‹ La Jeunesse de Robert BrowningChapitre 12 sur 183 · REY NES · texte numérisé non relu

REY NES

de provoquer l’admiration de tous ceux qui voyaient ses esquisses. Anglican d’abord, puis dissident vers le milieu de sa vie, il n’avait rien de l’austérité du calviniste étroit.

De nature simple, ingénue, tendre, modeste, d’un caractère enjoué et heureux (7), il fut un mari, et surtout un père, modèle. La dignité et la noblesse de son âme se firent voir de très bonne heure, Envoyé, jeune encore, aux Indes occidentales pour s’occuper des propriétés qu’y possédaient ses parents, il préféra encourir leur colère, en donnant sa démission de régisseur de ces terres, ne pouvant se résigner à entretenir l'esclavage qui sévissait dans leurs domaines exotiques. Par cet acte, il renonça à toutes ses possessions et dut rentrer en Angleterre pour affronter un dénuement quasi complet, Grâce à son initiative et à son courage, il réussit dans la Banque d’Angleterre où il était entré, si bien qu’à trente-neuf ans il put épouser Sarah-Anne Wiedmann, fille d’une Ecossaise et d’un riche armateur de Hambourg, établi à Dundee. Carlyle, qui était placé mieux que personne pour servir de juge, a dit de Miss Wiedmann qu’elle était « le type de la véritable Ecossaise ». Elle venait d’une excellente famille, et tenait de son père un goût extrêmement développé pour la musique. Nature sérieuse, réfléchie et profondément religieuse, elle avait — tout comme son mari — changé de croyance. Elevée dans la « Kirk », elle s’était faite « Congregationaliste » (8), et eut à cœur de transmettre à ses enfants ses fortes convictions personnelles. Son conseiller et ami préféré fut le Reverend Henry Melvill, devenu plus tard chanoine de Saint-Paul.

Ainsi, on voit qu'un sang mêlé courait dans les veines du poète : Saxon par son père — ce qui expliquerait son réalisme — il était, par sa mère, à la fois Allemand (9) et Ecossais, double fond d’où émanent à la fois sa sentimentalité (10), son solide bon sens, son goût pour la philosophie et la discussion, en même temps que son amour pour la

(7) W.-O. SPILLMAN dans son Autfobiographie d’un Journaliste, parle du père de Browning en termes élogieux : « C’était une âme sereine et paisible, il était doux comme une femme. Un homme chez qui, me semble-t-il, aucun conflit moral n'aurait jamais pu survenir pour ternir sa franche acceptation de la vie, telle qu’elle se présentait à lui ; son désintéressement était parfait, » Le charme qu’exerçait le père de Browning sur tous ceux qui le connurent est signalé d’ailleurs dans une lettre de D.-G. Rosetti à W. Allingham.

(8) La « Kirk », Eglise Ecossaise officielle. Les « Congregationalists », ceux qui s'étaient constitués en secte indépendante en Ecosse sous le règne de Marie.

(9) On a rapporté à cette infusion de sang allemand dans les veines de Browning la tendance métaphysique qui se manifeste dans ses écrits, ce qui a pu motiver également le mot de Henriette Martineau à son égard : « You have no need to study German thought. your mind is German enough already. »

(10) De même de ce qu’il qualifiait de « My nervousness of nature ». Voir aussi : Lettres de R. Browning à E.-B. Browning, vol. IL, p. 456.

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théologie (11). C’est encore chez sa mère — qui en tout manifestait des préférences romantiques, — qu’il faut aller chercher la qualité maïtresse qui caractérise le fils dès ses premières années, à savoir : l’imagination. Seule, la provenance de sa surprenante qualité d'analyse introspective est plus difficile à trouver. Elle venait selon toute probabilité, directement de son père. Celui-ci, en effet, eut — par suite de sa profession même — à exercer son esprit d'analyse en toute occasion.

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