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blancs nuages de poussière accablent le flanc du boïs, elle vient à ta rencontre ici ou bien auprès de l’orme du village qui retient la lune ; elle vient te rejoindre, un peu pâle, mais permet néanmoins que tu soulèves son voile de linon grossier et que tu lui parles tout bas (sa petite main moite dans la tienne) d'amour, de l'amour du cœur, de l'amour de ton cœur — fidèle jusqu’à la mort. Sottise que tout cela ! Jamais plus tu ne pourras participer aux folles équipées, faites en compagnie de blêmes ribauds qui se dispersent à travers le palais du roi tout éclairé par des torches, tout imprégné des odeurs capiteuses du vin, dans cette ile où François tenant ses orgies (84), offre à la vue des gais habitants de Palerme, aux doux Messins, aux clans basanés des Sarrazins, ces femmes aux longs cheveux plats, aux dents plus blanches que celles des morses, reines des cavernes aux stalactites couleur de jais, ces grandes Norses, graves, éblouissantes, qu'il envoyait chercher dans ses barques et que l’on ramenait à travers les mers glaciales, aveugles et noires, que n’éclairait aucune étoile secourable ; et que l’on peut contempler ici vêtues de robes d'oiseau plus blanches que neige, oui, Sordello, dans ces mœlleuses alcôves toutes dorées, resplendissantes comme les dômes de Byzance, œuvre bâtie par les démons.
« — Ah Byzance ! Il en sera de même pour elle ! jamais plus ne se représentera pour toi l’occasion d’aller, — tel l’auguste et jouyeux Dandolo qu'entourent comme un rempart les cœurs qui l’encensent et qui l'escortent, lui et ses yeux aveugles, ses cent années, — à travers Byzance vaincue, tandis que ses amis décident au passage, quels piliers, quels marbres massifs de sardoine amincie, il conviendrait avant tout de faire porter pour lui jusqu’à la place de Venise, et que d’ardents fils de Sénateurs font entendre ses louanges et lui promettent une vie assez longue pour pouvoir, sous peu, et une fois qu'ils auront été installés dans sa ville, les toucher de la main. » (85)
L'Empereur François Il.
« No ! youth once gone is gone :
« Deeds, let escape, are never to be done. \ \ « Leaf-fall and grass-spring for the year ; for us — « Oh forfeit I unalterably thus
« My chance ? nor two lives wait me, this to spend, « Learning save that ? Nature has time, may mend
« Mistake, she knows occasion will recur ;
« Landslip or seabreach, how affects it her
« With her magnificent resources ? — I
« Must perish once and perish utterly.
de OM
Dans la crainte de nuire à son développement; il avait fait fi des joies particulières voulant les embrasser toutes dans leur essence. Mais il voit qu’elles étaient non une fin, mais un moyen et que sa nature avait été appauvrie par leur absence totale. L’homme ordinaire, au cours de son expérience quotidiennne fait connaissance avec des joies sans cesse nouvelles. Pour lui, rien de pareil n’a existé. À vouloir tout étreindre, il n’a rien saisi. Primum est vivere, deinde philosophart. I] eut fallu, avant tout, plonger bien avant dans les remous de la vie réelle (86), vivre pour les autres et non uniquement pour soi-même !
Brusquement, il prend la résolution de s’en retourner à Mantoue. Mieux vaut après tout un apprentissage limité, qu’aucun apprentissage. Une circonstance imprévue semble lui donner raison. La nouvelle lui
« Not any strollings, now at even-close
< Down the field-path, Sordello ! by thorn-rows
« Alive with lamp-flies, swimming spots of fire
« And dew, outlining the black cypress’ spire
« She waits you at, Elys, who heard you first
« Woo her, the snow-montkh through, but ere she durst
« Answer ’twas April. Linden-flower-time-long
< Her eyes were on the ground ; ’tis July, strong
« Now ; and because white dust-clouds overwhelm
« The woodside, here or by the village elm
« That holds the moon, she meets you somewhat pale
« But letting you lift up her coarse flax veil
« And whisper (the damp little hand in yours)
« Of love, heart’s love, your hearts love that endures
« Till death. Tush ! No mad mixing with the rout
« Of haggard ribalds wandering about
« The hot torchlit wine-scented island-house
«< Where Friederich holds his wickedest carouse,
< Parading, — to the gay Palermitans,
« Soft Messinese, dusk Saracenic clans
« Nuocera holds, — those tall grave dazzling Norse,
« High-cheeked, lank-haired, toothed whiter than the morse,
« Queens of the caves of jet stalactites,
« He sent his barks to fetch through icy seas,
«< The blind night seas without a saving star,
« And here in snowy birdskin robes they are,
« Sordello ! — here, mollitious alcoves gilt
< Superb as Byzant domes that devils built !
« — Ah, Byzant, there again ! no chance to go
« Ever like august cheery Dandolo,
« Worshipping hearts about him for a wall,
« Conducted, blind eyes, hundred years and all,
< Through vanquished Byrant where friends note for him
« What pillar, marble massive, sardius slim,
« ’T were fittest he transport to Venice’ Square —
« Flattered and promised life to touch them there
« Soon, by those fervid sons of senators ! » (Vers 93-139.)
