‹ La Jeunesse de Philippe-Égalité:Chapitre 6 sur 114 · D'ARGENSON, V · texte numérisé non relu

D'ARGENSON, V

# Voy. la chanson sur la Cour et les courtisans (1748). RAUNIÉ, VII, 195.

# Comme on l'avait priée de nommer le père de son fils parmi les amants que lui attribuait la chronique, elle aurait répondu :

« Quand on tombe sur un fagot d'épines, sait-on celle qui vous a blessée ? » (LAURENTIE, 0p. Cil., III, 359),

5 Voy. RaAuNIÉ, VII, 304.

6 OBERkIRCH, Mém., II, 82,

1 Il aurait été cocher chez le banquier Duruet. Voy. L.-G. Micxaun, Biographie de Louis-Philippe d'Orléans, p. 13, note.

Philippe-Égalité 2

Les faits et les dates démentent ces calomnies incertaines et contradictoires, imaginées après coup par la haine politique. Laurentie, l'historien sévère de la Maison d'Orléans, toujours prêt à l’anathème, n’a pas osé les prendre à son compte. « On se vengea du prince scandaleux en lui disputant sa naissance, On ne pouvait croire à tant de perversité, si son origine même n’était souillée ; on rappela les débauches de la mère pour expliquer l'avilissérrent du fils … et on voulut que Louis- Philippe füt né de ses adultères avec un cocher...! » Si Les pamphlétaires en appellent à la ressemblance, ne suffit-l point de comparer les portraits de Louis-Philippe le Gros et de Philippe-Egalité pour reconnaître le même tÿpe en deux générations : même port de tête engoncée dans les plis du menton,

même visage replet, même front fuyant, mêmes yeux bien :

fendus sous l’arc prononcé du sourcil, le nez gras, bourbonien, un peu tombant, la bouche humide et sensuelle?. De Louis-Philippe le Gros à Louis-Philippe roi, le rapport ne frappe pas moins ; la filiation du Se au petit-fils est affirmée par les portraits.

Les contes d’enfants supposés ou tlegititrs encombrent à satiété l’histoire des dynasties, dont le droit né réside que dans les procès-verbaux d'accouchement. « C’est un problème de « savoir si la calomnie trouve plus d'appui dans la malignité « naturelle à l’homme que dans son amour pour les choses « extraordinaires, qui lui fait rejeter tout ce qui est simple et naturel. » Peu de princes qui n’aient vu contester leur naissance. Les écrivains légitimistes qui, invoquant la répugnance de Louis XHIT pour l’hymen, tiennent Monsieur, chef de la Maison d'Orléans, pour fils de Mazarin, n’ont pas remarqué qu'ils avilissaient par [à même son frère aîné Louis XIV et toute sa descendance. En dépit de l’aveu fanfaron qu'arracha peut-être au prince le mépris de la calomnie, Philippe-Egalité ne doutait point de son père Louis-Philippe

1 LAURENTIE, 0D, Cit., LV, 5.

* Comparer entre autres le portrait du père gravé par Le Beau (1775) d'après de L’Orme et le portrait du fils en chevalier du Saint-Esprit, peint par Gallet (Musée de Versailles).

# SÉNAC De MeicHan. Du gouvernement, des mœurs et des conditions en France, Hambourg, 1795, p. 39,

le Gros et il se traitait comme son fils : observant dès la quarantaine le régime des jockeys, ne buvant que du vin blanc coupé d’eau, il tâchait à se préserver de l’obésité paternelle et de l’apoplexie, cet héritage que les d'Orléans se léguaient de père en filst.

