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Il est dommage qu’à l’exemple du physicien Charles, le duc de Chartres, saisi par l’impression du grand danger qu'il avait couru, n’ait point voulu recommencer, comme dans la chanson. Ses compagnons, les frères Robert, repartis des Tuileries Le 19 septembre suivant, réussissaient à tenir l’air pendant six heures quarante minutes et, le 7 janvier 1785, Blanchard franchissait la Manche sur son vaisseau volant, de Douvres à Guines.
Mais comment le prince eüt-il mis fin aux quolibets, puisque les plus hardis aéronautes mêmes n’échappaient point à la moquerie? Devant le monument élevé en son honneur dans la forêt de Guines, Blanchard, après avoir mesuré le diamètre et la hauteur du socle, s’écriait : « Messieurs, je ne crains plus, grâce à vous, le persiflage et la calomnie : il faudrait cinquante mille rames de libelles pour masquer sur toutes ses faces la colonne que vous m'avez érigée ». La conduite du public, à Pégard de ceux qui risquaient leur vie dans ces aventures aériennes, justifiait le dédain que le duc de Chartres professait pour l’opinion. Contre quelques “enthousiastes, l’on comptait nombre de sceptiques toujours prêts à gouailler. La masse, toujours moutonnière, se rangeait avec les uns ou avec les autres, selon le succès de la tentative. Les frais en étaient le plus souvent couverts par souscription ; et, le jour venu, les souscripteurs exigeaient qu’elle se fit, quel que füt l’état de Patmosphère. Ils en voulaient pour leur argent, au jour dit, et n’acceptaient point de remise. Malheur aux inventeurs dont la machine ne s’enlevait pas ! Les spectateurs, se croyant dupés, envahissaient l'enceinte et écharpaient l’aérostat, sinon les pilotes. Le 11 juillet 1784, deux aéronautes malheureux, l’abbé Miollan etle sieur Janinet, échappaient à grand peine à la fureur populaire : puis les quatrains et les calembours achevaient sans pitié leur défaite.
L'expérience de Saint-Cloud n’éveillait la rancune d'aucun souscripteur. Mais elle fournissait un trop facile prétexte à ridiculiser l'entrepreneur du Palais-Royal. Le vaisseau Le Saint-Esprit et la Caroline de Saint-Cloud furent accolés désormais par dérision dans le blason calomnieux du prince,
Le combat d’Ouessant et l’ascension du 15 juillet 1784, ces deux meilleures journées de sa vie, lui ont valu les sarcasmes les plus acharnés. Jamais encore pourtant aucun prince du sang ne s’était aventuré sur mer ni en plein ciel : « hasardeux et de sang-froid dans un ballon et de bon exemple à Ouessant, quoi qu’on en dise », écrivait en 1793 le prince de Ligne, l’admirateur de Marie-Antoinette, à l’un de ses correspondants qui désirait savoir son opinion, alors même que la haine était le plus déchaînée contre la mémoire du régicide.
Par cette injustice renouvelée, l’opinion méritait peut-être le mépris que le duc de Chartres affectait trop pour elle. Mais cette déconsidération auprès des badauds ne dépassait point la Cour et la Ville. Le peuple parisien, inaccessible aux libelles et aux médisances de société, restait indulgent aux fantaisies du prince. |
« .… Le duc de Chartres, presque aussi longtemps qu'il eut parmi nous ce nom, avoue Montjoie‘, ne fut pas mésestimé du . public?. Ses défauts et ses vices n’excitaient ni le mépris ni la haine. Les Parisiens, le voyant sans cesse parmi eux, le rencontrant dans tous leurs spectacles, dans toutes leurs promenades publiques, partout où il y avait un grand concours, lui savaient gré de se rapprocher ainsi continuellement de la multitude ; ils le chérissaient, ils le couvraient de leurs applaudissements ; il était, pour ainsi dire, le seul de nos princes qu’ils semblassent apercevoir. »
Ses folies mêmes ne profitaient-elles pas au commerce de
la capitale ? La sévérité populaire allait plutôt au comte d'Artois, dont les prodigalités portaient davantage, semblaitil, sur le Trésor public. A celui-ci et à la famille royale s’adressait l’impopularité qui laissait alors moins de traces écrites, tandis que la déconsidération dont souffrait Île duc de Chartres, inscrite dans les nouvelles et les papiers du temps, s’est reflétée de Ià dans l’histoire.
“OpNCi:, 1:68:
* Entendre ici le gros public, la foule, non le public mondain.