‹ La Jeunesse de Philippe-Égalité:Chapitre 72 sur 114 · PT TRE · texte numérisé non relu

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comte d'Artois (à la suite du due de Chartres), n'avaient de pensées et de soins que pour leurs écuries. Ils ne quittaient plus leurs bottes ni le costume de cheval, s’attardaient, sur la piste tracée dans la bruyère, à mesurer leurs coursiers ou à les tenir en haleine, La Reine, juchée dans un kiosque circulaire, assistait à ces exercices, entourée de jeunes gens en négligé, qui pariaient bruyamment. {mpatiente de l’étiquette, ennemie de la représentation et de la contrainte, elle souffrait cette tenue et ces façons d’écurie qui annonçaient, dans la toilette et les mœurs, la révolution de la simplicité, prélude de la révolution politique. La confusion des habits et des manières provoquait celle des rangs ; bientôt pareille à la noblesse par les dehors, la bourgeoisie n’acceptera plus l'intervalle des conditions.

En vain Marie-Antoinette désapprouvait-elle chez son beaufrère limitation d’une nation odieuse, si déplacée chez un Fils de France ; elle autorisait, par sa présence même, ces courses hippiques auxquelles elle eùt souhaité substituer des carrousels, des jeux de bague à la française. Mais c'était la passion du jeu plutôt que l'amour du cheval qui menait tous ces cavaliers ; rendus sur le jeu de paume, ils ouvraient encore des paris. Uhacun bnülait de franchir la Manche pour fouler les fameuses pistes de Newmarket ou d'Epsom, et y parier en règle. Dès le printemps de 1776, le duc de Chartres, secouant ses obligations de prince du sang, projetait tout haut de se rendre à Newmarket, tandis que Le comte d'Artois, déplorant la grandeur qui l'attachait plus strictement au rivage, se con-

.- solait en transformant ses équipages à l’anglaise.

Le due de Chartres rencontrait alors sur les champs de course, qu’il étrennait fiévreusement avec le comte d'Artois", le chevalier N. P. Forth, un de ces Anglais qui passaient et repassaient Le détroit pour joindre les plaisirs de Paris à ceux de Londres. :

Très flaitté d'approcher la fleur de la noblesse française, très obligeant et très serviable, la bouche pleine de compliments, mais vif, ombrageux et prompt à se redresser en fier

1 Voy, mon étude : Les Courses de chevaux sous Louis XVI (Le Cor-

‘respondant, 25 juin 1914.)

Anglais, Forth n'avait point lardé à se ménager maintes relations à la Cour comme à la Ville, et d’abord auprès de M" de Flamarens et de Maurepas. L’estime et l'amitié de lord Mansfeld le poussaient auprès du vieux ministre, l’un des rares grands seigneurs de sa génération qui eùt appris l'anglais. Aussi, quand les rapports se tendirent entre les deux Cours à propos des Insurgents, Maurepas, qui ne sympathisait guère avec lord Stormont, l’ambassadeur officiel de Grande-Bretagne et qui tendait à poursuivre une politique personnelle qu’il n'avait point la force d'imposer au Conseil, écrivit-il à lord North et fit-il écrire Louis XVE, afin que George IL accréditât N. P. Forth, comme son envoyé … particulier à la Cour de Versailles (13 février 1777). Cette # situation particulière de diplomate officieux, les entretiens confidentiels qu’il avait avec Maurepas, ses allées et venues entre Londres et Versailles, faisaient de lui un personnage dont Vergennes, agacé, se demandait les titres exacts.

Depuis le Régent, les étrangers, et les Anglais d’abord, avaient toujours été les bienvenus au Palais-Royal. Ils apportaient en compagnie leur singularité, ce remède à l'ennui, et surtout un air de fronde et d’opposition qui seyait à la Maison d'Orléans. Bel homme et cavalier intrépide, bardi chasseur. jusqu’à assommer un sanglier de son fouet plombé devant la Reine et les dames, beau joueur, gai soupeur, voyageur infatigable et actif débrouilleur d’affaires, N. P. Forth avait de quoi plaire au duc de Chartres, dont il n’était l’aîné que de trois ans. Il l’initiait dans les choses anglaises, dont l’autre se montrait si curieux. Entre eux se noua bientôt une amitié de plaisir et de bons offices, qui n’a guère de secret pour nous: car l’envoyé de Georges III était un homme d'ordre qui, prenant son rôle à cœur, tenait registre de son temps et conservait ses archives avec soin. 7

À travers son Journal et sa correspondance qui n’ont pas voyagé jusqu’à nous sans dommage, nous suivons, depuis l'automne de 1771, le progrès de cetie liaison. Les relations, ébauchées aux courses, se resserrent à la chasse, au jeu, durant le voyage de Fontainebleau où Forth est admis de pair avec les ambassadeurs, L’envoyé particulier n’a qu’à se louer -+

de l’accueil et des prévenances que chacun lui témoigne, même Vergennes, « remarquablement poli », chez lequel il dine à deux reprises. Il n’est pas jusqu’à la Reine qui, infidèle à la promesse concédée à Mercy de garder désormais plus de réserve envers les Anglais, ne se montre gracieuse. Mais à la suite de je ne sais quelle « trahison » de lady Clermont, une - Anglaise bien en Cour, Forth perd la bienveillance de la souveraine qui défend au comte d'Artois de le recevoir. Soudain dégrisé, il éprouverait toute l’amertume de cet injuste retour sans le duc de Chartres qui dit du bien de lui à qui veut l’entendre. La :onnaissance est faite et les confidences viennent.

