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« Voici Vérone. Mais avant tout, laissez-moi vous avertir que de mon propre gré, je n'aurais jamais choisi cet expédient — qui, s'il n'est pas le pire, n’est pas non plus le meilleur en son genre — pour raconter cette histoire que je pouvais si bien faire raconter par le héros lui-même, — l’auteur s’effaçant de bonne grâce et laissant à chaque auditeur le soin de compléter l’œuvre à son gré. En effet, si fier que je pourrais être en voyant aw fond de ses vastes abîmes le passé diviser ses flots affreux pour laisser surnager, de tant de mémoires englouties celle-ci, que ma prédilection a sauvée, cependant, après ce premier triomphe, j'aurais pris grand plaisir à suivre, comme le plus averti des spectateurs, et sans savoir un mot de plus que lui, les phases de son progrès. Mais il paraît que quiconque s’aventure à risquer un sujet nou-
« veau et à créer de toutes pièces des hommes d’une espèce tout à « fait inconnue, doit les produire lui-même après avoir pris soin
de crayonner le nom de chaque personnage sur la bordure du
« costume qu'il porte, puis se tenir à côté d'eux, l'habit bariolé sur « de dos, la longue baguette à la main, en bon et fidèle exhibit « teur (23). Donc, cette fois, me voici vous faisant face, amis appe-
lés des quatre coins du monde, braves gens tombés du ciel ou
« vomis par l'enfer pour écouter l'histoire que je me propose de « dire. Et, convenez-en, les poètes font bien de manier habilement
la drague que leur fournit, faute d’auditeurs vivants, les morts (24), narguant ainsi le destin qui prétendait vous imposer
« silence. Je sais, pour ma part, quelque chose de ses rigueurs, « mais il est un domaine où il perd ses droits, où beaucoup de sym-
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pathies me sont acquises. »
« Les voici ! Admirez la foule que je rassemble : sur ces visages ranimés vous ne trouverez nulle empreinte funeste du trépas. Il n’a rien moins fallu, toutefois, pour les décider à goûter encore l’air des vivants, que le désir bien naturel de voir comment leurs successeurs se tirent d'affaire (25). Salut à mon auditoire défunt ! Ils s’assoient les uns près des autres, chaque spectre tâchant de paraître awssi peu mort que possible. Critique
« Take their stand, Motley on back and pointing pole in hand. » (Vers 28-30).
$) (24) Il évoque les morts à défaut des vivants : « Catching the dead if fate denies the quick. » (Vers 35.) Son héros, Sordello, ne fera pas autrement.
Cf. « Pauline » : « to know how their sons fare. » (V. 990.)
à l’esprit subtil, je te vois d’ici près de. mais n'allons pas troubler un seul de ces miraculeux spectateurs, ni fâcher la Mort qui me les prête à grard'peine.….
< Amis (je parle aux vivants pour tout de bon), n'allez pas, sur
cette invocation funèbre, croire qu'un éloge judicieux me fâche, moi qui guetterais au contraire toute occasion d’exciter vos caressantes approbations, et cela, crainte de vous voir endormis.
« Voici donc Vérone...
Mais de nouveau, il abandonne son récit pour faire place à une
invocation à Shelley
: Que son ombre n’apparaisse pas ! La seule pré-
sence d’un esprit aussi grand paralyserait sa muse (27).
Alors, et alors seulement, Browning commence son récit. Pour bien le comprendre, il nous faut nous reporter au temps où l'Italie est divisée en Guelfes et Gibelins. Frédéric II empereur d'Allemagne, vient de violer le serment qu’il avait fait au Pape Honoré III de partir en Croi-
(26) « Who will, may hear Sordello’s story told :
(27) « Thou, spirit, come not near.
His story ? Wkho believes me shall behold The man, pursues his fortunes to the end, Like me : for as the friendless-people’s friend Spied from his hill-top once, despite the din And dust of multitudes, Pentapolin Named o’the Naked Arm, I single out Sordello, compassed murkily about With ravage of six long sad hundred years.
Only believe me. Ye believe ?
