‹ La Jeunesse de Robert BrowningChapitre 103 sur 183 · ER SO · texte numérisé non relu

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en dernière analyse, servir Dieu lui-même, L’Etre Infini, d’une part, et d'autre part l’être fini, n’ont l’Un et l’autre qu’un seul et même lien : l'Amour et ce trait d'union indissoluble entre l’homme universel et son Créateur sert au Grand Dispensateur du Bien de moyen pour aboutir à Ses fins.

En résumé, on peut donc affirmer que, en dépit des nombreuses critiques formulées à son sujet, « Sordello » mérite qu’on s’en occupe ; il le mérite à cause de sa valeur intrinsèque, indiscutable qui, cachée tout d’abord, se révèle peu à peu dans toute sa réalité. Il le mérite parce que cette œuvre géniale n’est pas celle d’un écrivain ordinaire, mais bien d’un très grand Poète, qui l’a écrite avec conviction, avec amour, on peut même dire avec passion, la passion d’être véritablement utile à ses semblables, et parce que, enfin, elle était destinée, dans sa pensée, à montrer par quelles étapes successives se développa l’âme de celui qui est l'interprète de tout ici-bas, et dont le rôle doit être considéré comme primordial et unique dans les affaires humaines, Sans doute, la question qu’elle traite, en elle-même peu ordinaire, est fort complexe et très ardue. Et disons enfin, qu’en dépit de la forme sous laquelle celle-ci se présente qui n’est qu’en apparence confuse, en dépit des allures tour à tour didactiques, philosophiques — et même, par moments — allégoriques, que revêt le poème, et bien qu’il soit rempli — on pourrait presque dire bourré — d’érudition, fourmillant d’idées, d’aperçus curieux, d’allusions, de sens symbolique, il est, en plus de tout cela, autobiographique, tout comme : « Le Prélude >» de Wordsworth (16). Ne serait-ce qu’à ce dernier point de vue, il est infiniment intéressant, parce que humain.

Ainsi donc, en résumé, et toutes réserves faites, en dépit des inégalités qu’elle présente, nous ne devons pas perdre de vue, malgré tout, ni l’exceptionnelle vigueur, ni l’incomparable puissance qui caractérisent cette œuvre. Manifestation éclatante de la nature généreuse et prodigieusement riche de l’auteur lui-même, elle aura beau pécher parfois à cause d’une excessive exubérance et risquer dans son ensemble de rebuter de prime abord, néanmoins, à l'examen détaillé de ses diverses parties, on ne tardera pas, nous en sommes convaincus, à la goûter et à l’'apprécier à sa juste valeur. Tout comme pour la Divine Comédie de Dante — avec laquelle elle a tant de ressemblance — une lecture attentive et soutenue, permettra de se rendre vite compte que si, à certains

(16) Mais avec cette différence que « Sordello » n’est pas toujours et uniquement une autobiographie.

égards, elle semble offrir les apparences d’un chaos, c’est en tout cas un chaos d’où finalement émerge un ordre supérieur à toute logique banale.

Il se trouve parfois des gens qui ne savent voir, dans la nuit, autre chose que les ténèbres qui y règnent. Pourtant, plus haut, dans la Voûte céleste, sans cesse resplendissent d'innombrables étoiles !

Pareillement dans cette œuvre, en apparence si obscure, l’on voit surgir soudain, en des passages, parfois même en un vers isolé, des images fortes et belles, des pensées d’une suprême beauté, tout comme sur le fond du ciel, demeuré longtemps sombres, les nuages parfois se déchirent et, par delà le fourmillement confus des astres, livrent aux regards des incrédules les splendeurs et les gloires autrement impressionnantes des insondables profondeurs de l’immense Voie Lactée.

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