Forth communique au prince les journaux anglais. Tous deux font échange de nouvelles politiques, échange qui, dans ces circonstances délicates, semble rester à l’avantage de l’envoyé anglais, plus circonspect, car l'amitié finit pour lui là où commence l'intérêt de sa patrie. Le vendredi 5 décembre, Forth apprend la capitulation de Burgoyne à Saratoga : c’est le duc de Chartres, rencontré chez lady Barrymore, qui lui donne copie de la dépêche du Congrès et le sonde sur une offre de conciliation. Le prince, à l’occasion, lui rend visite ‘et ne s’oublie pas moins d’une heure entière, lui si impatient, à causer sur la guerre, les chiens, les libelles, Les conditions d’un voyage en Angleterre. C’est encore par un message du duc de Chartres que Forth est informé le lundi 22 décembre que les ministres français auraient résolu d’aider les Américains. Mais l’anglophile Voyer d’Argenson lui démontre l’absurdité de cette nouvelle, et le surlendemain 24, Maurepas, qu’il surnomme Timeo, niant tout ce qui est relatif au traité et à la proposition de Franklin, l’autorise à rassurer lord North. Le mardi 6 janvier 17178, le duc de Chartres luimême, recevant Forth très affectueusement avant cinq autres personnes, lui déclarait: Nous n’aurons pas de querre! et le lui répétait encore le vendredi 6 février.

L'ambition que nourrissait alors le prince de servir dans la marine lui donne-t-elle la force de dissimuler ? Malgré son entregent, Forth ignore que l’ordre d’armer la flotte est parvenu à Brest le 4 février, et il semble à cette date bien mal informé à l'égard même de son ami. Il note le 41 février que

le duc de Chartres ne s’est rendu en Bretagne dans la mauvaise saison que pour inspecter son régiment à Landerneau, que défense formelle lui aurait été faite d’aller à bord ‘d’un navire. Or, de Landerneau, le prince s’en allait bel et bien à Brest où il séjournait huit jours, animant tout de sa présence,

arsenaux et magasins. Ce jour-là même, Maurepas signifiait à

Forth par sa réserve que le grand pas était franchi : pour lui la guerre entre les deux royaumes ne faisait plus de doute. Il n'échappe plus à Forth que « le duc de Chartres remue ciel et terre pour commander la flotte, » (9 mars). Lord Stor-

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mont, rappelé, quitte Paris le 21 mars ; il ne reste plus à

l’envoyé particulier de George IL qu’à prendie congé des ministres français. Tous deux ont perdu la partie et Forth, plus candide et plus novice en diplomatie, ne se retire pas sans éclat. Sa dernière visite est pour le Palais-Royal. Il voit le chevalier de Foissy, l’écuyer du prince, et le prince luimême : on s’attarde en une longue et amicale causerie. Le matin même du départ, il envoie prendre chez le comte de Genlis, qui sera désormais son fournisseur ordinaire, neuf cents bouteilles de champagne à six livres pièce. Le dernier Français, dont il fasse rencontre au port, est encore un familier du Palais-Royal : il croise à Calais le duc de Lauzun qui, apres avoir tenté de jouer un rôle diplomatique en Angleterre, s’en vient briguer à Versailles un commandement militaire dans la guerre imminente, [ls dîinent et soupent ensemble, s’entretiennent de Junius et de la constitution anglaise : et Forth, au moment de prendre congé, fait cadeau à Lauzun de housses pour chevaux. |

À peine débarqué, il s'occupe d'obtenir, en faveur du duc de Chartres, un laisser-passer pour huit chevaux et vingt chiens qu’il fui expédie Le 10 mai, sous la conduite du valet Tom. Les lettres, les commissions et les envois vont se succéder pendant toute la guerre. Forth sera le correspondant

aititré du prince, le confident de ses fantaisies et de ses

affaires, le pourvoyeur de ces choses anglaises dont le prince ne peut se passer, et pour lesquelles ils obtiennent aisément, chacun de leur côté, un passeport. Le prince lui écrit toujours de sa main Car, indiscret dans les affairés publiques, il reste

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cachottier pour ces menues commissions. Cette correspondance, dont la plus grande partie nous est parvenue, est purement privée : point de politique, point de visée ambitieuse, à peine un écho des événements en tant qu’ils gènent ou favorisent les petits arrangements personnels du duc. Transport de chevaux et de chiens, commande de voitures et de tapis, de lanternes, de chapeaux, de gants, d’aiguilles, d’almanachs, de gravures à la manière noire, consultation sur un pari, recommandations pour le danseur Vestris et le marquis Ducrest, etc... voilà les grands soucis qui mettent la plume à la main du prince.Evidemment, de pareilles lettres, qui valent une confession, n’ont guère renseigné l’ex-envoyé de George III sur l’opinion française, ni sur les intentions de nos ministres.