Appears Verona.. Never, — I should warn you first, — Of my own choice had this, if not the worst Yet not the best expedient, served to tell A story I could body forth so well By making speak, myself kept out of view, The very man as he was wont to do, And leaving you to say the rest for him Since, though 1 might be proud to see the dim Abysmal past divide its hateful surge, Letting of all men this one man emerge Because it pleased me, yet, that moment past, 1 should delight in watching first to last His progress as you watch it, not a whit More in the secret than yourselves who sit Fresh-chapleted to listen. But it seems Your setters-forth of unexampled themes, Makers of quite new men, producing them, Would best chalk broadly on each vesture’s hem The wearer’s quality, etc. > (Vers I-30.)
. {o Scare me with that pure face. » (Vers 61-63.) !
sade (28). Les Gibelins sont ses partisans, tandis que les Guelfes luttent pour l'indépendance de l'Italie que Frédéric veut asservir ; cette Italie tempétueuse du début du xnr siècle, qui se voit dévastée tour à tour par les deux partis.
Nous sommes à Vérone, en l’an 1224, par un paisible soir d'automne. Le poète nous présente deux scènes qui se passent dans cette ville. La première se déroule sur la place même du marché : on vient d’apprendre que le prince Richard de Saint-Boniface (29), Seigneur de la Ville, allié à. Azzo d’Este, a été fait prisonnier à Ferrare au moment où il croyait en chasser Salinguerra, général en chef d’Ecelin (30), le représentant redouté de l’empereur d'Allemagne, Frédéric IE, dont on craint à tout moment la venue en personne. La Ligue Lombarde, formée de quinze villes par le parti papiste Guelfe, aura donc à rançonner Richard.
La scène est fort pittoresque et l’on entend la discussion animée qui a lieu entre les envoyés guelfes venus pour solliciter le secours de Vérone, et le public qui se compose d’une foule disparate de soldats et de bourgeois, moitié Gibelins et moitié Guelfes
« Mais rassemblés sur l’ancienne place du Marché des grou- « pes agités discutaient : pas un visage qui ne fût rendu livide par le courrourx, car parmi ewx se trouvaient les instigateurs fidèles de la Mort, ceux qui ont cure de lui préparer un régal. La crainte s'était depuis longtemps implantée en eux. Les voici qui foulent le fruit mûr de leur haine pour en tirer un vin capiteux. Il eût fallu voir comment le breuvage agissait sur chacun d'eux à mesure que l'ivresse les gagnait : des hommes graves et grisonnants se tenaient, oscillant et les yeux clos, tandis qu'ils laissaient couler lentement au fond du creux où aurait dû se trouver un cœur, l’indicible volupté de la haine. Mais les jeunes, avec une allé-
gresse féroce, lampaient comme un avant-goût de leur première
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à (28) « The Second Friedrich wore the purple, and Third Honorius filled the holychair. > (Vers 78-79.)
# (29) St-Boniface et Azzo d’Este sont les deux grands personnages Guelfes du côté … du Pape. Le premier a été qualifié de « Léopard », le second — perspicace et prudent, de « Lynx ».
D (30) Ecelin de Romagne a été plusieurs fois marié. 1° avec Agnès d’Este. Il avait é, eu d’elle une fille, Palma, que Dante place dans le Paradis sous le nom de Cunizza. “
29 avec Adelaïde de Toscane qui, intrigante, ambitieuse, égoïste de caractère, dominait son mari et vivait retirée dans un château à Goïto, dans les environs de Mantoue, où, par prudence elle avait amené Palma.
« débauche de sang que leur apportaient ces sauvages nou- « velles ». (31).
La seconde scène, qui se passe au même instant à l’intérieur du Palais de Richard, forme un contraste saisissant avec la première. L’héroïne du poème, Palma, vient de quitter, à un moment critique — et dont nous ne saurons que beaucoup plus tard l’importance — Sordello, celui dont l’auteur s’est chargé de raconter la vie, et qui nous est représenté, au physique : décharné, vieilli avant l’âge, et en proie à une douloureuse lutte mentale (32).
Browning, en une nouvelle digression, nous explique quel dessein il poursuit en écrivant son poème. Sordello est le grand précurseur de Dante ; son nom était resté obscurci par l’oubli où l’a plongé la gloire de celui de son grand successeur (33). Il doit donc revenir en arrière, et, remontant le cours du temps d’une trentaine d’années, nous conter d’abord sa jeunesse.
