‹ La Jeunesse de Philippe-Égalité:Chapitre 9 sur 114 · D'ARGENSON, LI · texte numérisé non relu

D'ARGENSON, LI

8 Ibid. LIL, 49, 115,

le parti qu’il décriait, la veille encore, auprès de son filst,

Du moins si le sang et l'exemple des Conti lui répugnaient, la jeune princesse lui agréait-elle par toute sa personne. Belle comme le jour, eilé éxauçait le souhait qu'il formait pour son fils, celui d’une épouse désirable qu'il pèt aimer fidèlement. A cétte beauté répondait une éducation que s& ère Louise- Elisabeth de Bourbon-Conti avait surveillée à dessein, car elle avait entrepris et médité de loin ce projet de mariage.

Née le 20 juin 1726, Louise-Henriette dé Bourbon-Conti soïtait à peine dû coüvent ; elle montrait la fraicheur et la modestie d’une vie pieuse et régulière. En compagnie de sa mère qui ne la quittait point, elle paraissait dans le monde qui louait sa gaîté et son maintien. Quand elles soupaient en ville, la mère, laissant la compagnie et le jeu, se levait à huit heures sonnant pour mener coucher sa fille ét revenait ensuile?. Elles s'étaient mises l’une et l’autre sous la direction de Jomard, curé de Versailles, qui publia le mariage le premier dimanche de l'Avent 1743. Elles nè mandqüaient aucun office ; après, elles n’y reparurent plus. Cette éducation attentive, qui jurait avec les mœurs des Bourbon-Conti, avait levé toutes les hésitations du duc d'Orléans, Le due de Chartres, qui d’abord n'avait témoigné aucun émpressement pour sa fiancée, s’enflamma d’une passion juvénile. Les deux Jeunes gens qui sortaient de tutelle, se trouvaient à lPavenant, aussi neufs, aussi curieux. N’allèrent-ils pas à l'Opéra, pour la prermière fois, le surlendemain de leur mariage? Jusque-là le le duc de Chaïtres n'avait eu permission que d’aller aux spectacles de la cour.

Dès novembre 1744 le gouverneur Balleroy, qui gènait décidément les ébats du jeune couplet, fut disgracié et Louis- Philippe tomba sous la tutelle de $a femme, qui, joignant l'esprit à la fermeté, dotnina Saint-Cloud comme lé Palais Royal.

Les services militaires relèvent un peu cette jeunesse

* D'ARGENSON, LI, 173 sq.

? Luynes, V, 184.

* NARBONNE, op. cil., 614, note.

‘ Luynes, V, 183, 227 et VI, 136,

du Es à does po

débonnaire. Durant la guerre de Succession d'Autriche, il paya de sa personne dans les campagnes de Kländre et d’AIlemagne de 1742 à 17417. Dettingen‘, Fontenoy, Raucoux, Lawfeid furent les belles journées de sa vie. Mais il n’était ni assez décidé, ni assez appliqué pour échapper à la destinée inactive de sa Maison et obtenir un commandement d’armée?. Il trouva un regain d'honneur à Hastenbeck? pendant la campagne de 1757, puis ce fut l’oisiveté sans retour, Louis XV, qui aimait en lui ses propres défauts, le goût de l’amusement et l'horreur de l’application, le retint auprès de lui, beaucoup par défiance, un peu par amitié. (Ge prince, qui eût pu faire figure de soldat, ne resta qu’un bon vivant, bonhomme un peu berné, croyant et suivant le dernier

° venu.

Privé de son « Burrhus » Balleroy, il dépensait sans gloire sa sève allemande et sa vigueur plantureuse dans les plaisirs, Le bruit et le mouvement de la chasse où il se rompait le corps en chevauchées violentes ; sa lourdeur lui occasionnait maintes chutes et entorsest. Peu de goûts et des moindres ornaient ce désœuvrement de chasseur qui préférait les chevaux-aux livres. Paresseux et sans curiosité, il ne voit dans les arts, quand il devient bâlisseur, que le moyen de meubler les belles demeures ; bibelotier, il réunit des porcelaines de Chine’; de la littérature il ne goûte que le théâtre de salon, parades et proverbes. L'œuvre de Collé, son lecteur, donne la mesure de son goùt et de son esprit. Acteur chez lui, chez le Roi, chez M®° de Pompadour, il jouait rondement les paysans ; son aisance amusait quand il savait son rôle. A la conversation il préférait le jeu, où il menait grand bruit#, Doué de plus de bon sens que d’esprit, il plaisait cependant dans le monde par sa facilité et

‘ Campagnes du Maréchal de Noailles. Amsterdam, 1760, t. Ï, 249.

? Buvnes; VI, 122,

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