En février 1782, Forth met le due dans la confidence de son prochain passage à Paris. Îl vient en mission secrète et passe une heure et demie dans le cabinet de Vergennes (14 mars). Il présente de vagues propositions inacceptables: cette démarche témoigne du moins que le cabinet de Saint-James incline à la paix. La France n’est pas moins disposée à traiter, mais d'accord avec ses alliés et sans Les sacrifier. € Tout le monde parle de paix ; ainsi j'espère que je me trouverai bientôt en Angleterre », mande le prince à son correspondant, dès le mois d’août suivant. Telle est l’idée qui le poursuit : adieu ambition, la noble émulation avec Lauzun qui s’évertue à servir selon son rang. Cette guerre, où il lui est défendu de paraître, l’importune. La paix tarde trop, au gré de cet impatient. Qu'on la signe sans plus attendre, pour que soient libres les allées et venues d’un bord à l’autre du détroit, pour que s’abrège l’ennuyeux supplice de l’inaction.

Forth est retourné à Londres avec mandat d’y rechercher une maison pour le duc. Comme pour sa part cet Anglais aime ja grande vie, le brillant et Le faste, il s'enquiert d’une demeure digne d’un prince du sang. L'autre se hâte de le détromper. « C’est exactement un pied-à-terre que je désire avoir à Londres, où je puisse arriver de Paris quand bon me semble et n'avoir à rendre compte de ma conduite à personne ». Plus tard, il se peut qu’une fois acclimaté, le comte de Joinville se relâche de son incognito et meuble une grande

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maison pour y tenir éclat et recevoir M. le duc de Chartres et ses enfants. Pour l'instant, il ne désire « qu’un trou », avec des écuries pour douze chevaux et donnant sur une promenade. « Peu importe que ce pied-à-terre soit dans le quartier des gens de bon ton. Il aimerait mieux louer qu’acheter.…. » L'obligeant correspondant se met en quête : au mois d'août, le prince tient sa maison dans Portland Place n° 35, pour 350 louis par an. Le loyer dépasse le chiffre qu'il avait pensé, mais la position de la maison l’enchante. Tout ce qu'il ÿ a d'anglais à Paris lui affirme que c’est un quartier neuf, etal a hâte de déployer un plan de Londres pour ÿ repérer son pied-à-terre.

Le seul inconvénient, c’est qu’il file prendre les meubles avec le logis : deux mille louis à jugement d'experts ou jurés. Le duc prie Forth de s’en défaire : il préférerait les choisir luimême, quitte à payer un peu plus cher, « car je suis persuadé que les meubles, ainsi que les femmes, il faut les prendre selon la fantaisie du moment ». Il traite brièvement et nettement l'affaire, sans négliger aucun détail. Ses questions témoignent d’un esprit bourgeois et pratique qui jure avec son insouciance princière. Bref, le 25 août, tout est conclu :- Forth est chargé de passer le baïl sous le nom de Louis- Philippe-Joseph, comte de Joinville. Il avait proposé d’habiter partie du logement, en payant un tiers et les frais. Le duc accepte volontiers l’arrangement, mais repousse la contribution : « Vous me ferez grand plaisir d’y loger, quand vous viendrez à Londres; outre la satisfaction que j'aurai de vous rendre ce petit service, j'aurai celle d’être sûr que ma maison sera bien tenue et bien entretenue. » Forth sera

donc sous-locataire du prince au n° 85 de Portland Place, d'octobre 1182 à octobre 11788.

Le duc de Chartres se réservait de faire lui-même, une fois

à Londres, les acquisitions nécessaires à un ménage, « car je veux Mis cette maison de manière que j’y arrive de Paris

comme J'arrive à Monceau : c'est une de mes fantaisies que

l'on trouvera peut-être extraordinaire, mais n'importe | » Ce

ton agressif trahit le ressentiment du maître du Palais-Ro val, alors harcelé par le public.

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Aussi recommande-t-il le secret à son correspondant, même envers le fidèle Ducrest. Mais le bruit qu’il avait loué un hôtel à Londres ne tarde pas à se répandre. En vain essaiera-t-il de dissimuler son départ et son arrivée. Si voyageur soit-1il, un prince du sang ne peut se déplacer sans attirer l’attention. Et les gazettes anglaises, fort indiserètes, ne manqueront pas de renseigner les nouvellistes français, si par hasard le prince a pu franchir la Manche sans trompette.

En attendant la paix qui doit lui ouvrir l’ Angleterre, et pour se reposer des tracas du Palais-Royal, Le prince s’esquive en Italie. A son retour, les préliminaires du traité sont signés ; la cessation d’armes est proclamée le 4 février 1783 par Louis XVI, le 44 par George IIT. Le 8 mars, les paquebots anglais reprennent leur service quotidien entre Douvres et Calais, et les passagers, en groupes élégants, s’empressent d’une rive à l’autre. Si l’on en juge par l'accueil réciproque, la guerre ne semble pas avoir laissé de ressentiment dans l'esprit de ce beau monde. Les Anglais qui ont envahi Paris

se louent de la politesse et des égards de leurs hôtes et se

piquent chez eux de ne pas être en reste. William Pitt s’étonne que son nom soit traité sans inimitié et que sa

mère puisse lui écrire, sans détour, en mettant son adresse

tout au long. George, duc de Manchester, accrédité le 25 avril comme ambassadeur extraordinaire, reçoit de Louis XVI et de la famille royale la réception la plus distinguée.