Elle s’est écoulée entièrement dans le château de Goïto, ville proche de Mantoue.
« Le territoire de Mantoue est moitié marécage et moitié forêt « de pins. Des érables, des chênes roux, poussent le long des bords « de la rivière. Le Mincio — la moitié de l’année — se trouve « étouffé de sable. En hiver, le marécage envahissait Mantoue. Il « y avait — quelque trente années avant le tumulte de ce soir-là — < un seul endroit à l'abri des marais : Goïto, simple château au « milieu de quelques basses montagnes. Des mélèzes et des sapins « cachaient les défilés principaux et de multiples vignobles entou- « raient tout le reste. Pareil à quelque créature enserrée dans une « enceinte, dont l'étonnement naïf empêche toute détresse, que sa
(31) « But, gathering in its ancient market-place
« Talked group with restless group ; and not a face
« But iwvrath made livid, for among them were
< Death’s staunch purveyors, such as have in care
« To feast him. Fear had long since taken root,
« In every, breast, and now these crushed its fruit,
« The ripe hate, like a wine : to note the way
<« If worked while each grew drunk ! men grave and grey
« Stood, with shut eyelids, rocking to and fro,
« Letting the silent luxuray trickle slow
« About the hollows where a heart should be
« But the young gulped with a delirious glee
« Some foretaste of their first debauch in blood. D (Vers 86-100.) (32) The lean frame like a half-burnt taper, etc. » (Vers 342-344) (33) « Sordello, thy forerunner, Florentine ! » (Vers 348)
« propre beauté rend confiante, il dressait haut la tête, contem- « plant ses rets (34) où les passereaux à l’envi venaient piller aw « temps des vendanges. » (35).
Il vit d’une existence très solitaire, ne connaissant guère que les quelques rares domestiques qui servent Adélaïde, troisième femme d’Ecelin, à qui appartient cette demeure (36).
« Toute son enfance s’écoula au milieu de cette paisible retraite « cachée d'Adélaïde. Pour lui, aucun autre univers n'existait au « delà de cette lisière des forêts de sapins et du bord de cette basse « rangée de montagnes, en dehors de celui-ci où, seul et à son gré, « il pouvaït errer, et qui paraissait lui appartenir en propre. Le « château avait l'air non moins abandonné. Il lui était accordé d'y « circuler librement : l'aile nord seule, lui étant — pour quelque « raison mystérieuse — interdite, Cette interdiction — bien que « légère, suffisait pour le confiner, dans ses flânerties, soit dans les « corridors, soit dans la rotonde, où sous le fardeau de la fon- « taine, les cariatides expiaient leur faute ; soit encore à la cham- « bre aux boiseries d'érable et aux petits coins et recoins du chä- « teau, ou bien au parapet venteux surplombant le bois s'étendant « jusqu’à Mantoue.
« C’est là que se bornaïent ses promenades. Quelques servantes « très vieilles — qui glissaient, silencieuses, autour de l'enfant et « s’occupaient de lui — formant le seul trait d'union qui le reliät « au monde extérieur, plein de rumeurs confuses, et éloigné, tout
(34) C'est-à-dire les vignes entourant le château. (35) « In Mantua territory half is slough, « Half pine-tree forest ; maples, scarlet-oaks, Breed o’er the river-beds ; even Mincio chokes With sand the summer through ; but ’t is morass In winter up to Mantua walls. There was (Some thirty years before this evening’s coil) One spot reclaimed from the surrounding spoil, Goïto ; just a castle built amid à À few low mountains : firs and larches hid Their main defiles, and rings of vineyard bound The rest : some captured creature in a pound, Whose artless wonder quite precludes distress, Secure beside in its own loveliness, So peered with airy head, below, above, The castle at its toils, the lapwings love « To glean among at grape-time. » (Vers 374-388.) (36) Voir pour des détails complémentaires le portrait de Sordello, page 300,
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au plus par une douzaine de collines. Seule la sensation d'exister absorbait Sordello dans ce paradis assoupi. » (37).
