‹ La Jeunesse de Robert BrowningChapitre 38 sur 183 · A ER · texte numérisé non relu

A ER

la vie réelle : il la lui faut connaître : car elle ne lui est pas moins indispensable qu’elle ne l’a été pour eux. Il va donc s’efforcer de se rapprocher d’elle, maïs se croyant incapable de préserver son âme de la souillure dont il a une si vive répugnance, il se voit bientôt contraint de s’éloigner une fois de plus du monde. Et le voici de nouveau réfugié dans la solitude, ne voulant vivre qu’avec les grands esprits immortels pour consacrer ses jours à les célébrer, qu'avec Celui qui avait enflammé son cœur du noble désir de travailler au bien de l'Humanité et de secourir ses semblables, qu'avec le Poète divin, le Chantre béni auquel il avait voué un véritable culte, mais qu’il n’osera même pas imiter : c’est-à-dire Shelley lui-même :

« Mon choïx tomba, pas autant sur un système, que sur un hom- « me, sur un être que je ne consentirais pas à offenser par mes « louanges, un être aussi calme qu'est la beauté, et qui, pour l'Hu- « manité était ce que tu représentes à mes yeux, Pauline, quelqwun « qui eut foi dans les hommes et qui se dévoua de toutes les forces « de son âme pour qu’ils puissent reconquérir la paix; qui exhala, « enveloppés de ses mélodies passionnées, des espérances ‘et d’ar- « dents désirs, mélodies qui, en premier lieu, me captivèrent et « mimposèrent l'agréable tâche de creuser la pensée qu’elles ren- « fermaient, car mêlées à ce chant, il y avait des paroles qui étaient « comme la clef d'un monde nouveau, comme des murmures d’an- « ges, quelque chose que les hommes ne sowpconnaïent pas encore.

« Ah! comme mon cœur bondissait à mesure que je cherchais « et découvrais tant de choses là que mon âme à moi, — je le sen- « tais bien, — avait conçues, mais qui se trouvaient là animées, « brülantes ! Bientôt l’orbe de ses conceptions se révéla à moi ; la « langue des hommes en fait vivre les louanges et leurs fronts se « relèvent, puisque prononcer son nom, c’est faire acte de louange, « c’est vanter ! Ainsi, ma faible voix peut s'abstenir de ravaler ce « qui paraissait être la destinée qui m'était réservée. Je me portais « ardemment à sa rencontre, j'étais voué à la Liberté, les hommes « seraient des Dieux, la Terre seraït le Ciel (16). Et moi-même? « Qu'est-ce que ma propre vie ne serait pas? Toute mon âme était « soulevée, portée vers cette rencontre. Ah ! Pauline, rien que de « penser à ce moment-là, je me sens gagner par la folie ! (403-461).

(16) C’est presque mot pour mot le vers de Wordsworth « Bliss was it in that dawn

to be alive, But to be young, was very heaven ! ».

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