Moins zélé, l'ambassadeur de France, le comte d’Adhémar, ne se présente à George LIT que le 14 mai. Le duc de Chartres l’a précédé à la sourdine. Il courait à Londres, depuis le 4 mai au soir, sous le nom de comte de Joinville. La saison d’outre-Manche commençait en avril avec les courses de Newmarket pour finir en mai avec celles d’Epsom. Le prince

se trouvait donc en retard : les affaires avaient différé son

départ, comme elles devaient avancer son retour. Son voyage s’élait effectué au chronomètre, en compagnie du duc de Fitz-James et du marquis de Conflans, qu'il avait pris au Vaudreuil. Il avait parié de se rendre de Paris à Londres en trente heures de marche, sans compter le temps

des haltes qu’il se réservait de mesurer à sa guise. Aussi,

malgré la tempête qui sévissait à Dieppe, avait-il obligé le pilote récalcitrant à prendre le large vers Brighton”.

Il comptait faire la tournée des plaisirs de Londres avec

l’heureuse liberté d’un riche particulier. Vergennes n'avait pas annoncé sa venue, et notre chargé d’affaires, le comte du Moustier, n’apprit la présence du prince que par oui-dire. Mais le peuple anglais allait traiter cet hôte incognito en ambassadeur malgré lui et lui rendre les honneurs princiers. Dès 1776, les gazettes de Londres n’avaient-elles point parlé du goùt que témoignait-le duc de Chartres pour les choses anglaises, des courses qu’il organisait en France, des égards qu’il avait prodigués à Sir Thomas Rich, capitaine du vaisseau Entreprise, rencontré en mer? ? On savait quel désir le pressait de connaître l’Angleterre, les difficultés que ses projets de voyage outre-Manche avaient rencontrées auprès de Louis XVI, les boutades qu’il avait essuyées d’un souverain anglophobe qui ne l’avait laissé partir qu’à contre-cœur. On renchérissait même sur ses intentions : on lui prêtait l’idée de s'établir en Angleterre avec sa famille et M"° de Genlis, pour élever ses fils à l’anglaise*. Ces bruits divers, sa visite, le plaisir qu'il ne dissimulait pas à parcourir tous les lieux d'agrément, flattaient l’amour-propre national des Londoniens, et partout il trouvait sur ses pas un concours de personnes de tous états et conditions qu’il charmait par son affa- -bilité et sa simplicité, Heureux de plaire, savourant cette bienvenue qui lui semblait si douce après les huées du Palais- Royal, il plaisait d'autant plus.

L'on répétait ses mots qui faisaient fortune. L’un de ses premiers soins avait été d’assister dans la galerie des Communes aux débats sur la réforme parlementaire (7 mai). Etil avait déclaré en sortant aux membres qui lui faisaient cortège : « Je me trouverais très heureux de siéger parmi vous, si J'étais Anglais, et j'admire un gouvernement où l'autorité n’est que [a volonté de tous ». L'on remarquait surtout l’élé-

1 Nouv. extraord., 20 mai.

* Annual register, 1776, p. 131, 167, * Bach., et Métra, 16 mars.

4 Courrier de l'Europe, 13 mai.

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gante simplicité de sa mise qui faisait contraste avec le luxe inouï du prince de Galles ; car en France la mode masculine n'avait emprunté aux Anglais que les costumes de cheval et de campagne, propres à favoriser le sans-façon et la famiharité de la vie, et le luxe y avait décrà à proportion même qu'il croissait outre-Manche. On ne critiquait qu’un détail chez le duc de Chartres: les anneaux d’or qu’il portait aux oreilles{, Par respect pour la modestie des dames anglaises, il avait changé les boutons de son habit — quelque mythologie trop libre, émaillée ou peinte — qu'il avait étrennés dans les salons français sans choquer les Parisiennes”?,

Il allait de festin en festin, de fête en fête chez le duc de Cumberland, chez lord Shelburne, chez le duc de Richmond,

chez le duc de Dorset. Il était difficile qu’un hôte aussi popu-

laire ne se relâchât point de son incognito, par égard pour le Roi, Tout Londres connaissait déjà le duc de Chartres quand, dans la matinée du 14 mai, le prince fut présenté à George II par notre chargé d’affaires, le comte du Moustier, qui prenait congé du souverain. La simplicité du comte de Joinville agréa fort au Roi qui gémissait sur les folles dépenses de son fils aîné. Mais ce qui toucha le plus George IT, ce fut que le prince, qui avait annoncé son départ pour la fin du mois, le retardât afin d’assister à la fête de l’anniversaire

royal (mercredi 4 juin). Le souverain ne cacha point sa

satisfaction de le voir, ce jour-là, à son lever, d’où le duc repartit immédiatement pour Paris : il la témoigna même à plusieurs reprises au comte d’Adhémar.