Page d’Adélaïde, privé de soins matériels et en conséquence plutôt débile, doué d’un intelligence aiguë, et d’une rare beauté physique, Sordello nous est présenté comme relégué dans une aile isolée du châ-
teau.
« Frêle enfant, solitaire, qui passe ses automnes à errer parmi les vignes, à regarder s'ébattre parmi elles les oiseaux pillards, et en hiver à explorer les mystères du sombre château où sa marâtre l’a consigné. Voyez-le, sur la pointe des pieds, scrutant les longues rangées de tapisseries, et tenant dans ses deux mains la lampe qui fait scintiller les formes des personnages qui, sur elles, se trouvent dessinées (38).
« Au moment où il se détourne, contemplez son visage, cette large et fine narine délicate, cette lèvre mince et mobile qui s’appareille si bien au calme front. Vous comprenez aussitôt que c’est là une âme faite pour recevoir les délices par tous les
GORE calmly, then, « About this secret lodge of Adelaïde’s « Glided his youth away : beyond the glades « On the fir-forest border, and the rim « Of the low range or mountain, was for him « No other world : but this appeared his own «< To wander through at pleasure and alone.
« The castle too seemed empty ; far and wide « Might he disport ; only the northern side « Lay under a mysterious interdict — « Slight, just enough remembered to restrict « His roaming to the corridors, the vault, « Where those font-bearers expiate their fault, « The maple-chamber, and the little nooks « And nests and breezy parapet that looks « Over the woods to Mantua : there he strolled, « Some foreign women servants, very, old, « Tended and crept about him — all his clue « To the world’s business and embroiled ado « Distant a dozen hill-tops at the most.
« And first a simple sense of life engrossed « Sordello in his drowsy Paradise. » (Vers 606-626.) « ..A slender boy in a loose page’s dress, « Sordello : do but look on him awhile « Watching Ctis autumn) with an earnest smile « The noisy flock of thievish birds at work « Among the yellowing vineyards ; see him lurk « (Tis winter with its sullenest of storms) « Beside that arras length of broidered forms, « On tiptoe, lifting in both hands a light « Which makes yon warrior’s visage flutter bright. »
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sens. Vous pouvez aisément croire que Sordello appartient à la classe royale que la Nature a séparée du commun des hommes et créée pour le plaisir. Vous reconnaissez tout de suite le revêtement plus rare de chair qui, par les yeux, par les oreilles, laisse librement pénétrer toute beauté, tandis que chez les autres hommes, comme si — ne voulant pas leur confier son monde — elle l'entoure d’un voile qui atténue le bleu du ciel et ne laisse passer qu’un soleil attiédi de moitié (39).
n’a vu qu’accidentellement et une seule fois la jeune Palma,
cette fille qu'Ecelin a eue de sa première femme, la Vénitienne Agnès
d’Este
Sa nature est fine, sa sensibilité exquise, de plus il possède une imagination toute puissante (41). Tout ce qui est Beauté, possède pour des natures de cette espèce un attrait infini
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« Fnsorcelées par chaque nouvelle surprise que leur ménage la découverte de la Beauté, elles n'ont d’yeux que pour celle-ci, jusqu'au moment où cet amour exclusif se change en une véritable oppression. Pour échapper à cette malédiction, pour empécher qu'elles ne découvrent qu’elles sont impuissantes à assurer quelque bien à l’objet de leur amour, elles se trouvent contraintes de le doter de leur propre vie, lui fournissant un but, une direction, une existence indépendante, des jouissances qui soient bien à lui, des intérêts personnels de façon à le mettre à même de profiter comme il convient de cette Beauté pour elle-même. Et elles ne s’en tiennent pas là : à mesurer que de nouvelles apparitions de
Look, now he turns away ! Yourselves shall trace
The delicate nostrils swerving wide and fine,
À sharp and restless lip, so well combine
With that calm brow, a soul fit to receive
Delight at every sense ; you can believe
Sordello foremost in the regal class
Nature has broadly severed from her mass
Of men and framed for pleasure...