Fils d’amours légitimes et manifestes, le duc de Montpensier fut ondoyé, le jour mème de sa naissance, au château de Saint-Cloud, par Messire Jacques Prieur, aumônier de la Maison, en présence du curé de la paroisse, suivant la permission de l’Archevêque de Paris, datée du 5 avril. Puis le prince anonyme, qui devait attendre un nom jusqu’à l’âge où il recevrait le supplément des cérémonies du baptème, fut remis aux mains de la marquise de Rochambeau, sa gouvernante. Désignée et donnée par la grand-mère Conti, cette respectacle Vendômoise, déjà quinquagénaire et fort grosse, avait l’humeur sereine d’une aimable conteuse qui prit du charme avec l’âge ; peu agréable aux hommes par sa laideur rubiconde, elle avait de quoi plaire aux enfants’, Avec elle l’honnêteté et la sagesse se penchèrent sur le berceau ducal.

Trois femmes du commun, établies à Saint-Cloud, se succédèrent pour achever la nourriture de l'enfant. Un service de cinq femmes et de deux valets assistait la gouvernante. Le prince habita, hiver comme été, le château de Saint- Cloud, ce palais des eaux vives, des verdures et des horizons, d’où l’on cueillait Paris d’une seule vue et dont le pare profond s’étendait jusqu'aux avenues de Versailles. La faculté recommandait ce séjour pour la pureté de l'air.

L'un des premiers jours de février 1752, les Parisiens l’aperçurent pour la première fois par les vitres d’un carrosse: on l’amenait avec sa sœur cadette à son grand-père moribond qui l’embrassa en maugréant. Ce fut l'unique entrevue de Louis le Génovéfain avec son petit-fils et la

4 Rouz£T DE FOLMON, op. cil., I, 190 et IV, 120. # GENLIS, Souvenirs de Félicie, éd. Barrière, p, 74; Luvnes. VI, 410. * Mademoiselle, née le jeudi 9 juillet 1750.

mauvaise grâce du sauvage dévot à ie reconnaitre fit dire dans la suite que le saint prince, illuminé par la mort, avait rénié et maudit par avance le futur régicide.

Le 4 février, le duc de Montpensier devenait par cette mort duc de Chartres et, suivant commission du 20 mars, colonel du régiment d'infanterie de Chartres. Il n’avait pas encore cinq ans sonnés et jouait en robe sous l’œil des femmes dans l'appartement qu’il habitait conjointement avec sa sœur. De cette première enfance, aucune image, aucun souvenir ne nous est resté. Les bambins de sang royal n’avaient pas alors plus d’histoire que les petits du peuple: Louis XV ne voulait point qu’on portât le deuil de ses enfants décédés avant sept ans’. Et la mémoire des menus gestes du petit Montpensier a disparu avec ses humbles nourrices.

Son père, qui tenait à le retirer le plus tôt possible des mains des femmes, s'était préoccupé, dès février 14751, d’obtenir l’assentiment du Roi et par lui, le consentement de Louis le Génovéfain. Le chef de famille se trouvait d’autant plus intéressé à cette décision qu’on lui proposait pour gouverneur de son petit-fils, le chevalier de Pons, son propre chambellan. Le duc de Chartres se garda bien d’aller lui parler en personne ; il en écrivit à M. de Silhouette, chancelier de la Maison, se retranchant de son mieux derrière la réponse approbative du Roi. Cette lettre si embarrassée et si respectueuse montre bien la gène qu’apportait aux affaires de la Maison l’humeur de Louis de Sainte-Geneviève.

Au Palais-Royal, ce jeudi 18 février 1751.

| dre Vous lui réitérerez les assurances de ma soumission la

€ plus respectueuse et vous lui demanderez s’il approuve et s’il « autorise le choix du chevalier de Pons, si le chevalier de Pons « peut lui en aller demander son agrément et si j’en puis parler au « Roi comme d’une chose autorisée par mon Père. Vous lui direz « aussi que je lui demande pour mon fils l'appartement qu'il € occupait au Palais-Royal et s’il veut bien avoir la bonté d'ap- - {€ prouver les dépenses qui pourraient se trouver nécessaires pour. mettre cet appartement en état de recevoir mon fils...

{ Luynes, VII, 141.

Win Vous n’omettrez de faire connaître à mon Père que le « respect et la timidité m'ont retenu et empêché de lui aller parler (€ moi-mème de tout ce que je vous charge de lui dire... »

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