Cet ambassadeur courtisan, frais échappé de Trianon, se félicitait du voyage du prince et de ses compagnons dans sa dépêche à Vergennes du 6 juin 1783. « I] serait bien désirable, écrivait-il, que l’on ne vit dans Les pays étrangers que des Français de cette espèce, » [l n’était pas jusqu'aux paris

‘que Le prince et Conflans avaient liés, sous l'arbitrage de Fox,

pour les courses prochaines de Fontainebleau, qui ne lui

‘parussent heureux pour notre diplomatie, Vergennes se

souciait peu de pareils auxiliaires. Aucune de ses lettres ne

4 Métra, 21 mai, : Daily Advertiser, 10 et 22 mai.

fait mention du duc de Chartres, lors de ces voyages en Angleterre. Il avait: ses raisons pour ne pas aimer la Maison d'Orléans et pour se défier en particulier des services diplomatiques du jeune prince. D'ailleurs, hostile à l’anglomanie, il désapprouvait cet empressement vers Londres de notre haute société. Le comte du Moustier, rentrant, lui mandait de Boulogne le 24 mai qu’il avait laissé à Londres un grand nombre de voyageurs de distinction. Les plus marquants, après le duc de Chartres, étaient le duc de Goigny et sa

société : le duc de Polignac, le marquis et la marquise de Coi- :

gny, le comte de Coigny, le comte et la comtesse d’Andlau, la comtesse de Châlons, le comte Valentin d’ Esterhazy, ee L qui, arrivés le 18 mai, repartirent le 29.

Le duc de Chartres, qui n’avait pu séjourner en Angleterre assez longtemps à son gré, s'était promis de se dédommager l’année suivante. Dès le 4* mars 1784, ses domestiques arrivent à Portland Place, présageant sa venue‘. Mais Louis XVI, dont il vient prendre congé, l’engage à D. quelques jours encore?.

L’anglomanie de son cousin irritait le Roi, le blessait dans ses sentiments les plus vifs. Au regard des souverains du continent la nation anglaise apparaissait abominable, telle aujourd’hui à notre bourgeoisie la Russie des soviets. Elle était celle qui avait décapité son Roi, qui récemment encore. venait de massacrer les catholiques (émeute du 2 juin 4780), et qui se permettait dans les journaux, les libelles et les

estampes, une satire sans frein. En vain Majestés et Excel-

lences prétendaient-elles jouir dans les papiers de Londres des égards dont le Roi britannique et ses ministres étaient privés eux-mêmes. Louis XVI et Marie-Antoinette surtout y étaient sans cesse mis au pilori dans de vils écrits que la paix ne tarissait point. Les articles que ces gazettes osaient imprimer sur la jeune Reine nous confondent. Ces plates infamies, qui déshonoreraient aujourd’hui la moindre feuille, ne seraient plus tolérées dans aucun pays du monde*. Marie=

4 Morning Herald and Daily Advertiser, 4 mars. * Lettres de M. de Kageneck, 5 mars ; Nouv. extraord., 6 avril. ® Voy. le Morning Post des 11, 13 et 17 déc. 1784.

Antoinette avait d’ailleurs prévenu par son antipathie cette animosité de nos voisins d’outre-Manche. Elle surenchérissait à leur égard sur sa mère Marie-Thérèse. L'idée que son frère Joseph IT pùt projeter un voyage en Angleterre La révoltait-« J'espère qu’il y pensera plus d’une fois, observait-elle à sa mère le 13 juillet 1780, avant d’aller dans un pays ennemi décidé de tous les souverains, et où les lois les plus

nécessaires à la tranquillité et à l’honnèteté publiques sont réduites à rien par l'esprit de liberté-et d'indépendance. » Et Marie-Thérèse lui répondait: « Il m'a un peu amusé de vous voir si vive sur ce point. Je ne le suis pas moins, et, depuis quelques années, cette nation gagne furieusement partout ; on ne peut assez se précautionner et prévenir leur séduction et influence en tout ».

L’Angleterre d’après-guerre offrait dans son relâchement un tumulte de passions qui manifestait aux observateurs du continent toute l'originalité de ses mœurs politiques. Notre ambassadeur, le comte d’Adhémar, nouveau-venu dans le pays, n’en pouvait croire ses yeux ni ses oreilles. Il s’étendait dans ses dépêches sur les scènes dont il était témoin, sur les intrigues où il se perdait. A lire ces rapports dont lui revenait au moins l'écho, Louis XVI cultivait, excitait jusqu’à l'horreur son anglophobie. \

La Grande-Bretagne avait perdu son équilibre constitutionnel depuis que l’opiniâtre George II, intervenant dans les affaires au delà de son rôle d’arbitre, avait par la division constitué parmi les tories écossais, contre les whigs, champions de l'indépendance ministérielle, un troisième corps ou parti, celui de l’influence secrète de la couronne. Derrière les ministres, la lutte se poursuivait entre deux principes et deux hommes : George IIT et Charles Fox, Charles IT, disaiton, qui par deux fois s’imposait au souverain et le supplantait dans la nation. Au début de janvier 1784, le général Conway disait en plein Parlement : « Les conjonctures où nous sommes rappellent le règne des Stuarts ! ». A l’occasion

“de l’anniversaire de « l’assassinat juridique » de Charles I”,

courait une estampe, intitulée Le miroir patriotique, où

dait dans une glace. qui réfléchissait le portrait de Cromwell. « Je sais de bonne part, notaitle «omte d’Adhémar, que M. Fox a été sensible à cette caricature. » George LIL était résolu à se retirer en Hanovre, à risquer sa couronne plutôt que de se déshonorer sous le joug de l'adversaire qui lui déniait les deux derniers privilèges du trône : le droit de nommer les ministres et celui de mettre son veto aux bills votés par les deux Chambres.

