‹ La Jeunesse de Robert BrowningChapitre 22 sur 183 · PORTA · texte numérisé non relu

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raire devenait essentiellement l’aveu, la description et l’analyse de sa propre expérience, et voilà pourquoi il l’intitule « Confession ».

Aussi, rien de plus naturel qu’il ait cherché à tirer parti de sa propre crise morale en vue de ses premières tentatives littéraires, et qu’il ait, tout d’abord cherché, - ne connaissant guère encore les autres hommes — à décrire, sous un voile très léger, — lui-même et ses propres épreuves. C’est pourquoi il nous est facile de retrouver dans ce poème — à condition toutefois que nous l’examinions de près et que nous fassions exception des surcharges qu’il y a insérées, indispensables pour sauvegarder ses pudeurs d’adolescent, — tout ce qui est caractéristique du jeune Browning lui-même, c’est-à-dire ce qui, sans conteste aucun, est réellement autobiographique (11). Mais inversement, « Pauline » possède un avantage non moins grand pour nous, c’est que le poème nous permet, — si nous prenons la peine de nous reporter aux faits et détails de la vie de Browning fournis par ailleurs — de suivre une à une les étapes successives de cette guérison qui, au point de vue psychologique, est si intéressante pour nous, de la voir qui va s’affirmant de jour en jour, pour devenir, à la longue complète. Cette œuvre ne peut donc être, dans la carrière du poète, que de toute première importance. Elle nous fait assister d’abord à l’enthousiasme débordant que suscite en lui la lecture des œuvres de Shelley, puis la maladie physique aussi bien que morale qui en dérive, car il compromit sérieusement sa santé en se faisant végétarien, et en s’astreignant — pendant une période de deux ans — à ne se nourrir que de légumes. Elle révèle enfin son retour graduel à une vie plus sensée, à la santé intellectuelle et morale, et finalement à l’équilibre parfait.

Car, en lui existait — fort heureusement —— à côté de l’être essentiellement imaginatif, un autre tout différent : à savoir, celui qui était doué d’une faculté d’analyse tout à fait unique. C’est grâce à cette double personnalité, que, peu à peu, il en était arrivé à voir moins trouble, à découvrir de jour en jour, et de mieux en mieux, sous le Shelley qu’il avait tout d’abord cru uniquement athée et révolutionnaire, un autre — celui-là le véritable — et de ce moment date sa sûre convalescence.

Evidemment, ce qui lui rendait cette découverte plus facile, c'était

l'extrême affinité qui existait entre leurs deux natures, Les remarques

of boyhood conveyed in imperfect and inapt forms of speech — for such things all boys have been pardoned : they are growing pains, accompanied by temporary distortion of soul also. »

(11) Voir dans la 2° partie : Les Œuvres, l’Elément Autobiographique. a

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faites à cet égard par Symonds sur Shelley : « He was all passion. >» — « His genius was not suited to the narrative form. — « The autobiographical tendency remained to the end. » — « His poet philosopher’s imagination » sont très instructives. Tous deux, en effet, possédaient des points de contact possibles. D’abord, l’un et l’autre avaient été élevés dans le culte de l’antiquité, l’un et l’autre en gardaient le sens le plus exquis et le plus humain, Que l’on se rappelle la haute culture classique donnée à Browning par son père, et souvenons-nous de même que Shelley, de son côté, était un des Platoniciens les plus subtils que le monde ait connus.

Interprète merveilleux de l’idéalisme grec et de toute sa profonde beauté, il avait bu largement — comme Browning lui-même — aux sources de la sagesse et de la poésie antiques. Shelley avait, en effet, traduit « Le Banquet de Platon » (12).

La lecture que fit Browning des œuvres de Keats contribua non moins à la compréhension de cet amour du Beau et du Bien qui était pareillement le credo de Shelley. La nature de la véritble Poésie, telle que Shelley et Keats la conçoivent — pour qui « elle est avant tout inspiration, intuition » (13), en même temps que le rôle essentiel du Poète sur la terre (14) — tout cela lui est, grâce à eux, révélé à fond.

La toute dernière étape de cette marche vers la pleine lumière est celle où il se rend compte qu’au point de vue croyance religieuse Shelley est en réalité, au meilleur sens du mot, et malgré tant d’apparences contraires, un des esprits les plus essentiellement chrétiens qui aïent jamais existé (15).

(2) « Plato was one of his favourite authors », J.-A. Symonps (E. M. of Lettres, p. 27). Comparez ce que dit un critique français : « Esprit philosophique et intuitif, il avait pénétré bien plus avant que Byron dans l’idéal grec. son âme assoiffée de beauté qui lui fit comprendre que les Hellènes avaient su mettre l’art dans la vie et la vie dans l’art, et cette soif lui donna la force d’embrasser la civilisation grecque dans son ensemble harmonique. Le soupir de Shelley pour la Grèce qu’il n'avait vue qu'avec le regard visionnaire du penseur, partait donc d’un désir plus profond encore que l’indignation voilée de Byron, car c'était un soupir pour la patrie perdue de l’idéal. Si l'insurrection hellénique était pour l’amant de la gloire une occasion de livrer le grand combat de la Liberté, elle était, pour l’amant de l’idéal, comme un signe précurseur de cette régénération de l'Humanité qu’il révait. >» Scauré (La Poésie Panthéiste).

(3) Shelley « Defence of Poetry ».

(14) « Essay on Shelley >» : « The poet is impelled to embody the Thing he perceives, not so much to the many below, as to the One above him. He does not wish to represent what man sees, but what God sees… the ideas of Plato - seeds of creation, lying bur4 ning on the Divine Hand ». Voir pour plus de détails, 2° partie, dans l’étude de « Sordello », $ 10 « Du Rôle attribué à la Poésie ».

(5) Voir à ce sujet la lettre que Shelley adressa à Lord Ellenborough, et comparer — entre mille autres — le témoignage de Trelawny : « Au point de vue bienveillance et amitié, personne ne pouvait l'emporter sur lui. Shelley aimait tout mieux que lui-

Ainsi, à travers ses erreurs et ses mécomptes, il est arrivé à la vérité. Il voit que celui qu’il a vénéré comme une divinité est véritablement, en réalité, imprégné de cet amour profond de son prochain qui caractérise essentiellement l’enseignement du Christ (16). Après ses incertitudes et ses oscillations, il est revenu à la Foi et à la santé. Il a éprouvé la réaction salutaire de la foi renouvelée. Il a — chose essentielle pour sa nature aimante — retrouvé son Dieu. Voilà pourquoi « Pauline » se termine par ce cri éperdu de soulagement et de joie : « I believe in God, and Truth, and Love! »

même. » Cf. J.-A. Symonps : « We have only to read Shelley’s Essay on Christianity, in order to perceive what reverent admiration he felt for Jesus, and how profoundly he understood the true character of his teaching. (Shelley Eng. Men of Letters, p. 101.)

(16) En un sens aussi, c’est Shelley qui achemine Browning vers Dante, vers la conviction intime qu’il aura désormais : celle de la puissance universelle de l’Amour pour tout mouvoir, à travers l’Univers entier : « l’Amour qui meut aussi le soleil et les autres étoiles ! >» « L’Amor che muove il sole et l’altre stelle ! » (Paradis, fin).

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