You recognise at once the finer dress
Of flesh that amply lets in loveliness
At eye and ear, while round the rest is furled
(4s though she would not trust them with her world)
« À veil that shows a sky not near so blue,
« And lets but half the sun look fervid through... » (Vers 448-482.) Cette Palma est la « Cunizza » de Dante, elle s’étonne de le voir apparaître :
« Her eyes. bluer with surprise. » (Vers 1-756.) (41) C’est le trait essentiel auquel on reconnaît Browning lui-même,
« Beauté.surgissent, naît une adoration nouvelle, de sorte que tous « les degrés de l'amour se trouvent être dépassés à mesure que se présentent les modes variés de cette Beauté. Alors les idoles in- « férieures se dépouillent de leur couronne en présence des Gloires « successives qui swrviennent… et qui (42) — en dernier lieu — « aboutissent à la Divinité. » (43)
Mais les adorateurs du Beau forment, malgré tout, deux catégories distinctes : d’une part ceux qui se passionnent pour tout ce qui n’est pas eux-mêmes, et d'autre part ceux qui, avant tout, ont le culte de Soi. Ces deux classes de Surhommes sont les véritables rois de la Création (44). Nous venons de voir de quelle sorte d’amour sont possédées les âmes des premiers, de l’amour objectif.
(42) (Vers 484-505.) L'influence de Keats se fait nettement sentir ici ; c’est du reste la même conception que dans Platon où toutes les formes de la Beauté se résument enfin dans « l’Idée » ; on y parvient par la sensibilité émue, par la succession des manifestations de cette Beauté. Comparez pour les images : Ezéchiel, I-V. 14 ; et Micah, IV-9.
(43) «How can such love ? — like souls on each full-fraught
« Discovery brooding, blind at first to aught « Beyond its beauty, till exceeding love « Becomes an aching weight ; and, to remove « À curse that haunts such natures — to preclude « Their finding out themselves can work no good « To what they love nor make it very blest « By their endeavour, they are fain invest « The lifeless thing with life from their own soul, « Availing it to purpose, to control, « To dwell distinct and have peculiar joy « And separate interests that may employ « That beauty fitly, for its proper sake, « Nor rest they here ; fresh births of beauty wake « Fresh homage, every grade of love is past, « With every mode of loveliness : then cast « Inferior idols off their borrowed crown « Before a coming glory. Up and down « Runs arrowy fire, while earthly forms combine « To throb the secret forth ; a touch divine — « And the scaled eyeball owns the mystic rod ; « Visibly through his garden walketh God. > (44) « Serenest of the progeny of God. »
« There’s a class that eagerly looks, too, < On beauty, but, unlike the gentler crew, « Proclaims each new revealment born a twin « With a distinctest consciousness within, « Referring still the quality, now first « Revealed, to their own soul ; its instinct nursed « In silence, now remembered better, shown « More thoroughly, but not the less their own ; . ‘ « À dream come true ; the special exercise «< Of any special function that implies « The being fair or good or wise or strong, « Dormant within their nature all along. »
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Quant aux autres « les subjectifs »
« Il y a une autre classe, celle qui contemple avec non moins « de ravissement la Beauté, mais diffère de la précédente en ceci, « que ceux-ci proclament toute révélation nouvelle comme le type « jumeau de celle qui, existant déjà en eux-mêmes, était restée si- « lencieusement entretenue : actuellement, ils s’en souviennent « mieux parce qu'elle est mieux connue et plus complètement ma- « nifestée. Pourtant, elle leur appartient en propre, tel quelque « rêve devenu enfin réalité. n'étant, après tout que la mise en « valeur, en quelque sorte, de telle possibilité latente de devenir « ou beau ou vertueux, ou sage, ou fort, el qui sommeillait au fond « d'eux-mêmes. » (45)
Sordello appartenait donc à cette race de poètes tout à fait horsligne qui, eux, ne perdent pas leur individualité par l’adoration de ce qui leur est extérieur, et qui dominent leurs créations, sachant se tenir complètement indépendants d’elles. Malheureusement, une double lare caractérise ceux qui sont doués d’une façon si exceptionnelle. Entichés du seul Absolu, ils finissent par désespérer de pouvoir latteindre, s’attardent dans l’inaction et en conséquence demeurent stériles. Ne voulant que la perfection — chose irralisable ici-bas — leur orgueil les condamne à n'être jamais satisfaits de quoi que ce soit, et, en fin de compte, ils n’achèvent jamais rien.
