AN EAU
set, trine, writhled, shent, swound étaient le complément nécessaire de ceux-là, ils ressuscitaient l’atmosphère particulière du moment décrit.
De même que ceux qui étaient détournés de leur sens courant, ou offraient une apparence de rareté tels que acquist, filamot, nare, writhen, donnaient une saveur particulière à telle ou telle phrase, forcément recherchée par un écrivain au sens artistique très développé par son contact avec Coleridge et surtout Keats, et qui s’adressait à des lecteurs d'élite — du moins c'était son intention.
c) Formes grammaticales, etc.
Quant aux procédés dont il fait un si libre usage au point de vue langue, Elisions, Ellipses, Inversions, etc., elles s’expliquent par la fougue et la vigueur de son tempérament. Les inconvénients qu’ils offrent au lecteur sont pourtant rachetés par des qualités de style non moins manifestes où tout est gain pour le lecteur attentif.
En effet, si le vocabulaire, ainsi que nous venons de le constater, se montre d’une extrême richesse dans « Sordello », son style possède une variété non moins grande. Cela tient avant tout à une particularité qui se trouve plus fortement marquée dans cet ouvrage que dans aucun autre de Browning. Cest parce que l’auteur, non content de raconter et de décrire, se croit encore obligé d’intervenir personnellement à tout propos dans son histoire pour expliquer les faits, critiquer les gestes de ses personnages, les blâmer ou les louer, interroger ses lecteurs ou son héros, s’irriter, s'étonner lui-même, donner libre cours à son humeur mordante ou sarcastique, bref, se révèle le poète le plus subjectif qu’il soit possible d'imaginer.
Ainsi, malgré l’admirable concision dont il fait preuve au point de
vue narratif, où il est constamment bref, rapide, précis (259) et vigou-
reux, en dépit de la grâce de son lyrisme qui donne à certains passages une envolée inimitable (260), on reste tout d’abord interdit par la fréquence des interruptions de l’auteur au cours de son récit. Mais à une seconde lecture on s’y fait, et alors apparaît dans toute son originalité et dans sa pleine valeur la personnalité vivante de ce style. C’est lorsque Browning prend lui-même la parole que l’on s’aperçoit de la prodigieuse
(259) Voir par exemple ce qu’il y a de ramassé et de net dans des vers tels que ceux-ci :
; « The Second Friedrich wore « The purple, and the Third Honorius filled « The Holy Chair ».
(260) Lorsque éclate le ravissement de Palma, livre II, l’amer désespoir de Sordello, ou, encore, lorsque Browning lui-même s’adresse à Shelley, à Sidney, à Dante ou à Sor-
dello lui-même.
AD Le
variété et de l’habileté de ses procédés, du parti qu’il sait tirer de toutes les ressources que lui fournissent la. grammaire, la rhétorique et Part.
La virtuosité dont il fait preuve au point de vue versification n’a d’égale que l’adresse avec laquelle il se sert de toutes les formes que peut affecter le langage. Chez lui le mot monosyllabique remplace toute une phrase, Par opposition, par simple juxtaposition, par antithèse, par répétition, il le galvanise et en tire des effets saisissants.
Il le transforme à son gré en cri strident (261), en explosion (262), en déclic (263), il cingle (264), fait exulter (265), encourage (266) ou condamne (267). Il l’oblige à rendre toute la gamme des émotions humaines. Deux mots lui suffisent pour marquer le mépris ou la douleur (268). Trois pour résumer une situation (269) ou traduire l’extase (270). Mais à ces raccourcis, à ces constructions absolues, il en oppose d’autres à agencements plus compliqués, à développements plus amples, tantôt celles où des mots monosyllabiques défilent, pressés, nerveux et alertes (271), tantôt d’autres lentes et sinueuses, où la longueur des vocables contribue à prolonger le déroulement de leurs orbes et à accentuer la gravité, la majesté et la splendeur de la pensée qui se révèle ainsi à travers les multiples replis de la phrase périodique (272).
Peu d’écrivains, d'autre part, ont dépassé Browning : a) en beauté; b) en vigueur ; c) en mouvement ; d) en qualité concrètes.
a) « Before him aye aloof, « Flittered in the cool some azure damsel-fly « Born of the simmering quiet, there to die (273). « 1f they raised the pale hushed head « It would turn this way and that, waver awhile « And only settle into its old smile (274).
« When suffered look « Down on her child...
(261) « Hell ! >» (IV-733).
(262) « Ho ! » (II-895).
(263) « Lo ! » (1-74).
(264) « Fool ! > (1-557).
(265) « Glee°! » (IV-725) ; cf. : « Fortunate ! » (II-397).
(266) « Brave ! » (V-24). id. (1V-736).
(267) « Tush ! » (III-117).
(268) « Paltery deating ! » (IV-842) ; « while mine ! » (IV-744). (269) « Such he slew » (1-889) ; « Your Prefect’s badge ! » (IV-839). (270) « Thy spectral whiteners ! > (1-582). ÿ
(271) « And feeds her fat, while gaunt the lion hunts » (1-126). (272) A titre d'exemple prendre la magnifique phrase du livre VI (vers 26-56).
« And at last, the main discovery and the prime concern, encompassing thà
« world ».
« A few tears Slipped in the sunset from her long black lash, And she was gone. » (275).
Lo ! The past is hurled
In twain : wp-thrust, out-staggering on the world, Subsiding into shape, a darkness rears
The outline, kindles at the core, appears
Verona (276).
The founts ! God’s bread ! touch not a plank ! A crawling hell of carrion every tank Choke full ! > (277)
One of the soldiers :
With his foot ploughs ground ;
Up witk a fierce kick
Comes his own mother’s face caught by the thick Grey hair about his spur ! > (278)
That crippled spawling idiot who recounts
How, lopped of limbs he lay, stupid as stone,
Till the pains crept from out him one by one,
And wriggles round the archers on his head,
To earn a morsel of their chestnut bread. >» (279)
« ….Alberic in turn, Saw his exasperated captives burn :
Seven children and their mother : then Regaled so far, tied to a wild horse, was trailed To death through raunce and bramble bush. > (280)
She held me thus — a clutch To make our spirits, as owr bodies touch, « And so began, flinging the past up, heaps