Mais il avait trouvé en W. Pitt l'homme intrépide et sage, capable de faire front à la Chambre des Communes pour le maintien du pouvoir royal. Le 48 décembre 4783, George EI avait repris les sceaux à l’odieux ministère de la coalition. Mais Fox, passé au banc de lopposition, continuait de paraître aux Communes en costume complet, selon lusage des ministres en place, manifestant ainsi que, quoique congédié par Le Roi, il se considérait toujours au pouvoir, devant la Chambre.

C'est à la fois comme Roi et comme père que Georges LEE abhorrait Charles Fox, car ce rival, qu’il avait dù subir, lui. avait aliéné le cœur de son fils aîné en le corrompant. Le Roi n'avait jamais aimé le prince de Galles qui, infidèle à Féducation qu’il avait reçue dans la cour morose de Saint-James, semblait « échappé d’une cave à cidre ». Sous l'influence de son oncle, le duc de Cumberland, homme de plaisir, il était devenu bientôt, à l’école de Fox et de Fitz-Patrick, le plus extravagant des débauchés. À peine observait-il avec son père, qu’il fuyait, la stricte bienséance. Quand le Roi invitait à dîner ke prince de Galles, celui-ci ne venait qu’à regret et en retard ; et tous les domestiques voyaient le souverain attendre son fils une heure durant. Chassaient-ils ensemble, le jeune homme ne soufflait mot ; un jour que la chasse avait fini dans un village écarté, le duc de Cumberland et son neveu, s’emparant de l'unique voiture du pays, plantèrent A Sa Majesté.

Cependant le prince de Galles écrivait sans cesse à Fox des

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billets conficentiels : Mon cher Charles, lui disait-il familière. — ment. À peine majeur et introduit dans la Chambre des Lords, —

(44 novembre 4783) il s'était rangé dans Popposition. It votait -

. £ ; | à LA SECONDE RÉPUTATION DU DUC DE CHARTRES : L ANGLOMANE 407

pour le bill de lPinde, présenté par Fox, alors même que

Georges LIT sollicitait contre ce bill les suffrages des pairs. N’avait-il point envers ce ministère de coalition, que le Roi nommait le ministère de son fils, des obligations particulières ? Lorsqu’au printemps s'était posée la question de son établissement particulier, Fox s’était engagé à demander pour le prince au Parlement une dotation annuelle de cent mille Hivres. Mais George IE, inébranlable à cette prétention exorbitante, n'avait consenti, pour maintenir son fils sous son contrôle, qu’à lui accorder moitié de cette somme sur sa liste civile. Ce double ressentiment paternel et royal entretenait, selon Walpole, un ulcère à vif dans cette âme sévère et repliée. George IIE vivait dans le tourment de penser que le prince de Galles caracolait dans cette opposition qui menait le siège tumultueux du cabinet Pitt et de la royauté. Les séances aux Communes se déroulaient en accusations perfides et en menaces. « Quelles mœurs ! que nous sommes heureux de n’en avoir que le spectacle ! » soupirait le comte d’Adhémar.

Cette furie des partis, où se faisait Jour une guerre sacrilège entre père et-fils, faisait horreur à Louis XVI. L'on conçoit son hésitation à laisser partir dans cette société perdue le fils du premier prince de son sang, trop attiré vers ce prince de Galles qui se vantait d’être « le premier Br homme de l’Europe ».

Pourtant, lorsque W. Pitt, rase que lopinion publique avait tourné en sa faveur, délermina son souverain à dis= soudre le Parlement factieux (24 mars 1784), Louis XVI de guerré lasse donna campos au duc de Chartres qui se hâta de gagner Londres, le dimanche 28 mars. Le soin des élections avait dispersé la noblesse à travers les comtés et le prince trouvait chez le comte d’Adhémar tout ce qui restait de beaw monde. Le soi mème, en compagnie du prince de Galles, il rendait visite dans leur loge à chacune des actrices fameuses de l'Opéra, et $e retrouvait le lendemain, pour dîner, à la table de notre ambassadeur, chez qui le prince anglais s’était invité. Le soir, on revoyait nos deux princes au théâtre, assis sur le même rang, à peine séparés par lord Onslow qui « figurait le détroit entre Douvres et Calais ». C'était une ca-

LA

maraderie quotidienne, dont les feuilles anglaises relevaient.

les moindres faits et gestes. Le vin plutôt que les femmes, et lejeu etles chevaux plus encore que le vin, formaient l’or-

dinaire de leurs passe-temps. L'on voyait enfin sur le turf

anglais les couleurs du duc, la casaque noire galonnée de rose, et cette année mème, Cantator, l’un de ses chevaux anglais, disputait le Derby d'Epsom.

Le dimanche 9 mai, nos deux inséparables mettaient pied à terre dans Hyde park et se promenaient bras dessus dessous dans Kensington garden. Comme le prince de Galles était aussi pâle que le duc de Chartres était rouge, les fläneurs observaient que l'héritier de la Grande-Bretagne avait laissé la rose d'Angleterre au Bourbon pour épouser les 1ys de France. « Comme le duc de Chartres est rose ! disait l’un. Il devrait s'appeler le duc de Bourgogne, faisait un autre. Un troisième ajoutait : S. A. sort d’un cercle de parieurs: il est rouge de succès!. »

C'était la promenade de l’adiet. Le prince français, qui devait rester en Angleterre jusqu’à la Pentecôte, abrégeait son séjour. Il quittait Londres dans la journée du lundi 10 mai et, faisant diligence comme de coutume, arrivait au Palais-Royal le mercredi soir.