Ainsi, ce passage, qui, pour des yeux superficiels, pourrait sembler n’être qu’un hors-d’œuvre dans la partie purement narrative du poème, renferme en réalité la morale de l’œuvre tout entière (46). Parce que Sordello appartient à la classe de ceux qui sont uniquement préoccupés d'eux-mêmes, il est en quelque sorte condamné, d'avance, à une faillite certaine... (46 bis).
Ce défaut lui nuira infiniment. Né dans un siècle tout d’action et de réveil intellectuel, au moment même où apparaissaient les signes avant-coureurs de l’aurore de la Renaissance (47), doué supérieure-
(45) Vers 524-536.
(46) Browning reprend l’idée et la développe plus avant dans le livre IV-vers 270 : « L'homme doué supérieurement se doit à ses semblables, etc. », cf. dans Paracelse,
Line IL, le passage sur les Poètes qui, par leur faute, ont perdu leur vie.
(46 bis) Comparer ceci avec ce que dit Browning des poètes « Subjectifs » dans VEssai sur Shelley : et ce que nous en avons cité, page 20.
(47) « Born just now, With the new century, beside the glow and efflorescence out of barbarism. » (Vers 569-571.)
ment, capable, par la singulière richesse et la profondeur de sa nature d’en partager toutes les gloires, toutes les généreuses aspirations, son manque d’esprit pratique le mène à l’échec. Il aurait pu jouer un rôle, non seulement hors du commun, mais tout à fait unique, dans l’évolution de l’humanité ; il ne fera rien parce que l’amour excessif qu’il a de lui-même le paralÿse, parce que toutes ses forces intellectuelles tendent uniquement vers la réalisation d’une seule idée : être le point de mire de l’Univers transformé en admirateur de ses facultés exceptionnelles. Cet immense orgueil, qui l'empêche de voir sa véritable destinée, a pour premier et irrémédiable inconvénient de forger une infranchissable barrière entre lui-même et la Réalité.
« Mais », dit Browning, « n’anticipons pas. » (48)
Et tout de suite il se livre à une étude très pénétrante de l’Enfance du Poète, qui rappelle à certains égards celle que Wordsworth avait déjà consacrée à lui-même dans « Le Prélude » (49).
Dans le château qu’il habite, Sordello, dès l’âge le plus tendre, est entouré de formes de beauté, de tableaux ou de symboles de grandeur historique : il erre dans des labyrinthes de corridors, parmi des piliers élancés, dans des salles aux panneaux d’érable où est inscrite, en signes mystérieux, toute la Magie des Arabes (50).
La description du font qui se trouve dans une crypte du château, :
et qui est fort réussie, nous montre l’enfant, de bonne heure impressionné par la beauté des œuvres d’art (51), et qui sent déjà un vague désir de s'identifier avec chaque chose et chaque être qu’il voit.
« Il y avait un font de couleur terne, tout veiné de rayures « grises, maïs trop vaste : un groupe l'entourait de chaque côté : « on pouvait voir de partout, fléchissantes, des Cariatides qui le « soutenaient, en marbre à peine teinté de lueurs roses, comme « celles d'Eve, lorsque, sous le doigt du Créateur, s’anima, palpi- « tante de la première fraîche pulsation de la vie, sa chair nacrée. « Sur chaque épaule, le bord pèse, de sorte que, les yeux fixés « sur le sol, elles rêvent toutes, les paupières mi-closes. Certaines
(48) « Woe, then, worth « Any officious babble letting forth, « The leprosy confirmed and ruinous.
« To spirits lodged in a contracted house ! » (Vers 583-586.) (49) Qui, ne devant paraître qu’en 1850, restait inconnu de Browning. (50) C’est encore le jeune Browning lui-même, en extase devant les chefs-d’œuvre de la Galerie de Dulwich.
(51) « Slim pillars in mute stone, cut like a company of palms to prop « The roof Some knot of bacchantes. » (Vers 400.)