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nos yeux par-delà, au-delà du réel, vers quelque chose de toujours plus élevé, de plus parfait, que ce qui s’offre à nous ici-bas (37).
Il en résulte que Browning ne trouve pas que l'Art doive se proposer l’unique interprétation de la Nature, ni qu'il puisse servir à inculquer la morale, comme le pensait Ruskin, mais que son but devra être de nous aider à établir un contact entre l’âme et la beauté infinie, qui, elle, est la source de toute beauté que nous pouvons connaître. Pour l’un, Browning, la Beauté est subjective, révélée à l’âme de lPhomme, grâce à son contact avec Dieu ; pour l’autre, Ruskin, elle est objective et suscitée par le contact de l’homme avec la Nature extérieure.
C’est donc en dernière analyse l’homme, en tant qu'être spirituel, qui sert d'inspiration à l’art de Browning, c’est avant tout ce qu’il faut constamment ne pas perdre de vue si l’on veut vraiment comprendre ce à quoi seul il attache une valeur réelle : La Poésie...
Ruskin voit dans la Nature ce qu’il y a de parfait en son espèce, ce qui satisfait aux besoins moraux et esthétiques actuels de l’homme et constitue un aliment de santé et de vérité lorsque nous entrons — par une juste sympathie — en contact intime avec Elle. Browning estime au contraire que la Nature est imparfaite, et que si nous nous contentons d’Elle et de ce qu’Elle nous fournit, tout développement ultérieur nous devient du coup impossible. En un mot, le but le plus élevé de la Nature est de faire naître en nous le désir de ce qui est plus parfait qu'Elle-même. À ce point de vue, Sordello qui recherche la quintessence de tout n’a pas tort.
Quant à Browning lui-même il n’a jamais cherché à être l’artiste complet, celui qui embrasseraït {ous les arts : il s’est borné à la seule
Poésie, parce qu’elle est la première de tous les Arts et parce qu’il croit
qu’en s’efforçant de vivre la vie que Dieu lui a octroyée, le meilleur usage qu’il peut faire de cette vie c’est de l’employer comme poète, et, en parvenant à la connaissance de ses semblables, arriver à une véritable communion avec eux.
Il ne saurait, dans ces conditions, vivre pour la seule Beauté, comme certains artistes auxquels il fait allusion dans le premier livre (vers 500 sq.), car elle n’est qu'un des multiples aspects de la vie et du monde. À côté existent d’autres manifestations de la Divinité : l'Amour, la Vérité, le Bien. Si, par contre, il ramène tout à l’homme, c’est que celui-
(37) C’est la théorie qui est ébauchée au début du VF livre de « Sordello ». Un peu plus loin Sordello lui-même se pose la question de savoir si la Perfection existe en elle-même. A-t-il tort de croire, se demande-t-il, à la possibilité d’une Humanité plus parfaite ?
LÉ