RAR À R À
RRRRRARARR R À À
« J'ai bien senti cela dans mes rêves, dans des rêves où il me semblait que j'étais devenu moi-même la destinée que je fuyais. J’éprouvais un étrange plaisir à être la cause de mon propre dépérissement. J'étais d'abord un démon à jamais enchaîné parmi les ténèbres de quelque antre de la mer ; des siècles s'écoulaient jusqu’au jour où, à travers une fissure de rocher vint, tel un rayon de lune, un cygne blanc, pour demeurer avec moi. Des siècles s’écoulaient et cependant, je ne me lassais pas de ma première joie libre prise à contempler la paix de ses blanches ailes. Et alors, je me dis : « Il est à mes yeux bien beau, mais pourtant, à coup sûr, ses douces ailes ont dû éprouver quelque changement par suite de l'obscurité ; à coup sûr aussi, ses yeux se sont ternis, ses ailes argentées doivent être engourdies et ankylosées à force d’avoir dormi pendant tant de siècles ici; il ne saurait plus me quitter, car, en plein jour et à côté de ses semblables, il paraïtrait flétri, bien qu'à mes yeux, il reste beau. Ou bien, à tel autre moment, j'étais une jeune sorcière dont les yeux d'azur — tandis qu’elle se tenait nue à côté des sources de
And 50 I told thee all, while the cool breast
1 leaned on altered not its quiet beating :
And long ere words like a hurt bird’s complaint Bade me look up and be what I had been, etc.
DR is
« la rivière — faisaient qu'à ses côtés descendait une divinité ! « Je contemplais la forme radieuse du Diew dont l'éclat gradwel- « lement se ternissait et ce spectacle me réjouissait jusqu'au mo- < ment où, un matin, pendant qu'il était assis sur mes genoux, au « soleil, m'entretenant, par ses chants, du Ciel, il se tourna vers « moi pour me regarder, mais avant quil m'eût été possible « de céler le rictus ironique avec lequel je contemplais son dé- « périssement, un cri sortit de ses lèvres et il s'enfuit éperdûment ; « il demeura longtemps assis auprès de son trône abandonné, mais « s’affaissa à la longue et pendant que je l’enlacais et lui baisais « les lèvres, il murmura : « Pour toi, du moins, je reste toujours un Dieu ! >» (V. 96-125) (13).
Mais s’il reprend -— ainsi qu'elle en a exprimé le désir — le récit même de ses errements, c’est qu’il sent que sa confession ne sera pas sans utilité pour d’autres que lui-même. S’il ose se remettre, lui poète, à chanter, c’est à cause de la conviction intime qu’il a que tout n’est pas mort en lui puisque, dans son effondrement, il lui reste une adoration pour un poète, à ses yeux le plus grand de tous, ou passés ou à venir, un chantre divin qui, dans la nuit sombre, a été son étoile :
(3) I have felt this in dreams — in dreams in which 1 seemed the fate from which I fled ; I felt A strange delight in causing my decay.
I was a fiend in darkness chained for ever Within some ocean-cave ; and ages rolled, Till through the cleft rock, like a moonbeam, came A white swan to remain with me ; and ages Rolled, yet I tired not of my first free joy In gazing on the peace of its pure wings :
And then 1 said « It is most fair to me, « Yet its soft wings must sure have suffered change « From the thick darkness, sure its eyes are dim, « Its silver pinions must be cramped and numbed « With sleeping ages here ; it cannot leave me, « For it would seem, in light beside its kind, « Withered, tho’ here to me most beautiful. » And then 1 was a young witch whose blue eyes, As she stood naked by the river springs, Drew down a god : 1 watched his radiant form Growing less radiant, and it gladdened me ; Till one morn, as he sat in the sunshine Upon my knees, singing to me of heaven, He turned to look at me, ere 1 could lose The grin with which I viewed his perishing :
And he shrieked and departed and sat long By his deserted throne, but sunk at last Murmuring, as I kissed his lips and curled
; Around him, « I am still a god —- to thee. »