Les : gazettes discutaient la raison de ce retour précipité. Le ver Herald du 11 mai affirmait que le duc avait obéi à l’ordre de Louis XVI, qui ne voulait pas le laisser davantage au spectacle des luttes politiques et à la contagion des principes libéraux. Le Morning Intelligencer du 45 mai prétextait la visite à Paris du roi de Suède, que le prince-ne pou- * vait manquer : S. A. reviendrait incessamment à Londres, rappelée par un pari considérable lié avee lord Cholmondeley. Suivant le Courrier de l’Europe et la Gazette de Leyde, mieux informés, il était rappelé par les négociations pour la vente de Saint-Cloud. L'affaire était d'importance, puisqu'il

en était réduil alors à chercher de l'argent de tous côtés: Du-

crest tentait combinaison sur PEMPRBE EN pour obtenir des emprunts.

4 London Gazette, 10 mai.

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Ce départ anticipé privait le voyageur d’un spectacle singulier : le pompeux triomphe de Fox à travers les rues de Londres, après la clôture du poll de Westminster (17 mai),

cortège houleux aux bannières déployées que le comte d’Adhémar se plaisait à décrire dans sa dépêche du 18 mai. Le prince en lut du moins le récit dans les papiers anglais qu’il recevait régulièrement en bon anglomane. Il n’eut pas de peine à l’imaginer, d’après les scènes qu’il avait vues de ses yeux en compagnie du prince de Galles ou de notre ambassadeur. Lui qui n’aimait, au dire de M" de Genlis, que le désordre et l’imprévu, avait LES sans doute le mouvement Das élections de Londres.

La candidature de Charles Fox à Westminster avait été servie avec passion par les plus grandes familles. Tout ce beau monde avait souscrit 60.000 guinées ; cette cagnotte promettait paiement aux fournisseurs qui voteraient docilement :

. les autres perdraient leur pratique et ne rentreraient pas dans leurs fonds avant longtemps. Le parti adverse’ avait fait de même, mais moins endetté, il avait moins de prise sur les marchands. Tandis que Fox caressait la multitude, buvait en pleine rue avec la canaille et poursuivait de porte en . porte la quête des suffrages, embrassant pour les obtenir - père, mère, enfants, toute la maisonnée, — la belle duchesse de Devonshire, à la tête d’un charmant essaim de grandes dames, se livrait à des menées incroyables. Arborant sur les promenades et dans les rassemblements des rubans qui por- 7 taient Fox and Liberty, travestissant leurs gens pour les faire voter, elles allaient à domicile solliciter Les électeurs. Embrassées par tous les polissons de leur parti, elles subissaient en revanche les invectives et les ordures du parti con- . traire, sans rien perdre de leur considération dans ces démarches indécentes. Le duc de Chartres vit les candidats de Westminster, montés sur des tréteaux, haranguer, prier sans vergogne la populace qui les sifflait ou les applaudissait à son gré, et chacun des partis, s’il se sentait faiblir, barrait le chemin aux électeurs adverses qui venaient faire inscrire leurs noms sur le registre ouvert. D'où des … bagarres sauvages. Le 6 avril, le comte d'Adhémar était

témoin de la mort de plusieurs matelots, partisans de l’amiral Hood, assommés par les porteurs de chaises et les pickpockets, deux redoutables corporations enrôlées au service de Charles Fox. Pourtant, et si la nuit la canaille cassait bras et jambes à ceux qui ne criaient point avec elle: Fox for ever, cet acharnement des partis, sans cesse excités par des harangues ou des écrits véhéments, restait dans l’ordre. Le flegme britannique gouvernait malgré tout cette licence.

Les journaux anglais, libres de tout dire, n’en étaient pas à une erreur près. Comme la santé du comte d’Adhémar était atteinte, le Morning Herald du 42 juillet annonçait que le duc

de Chartres allait revenir bientôt à Londres en qualité d’am- w

bassadeur de la Cour de Versailles. La vérité était tout simplement que le prince, à Fexemple de Lauzun, s'était assuré d’une maison à Brighton, pour jouir de la société du prince # de Galles. Le vendredi soir 29 juillet, le duc de Chartres touchait Londres et repartait le lendemain pour Brighton, centre des plaisirs d'été, le Paris du littoral qui éclipsait toutes les villes voisines, grâce au pavillon chinois du prince anglais. EH pariait furieusement aux courses de Brighton. Et $. A. s'échauffait à ce point qu’elle serait, disait-on, montée dans un ballon, s’il s’en fùt trouvé un tout équipé sous sa main!. Le jeudi 12 août, if dînait avec Lauzun chez le duc de Queensbury dans Dover Street et repartait le lendemain, emmenant M. de Ségur si vivement que le comte d’Adhémar, pour ménager l’impatience du prince, devait bâcler la dépêche qu'il confiait au jeune ministre. Revenait-il sur l’ordre du Roi, comme l’annonçait encore le Morning Intelligencer ou tout simplement, selon la Gazette de Leyde, pour la seconde expé- # rience de son ballon aérostatique, promise vers la mi-août ? - Le Morning Herald du 20 août se faisait l'écho d’un faux bruit persistant: le duc de Chartres aurait donné l’ordre à « ses fils et à sa fille de s’embarquer avec M" de Genlis, afin. | de s'installer à Bath pour leur éducation. Mais Louis XVI * aurait mis le holà, sans vouloir s'expliquer avec le duc d'Orléans. Plus vraisemblable et plus exacte était la nouvelle

