‹ La Jeunesse de Robert BrowningChapitre 11 sur 183 · LA FAMILLE · texte numérisé non relu

LA FAMILLE

Par ses origines mêmes, Robert Browning semble avoir été, par avance, destiné à franchir un jour les bornes de sa nationalité pour revêtir un caractère international.

Du côté de son père il était, certes, essentiellement anglais ; celuici étant le petit-fils d’un certain Thomas Browning, jadis propriétaire et aubergiste dans le comté de Dorset. On a affirmé même qu’il y avait parmi les ancêtres du poète, le célèbre capitaine Micah Browning qui, en 1689 (1) vint au secours de Derry et y perdit la vie. Robert, le fils de ce même Thomas, vint s'installer à Londres, après avoir obtenu, grâce à l’appui du comte de Shaftesbury, un poste de commis principal dans la Banque d’Angleterre. Là, malgré la grande responsabilité qu’entraînaient ses fonctions, il travaille pendant cinquante ans, jusqu’au moment où, en récompense de sa parfaite honorabilité, il reçut en 1821, une pension de 440 Livres par an, jouissant de sa retraite jusqu’en 1833, année de sa mort.

Sa femme, Margaret Tittle (2), était créole de naïssance. Ils avaient établi leur résidence à Battersea et c’est là qu’en 1782 naquit leur fils aîné, celui qui devint le père du grand poète.

Deux autres fils, William Shergold et Reuben, naquirent peu .

__ Leur père les destinait tous les trois aux affaires. Il décida d'envoyer l’un

d'eux à Paris et de garder les deux autres auprès de lui. C’est ainsi que

© Durant la guerre entre l’Angleterre et l'Irlande. (2) Son portrait était suspendu dans la salle à manger du poète.

les oncles de Robert Browning appartenaient tous les deux au négoce — à la banque en particulier — et comme ils étaient en relations étroites avec la Maison Rothschild et y occupaient des emplois, ils avaient non seulement des perspectives ouvertes sur le marché mondial, mais ils prenaient contact avec les cultures étrangères. William, par le fait qu’il était établi à Paris (3) au service de la grande banque Rothschild, put mettre à profit ses connaissances littéraires et fit paraître non seulement une nouvelle : « Le Prévôt de Paris », mais encore une estimable « Histoire des Huguenots » ; c’est à l'entremise de son autre oncle, Reuben, que notre poète dut ses relations avec le comte Ripert de Monclar, qui devint, dans la suite, son amü intime (4). Il semble que ses oncles, à qui Browning dut cette amitié, aient sollicité parfois son aide dans leurs affaires. Il confie tout au moins à E. B. Browning (5) qu’il lui faudrait peut-être aller inopinément à Paris, pour y débattre avec son oncle Shergold une affaire importante qui ne pouvait tolérer d’autre intermédiaire. Le voyage, qui contrariait le poète, n’eut cependant pas lieu.

Aïnsi, par sa grand'mère, Browning avait du sang créole dans les veines. Ce fait expliquerait, tout au moins en partie, la vivacité et l’exubérance de son caractère, mais non son tempérament artistique ; c’est de son père et de sa mère qu’il l’hérite surtout.

En effet, Robert Browning, deuxième du nom était, en tant que culture, une personne remarquable. Excellent homme d’affaires d’abord, — faisant très exactement sa besogne, — il était arrivé, grâce à ses habitudes régulières, sa frugalité et son application, à posséder une certaine aisance. Malgré cela, il négligeait au fond l’argent, aimait pardessus tout ses livres et préférait de beaucoup s’adonner à ses goûts artistiques et littéraires (6), lisait énormément, collectionnait bibelots, manuscrits et gravures de choix, mais surtout achetait, de seconde main, des livres anciens et rares, les faisait relier avec goût, après y avoir inséré des pages blanches qu’il recouvrait de ses annotations. Il était poète lui-même, et dessinateur si habile que souvent, pour s’amuser, il reproduisait avec une dextérité étonnante, les portraits des clients habituels de la Banque et d’un crayon si sûr, qu’il ne manquait jamais

(3) Il y vécut jusqu’en 1874.

(4) Voir note p. 60.

(6) Correspondance, 1846.

(6) « My father was a scholar, and knew Greek », dit Browning dans « Asolando > ; voir ailleurs : « The old gentleman whose brain was a store-house of Literary and Philo-

sophical antiquities ». Voir encore : « Letters of R. and E. Browning », vol. II, p. 477.

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