(86) Une explication plus détaillée de ce passage se trouve dans le Livre IV, v. 263.
Voir page 330.
est apportée par Naddo, des fiançailles de Richard et de Palma (86 bis); celle-ci désire le voir ; il va donc au-devant d’elle et la trouve dans le Palais à Vérone où nous les avons vus au début du Chant Un.
< Dans le palais, chacun est assis à côté de l’autre. Ils n'échangent tout d’abord que quelques mots dans le réduit obscur. Leurs « figures rapprochées (malgré le tumulte de la Place du Marché) « renvoyant des éclats de rire brefs et étouffés ; puis, c'était un « flot de paroles pour cacher wne rougeur soudaine, un regard « interrompu, ou un mouvement suspendu des lèvres, mais pour la plupart leurs propos se traduisaient mieux par leurs doigts « entrelacés et leurs bras serrés l’un contre l’autre. » (Vers 273-
Il apprend de sa propre bouche le rôle suprême qu’elle veut jouer dans sa vie.
Tout d’abord, elle lui explique de quelle façon s’était écoulée sa propre jeunesse à Goïto. Pendant que lui-même, perdu dans ses rêves s’efforçait, par l’imagination d’asservir la nature, Palma avait eu comme une intuition de l’avenir réservé à tous les deux. Elle s'était d'avance astreinte à se consacrer tout entière à cette autre âme qui, elle le sentait instinctivement, viendrait un jour imposer sa maîtrise à la sienne. Elle n’avait vécu que dans cette expectative : | « Pouvais-je laisser se déployer la force que je sentais recélée «< en moi avant qu'une âme extérieure à la mienne ne vint en ré- « gler tout le cours ? La mienne était prédestinée à donner à cette « âme toute son expansion et sa pleine croissance. » (Vers 319).
__ Les années passent sans que l'être prédestiné apparaisse. Mais sa certitude est telle, qu’au lieu d’en être exaspérée, son attente ne fait qu'’augmenter sa passion qui éclate en chants lyriques d’une extrême beauté, débordants d’espérance :
« Je sais que pour paraître, mon bien-aimé n'attend plus que
« le renouveau de l’année elle-même et que les amandiers aient
« fleuri, fleurs qui, maintenant, doivent être à point, comme le
« miel. Les frais ruisseaux, pour lui souhaiter la bienvenue, creu- « sent les ravins gelés. Tel un héraut, pour l’annoncer, la brise le
à (86 bis) Qui ne se feront pas vu qu’elles ne sont qu'une ruse de Taurello.
DÉCRDIE
précède ; oui, voici venir, à coup sûr, le moment où il me sera
« donné de le rencontrer ! (87)
« Et ce fut en cette matinée d'Avril que la chose eut lieu; en cette matinée si chargée d'attente, à cette Cour d'Amour de Richard. Il était bien temps qu’elle arrivât, tant était flétrie ma joue blanche, tant se faisaient lents les battements de mon cœur lorsque, assise aux pieds de ma maîtresse, distraitement je répétais ses ordres, et lorsque, soudain, m'apparut, au milieu de tant de figures (88), la figure entre toutes. »
En un éclair, la révélation s'était faite ; elle avait sur le champ reconnu Celui qui, depuis toujours, entre tous, lui avait été destiné Ce même adolescent qui, enfreignant l’ordre d’Adélaïde s’était un jour, par aventure, glissé jusqu’à la chambre solitaire dont laccès lui avait été formellement défendu (89), troublant par son apparition aussi inattendue que soudaine, la jeune fille interdite (90). Depuis ce moment, son souvenir n'avait pas cessé de la hanter. Bien longtemps, elle avait cru impossible toute union entre eux, mais voici que la mort imprévue d’Adélaïde, la retraite au fond d’un couvent de son père Ecelin, avaient laissé le champ libre à sa vaste ambition. Elle convie donc Sordello |: à prendre avec elle et avec l’aide de Taurello la place laissée vacante par la déchéance du vieillard. Comme Sordello elle avait rêvé, mais ses rêves à elle avaient avant tout un but pratique, elle cherche à servir | celui qu’elle aime. Heureusement la Providence veille, car :
« se placer à côté de moi, moi, qui sans cela serais devenue la fian- | « cée de Boniface, car c’est Salinguerra, la tête courbée et la voix | adoucie au point de devenir mélodieuse — puisqu'il voulait, non |
connu sa femme ?
(88) Image reprise plus tard dans le premier livre de « The Ring and the Book ».
« …Sur le Champ, l'ange gardien de la Maison de Romano vint |
Nest-il pas étonnant que ces vers aient été écrits avant que Browning ait
« Waits he not the waking year ?
« His almond-blossoms must be honey-ripe
« By this ; to welcome him fresh runnels stripe «< The thawed ravines ; because of him the wind « Walks like a herald, I shall surely find
< Him now ! And chief that earnest April morn « Of Richard’s Love-court, was it time, so worn < And white my cheek, so idly muy blood beat, « Sitting thaf morn beside the Lady's feet
< And saying as she prompted ; till outburst
« One face from all the faces— » (Vers 344-354.)
Cf. Chant I-vers 615.
Adélaïde voulant lui cacher l’existence de Palma.
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