? Morning Herald, 9 août,

LA SECONDE RÉPUTATION DU DUC DE CHARTRES : L'ANGLOMANE Æ#1l

d’un prochain voyage du prince de Galles sur le continent: le prince confiait au comte d’Adhémar, dans les premiers jours de l'été, qu’il s’en allait à Spa, d’où il se rendrait à Paris. A la mi-juillet, le lieutenant de police Le Noir avait vent de sa prochaine arrivée: le duc de Lauzun accompagnerait le prince depuis Londres, le duc de Chartres irait à sa rencontre. Ce projet était à la vérité une sorte de chantage que le prmce de Galles exerçait sur son père qui se refusait à payer des deltes engagées au profit de Fox et de l’opposition. Le fils prodigue menaçait de s’expatrier, à l'exemple des Anglais peu scrupuleux qui fuyaient leurs créanciers. Aussi George LIL s’opposait-il fermement à son départ, tant que le débiteur ne se serait pas libéré. Le voyage, dont s’était déjà préoccupé Vergennes, élait donc remis à plus tard.

Plus libre de sa personne, quoi qu'il prétendit, le due de Chartres passe et repasse la Manche par trois fois en 1785. L'autorité de Pitt avait affermi la prérogative royale. Bien que la lutte se poursuivit âprement aux Communes où se posaient ensemble tous les problèmes dont dépendait le sort de l’Empire, George iIL, après les dégoùts éprouvés, connaissait des jours meilleurs. Louis XVI se trouvait donc moins répugnant à laisser partir son cousin qui, dès le 20 janvier, priait N. P. Forth de tenir sa maison prête. El se hâtait de mettre ses affaires en règle et arrivait à Londres le 44 février. Le surlendemain, le comte d’Adhémar le présentait à George ILE, au lever selon l'usage. L’ambassadeur se félicitait de la correction du prince qui ne pouvait manquer de toucher le souverain, boudé et délaissé par son fils. Etait-ce pour répondre au souci de Louis XVI ou par somplaisance pour le comte de Joinville qu’il écrivait x Vergennes ce 20 février : « Ses liaisons avec M. le prince de Galles ne le portent point à partager ses excès et le maintien de M. le comte de Joinville à Londres est excellent sous tous les rapports. »

Le soir même de la présentation au Roi du duc de Chartres, le prince de Galles offrait en son honneur grand souper et bal où évoluaient quarante-deux couples, tant du corps diplomatique que de la noblesse. Le dimanche 6 mars, le duc dinait chez le comte d’Adhémar avec Fox triomphant. L’issue du

scrutin de Westminster en faveur de « l’homme du peuple » avait été connue l’avant-veille et trois jours d’illumination avaient manifesté la joie populaire. Puis le comte de Joinville s’en allait chasser en Leicestershire et, le 21 mars, gagnait Newmarket avec le prince de Galles, pour essayer des chevaux favoris avant la grande courset, Il revenait à Paris,

juste pour être témoin de la naissance du duc de Normandie.

(27 mars), rapportant que le comte d’Adhémar venait d’être frappé d’apoplexie dans l’appartement même de la Reine.

Les courses de Newmarket le rappelèrent outre-Manche pour une quinzaine (13-28 avril). Il ne négligeait point de saluer ou de prendre congé de LL. Majestés Britanniques à Saint-James, ni d'assister le 26 avril à la fête de l'anniversaire de l’Académie royale.

On parlait de nouveau des projets. de voyage du prince de Galles, dont les dettes montaient à un chiffre exorbitant. - George I ne voulait point les payer sans explications ni retranchement. Son fils, soutenant qu’il y. à beaucoup de dépenses que l'honneur défend de justifier, se refusait à tout contrôle et se déclarait prêt à partir pour le continent. Il

menaçait de congédier les officiers de sa maison et de vendre. son haras. Mais il fallait, pour la décence de ce départ, que le

Roi ou le Parlement accordassent les fonds nécessaires au voyage et au paiement des dettes. Or W. Pitt ne semblait guère disposé à faire appel à la nation. Ces dettes faisaient le tourment du père et du fils. « Mon père me haïil », disait le prince de Galles, et George II souhaitait encore de se retirer dans ses Etats d'Allemagne où il avait fait élever ses autres fils pour les garantir de la contagion de l’aîné, perverli selon lui par les mœurs anglaises. Cependant le fils se présentait devant le père (4 juin), et le Roi, pour éviter l’éclat d’une rupture publique, consentait à un nouvel accommodement.

Le prince de Galles, incorrigible, ne changeait rien à sa vie. Il continuait de tenir table ouverte à Brighton où le duc de Chartres séjournait sur la fin de juillet. Notre anglomane inspectait son écurie et se défaisait de quelques jolis chevaux,

1 London General Advertiser, 22 mars, x Sa

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