août, M. Amelot, ministre de Paris, informait le duc de Chartres que l'intention royale était de rebâtir FOpéra à proximité du château des Tuileries et qu’il pouvait
disposer du terrain de l’ancienne salle. L’éloignement de
l'Opéra dépréciait des terrains du Palais-Royal; de plus un édit, publié la semaine précédente, augmentait fort la dépense du bâtiment par de nouveaux impôts sur le moëllon, le plâtre, la charpente. On se flatta que le prince, sensible à ce coup, se raviserait cette fois. Le fait est qu’il répondait gaîiment à ceux qui lui représentaient qu’il ne pourrait achever, faute d'argent, cette longue et coùteuse entreprise, évaluée par eux à vingt millions. « Si, car tout le monde me jette da pierre! » H lui fallait grossir ses revenus, coûte que coûte : il persévérait à faire valoir son bien, envers et contre tous.
Les propriétaires riverains du Palais-Royal, un peu déconcertés.par son renoncement aux lettres patentes, cherchèrent une voie d'opposition. Ne seraient-ils pas admis à demander contre dui défense provisoire de rien entreprendre jusqu’au jugement du fond? Sur l'avis favorable des trois jurisconsultes Babille, Collet et Fretlhard, daté du 29 août, ils présentèrent aussitôt leur requète (80 août). Au mémoire répandu par eux dans le public, le conseil du prince répliqua par un autre plus bref: « Précis sur le provisoire, pour M. le duc de Chartres défendeur, contre quelques propriétaires des maisons situées sur le jardin du Palais-Royal, demandeurs. » Quelques propriétaires, observaitl, car la moitié à peine des riverains du palais plaidaient sans bonne foi. Ce précis rétablissait net les faits, les actes, Les Lois, la possession, les intérêts même qui témoignaient en faveur du prince. Les demandeurs faisaient remonter la date et l'origine de leurs fenêtres au temps où Louis XTV habitait lui-mème le Palais-Royal, alors que, papiers en main, les maisons actuelles n'avaient été bâties que depuis la jouis-
sance des ducs d'Orléans. Les escaliers et saillies de ces maisons empiétaient si bien sur le sol même du palais jusqu'au grillage’ qui fut dressé en 1732, que Louis le Génovéfain, pour interrompre cette propriété qui peut s’acquérir par la prescription, avait exigé d’eux la reconnaissance formelle que ces jouissances étaient précaires et amovibles. Il ne s'était point soucié des fenêtres et vues droites qui, hors de toute prescription, requièrent un litre précis. Enfin les demandeurs ne se plaignaient-ils pas mal à propos des intentions du prince qui, loin de chercher à leur nuire, travaillait de ses deniers à l’amélioration de leurs terrains ? | -
Ils en furent pour leurs grimoires et leurs actes de procédure. Le conseil princier avait eu soin de diviser le groupe de ces opposants. [Il examinait juridiquement les droits de chaque partie et transigeait avec les plus notables. Ainsi les héritiers du marquis d’Argenson devaient rétrocéder au prince en 1784 l'hôtel familial, sis rue des Bons-Enfants, contre une rente foncière de 10.000 livres payable jusqu’au dernier survivant de leur postérité mâle ou femellef.
Sans autre forme de procès, le duc de Chartres faisait donc arracher le grillage qui séparait les maisons de son jardin. Les ouvriers fouillaient et remuaient le sol, les excavations s'ouvraient, et l'entrepreneur Berthault accumulait à la hâte force matériaux... Il avait signé avec le duc un traité rigoureux le 9 novembre 1781°. Il s’était engagé, solidairement avec sa femme, à lui remettre au plus tard le 4* avril 1784, clefs à la main, prêts à être habités, les corps de bâtiments parallèles aux rues Richelieu, Neuve des Petits-Champs et des Bons-Enfants. Le forfait pour la totalité des ouvrages et constructions avait été fixé invariablement à 3.302.950 livres, sur l'offre même de Berthault qui déclarait avoir étudié les devis tout à loisir, d’après les conseils les plus solides.
Quoi qu'il advint, ni le délai de réception ne pourrait être prorogé, « sous quelque prétexte que ce soit et puisse être, à peine de toutes pertes, dépens, dommages et intérêts », ni le
‘ Arch. Nat., X'°9i81, 3 Ibid., R‘ 282.
prix convenu souffrir de variation en plus ou en moins « tel cas fortuit prévu ou imprévu qui puisse arriver, augmentation ou diminution de droits, frais, abondance ou rareté de matériaux, etc... »
Le prince s’obligeait de verser à Berthault, par les mains de son trésorier, la somme dite, en espèces sonnantes ayant cours, sans aucuns papiers, billets, ni effets royaux, de quelque nature qu’ils soient et quelque cours qu'ils aient dans le commerce en vertu d’édits royaux, au bénéfice desquels il renonçait expressément ainsi qu’à toutes voies suspensives de paiement. Il devait s’acquitter par échelons à termes fixes « avec l’exactitude la plus stricte », savoir : trois paiements de 40.000 livres les 45 novembre, décembre et janvier suivants, deux de 60.060 le 15 février et le 5 mars 1782; puis vingt-quatre paiements égaux, chacun de 110.000 livres, se succèderaient le 15, de mois en mois à partir du 45 avril, sauf le dernier qui aurait lieu le 1* avril 1784. Chacun de ces versements se ferait contre certificat du sieur Louis, premier architecte, des sieurs Lebrun et Paris, contrôleurs des bâtiments de S. A. S., constatant que la valeur des ouvrages faits depuis l’échéance dernière excédait le paiement à faire, et à l’égard du premier, que l’entrepreneur avait fait voiturer une quantité de matériaux excédante dans le jardin du Palais- Royal.
Le reste du forfait, soit 422.250 livres, serait payé immédiatement après le procès-verbal de visite et de réception de la totalité des ouvrages, s'ils étaient finis, parfaits pour le 4® avril 1784; sinon, cette somme ne serait exigible qu’à l’expiration d'autant d’années qu’il se serait écoulé de mois du 1° avril 1784 jusqu’à la perfection totale de ces ouvrages. D'ailleurs, à défaut de paiement en tout ou partie aux
“échéances déterminées, Berthault, à moins que le retard ne procédât de l'insuffisance des travaux, ne serait plus assujetti à tenir le marché.
Le contrat passé par le prince avec l'architecte répondait à celui passé avec l’entrepreneur. Louis devait recevoir sur ce devis à forfait le sou pour livre, c'est-à-dire 165.142 livres qu’il toucherait par fractions de 5,000 livres et par quartier, à
compter du 1* octobre 1781; soit-un total de 50.000 livres au
4 avril 1784. Le rèste ne lui serait versé qu'après la récep-
tion des bâtiments. Dans le cas où la dépense prévue par. Berthault serait dépassée, le duc retiendrait à Louis quinze
pour cent du surcroît à sa charge. L'architecte était donc
intéressé contre l’entrepreneur, et tous deux étaient hés par. cette date stricte du 4° avril 1784. Le duc de Chartres était
pressé : la question de bonne ou de mal façon lui importait
moins que la question du délai.
Ïl ne s'agissait dans ces deux traités que des maisons de rapport, à construire sur les trois côtés parallèles à la rue Richelieu, Neuve des Petils-Champs et des Bons-Enfants. Les plans et les devis du quatrième côté, destiné x lhabitation du prince, restaient encore à l'étude.
Cette façade n'avait été que Le prétexte de Fentreprise, et d’ailleurs la question de FOpéra, qui jusqu'alors avait fait corps avec le palais, suspendait de ce côté la décision du prince:
Autant le procès dont lavaient menacé les propriétaires voisins avait laissé le duc indifférent, autant celur qu’il engageait avec la Ville au sujet de ce théâtre lui tenait à cœur.
Son père avait fait de grands débours pour maintenir chez lui, coûté que coûté, l'Académié royale de musique après l'incendie du 4 avril 1763. C’est en sacrifiant plusieurs maïsons patrimoniales qu’il avait fourni tout le terrain nécessaire à la salle plüs spacieuse et plas commode que là Ville, admihisträtrice de l’Académie, faisait construire à ses frais, cornme justé dédommagement à l’ancienne salle bâtie par Richelieu dans son palais. Par traité du 24 mai 1764, sänetionné par un édit du mois d'août suivant, enregistré au Parlemént purement et simplement le 28 dudit mois, les officiers municipaux dé Paris, en qualité d’administrateurs à” perpétuité de l’Académie royale de musique, avaient éu comme par le passé, sous le bon plaisir du Roi ét du due
* Arch. Nat, R° ?89. Le 20 sept. 1784, Louis offrit lui-même de réduire ses, honoraires à 6 deniers pour livre au lieu d’un sol (T 1677, cote 1.410); lé 25 déc. suivant le prince, pour ne pas être en reste, lui accofdait un brevet de pension de 6.000 livres (T 1678, cote 1253):
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