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« Il était dans mes projets de fouiller la vie réelle, la vie qui « m'était si inconnue. Mes théories étaient fermement établies; je « ne m'en occupai donc plus pour pouvoir envisager et connaître « l'Humanité, ses soucis, ses espoirs, ses craintes, ses douleurs et « ses joies, et pendant que je réfléchissais à leur manière d'être, « je m'efforçais d'atteindre le véritable but de la vie, but qui de- « vait comprendre toute joie. Je me livrais à de profondes mé- « ditations. Et voici que soudain, sans aucun déchirement du cœur, « je m'éveillais comme d’un rêve, et je m'écriais : « C'était beau, - « mais hélas ! ce n’était qu'un rêve ! Donc, disons-lui adieu ! » « Tout comme un homme qui, voyageant à travers le monde, aper- « çoit dans un pré lointain des tours étranges, des jardins remplis « de multiples arbres et où résonnent des chants de joie et de sua- « ves mélodies, où paraissent de délicieuses créatures féeriques, « jetant à la dérobée leurs regards par-dessus les murs, mais qui, « lorsqu'il revient le lendemain pour revoir tout cela, pour se re- « poser à jamais sous ces arbres chargés de fruits, autour desquels « les fées déroulent leurs chants, ne trouve plus rien.
« Alors, en premier lieu, disparurent les espoirs que j'avais « conçus pour le perfectionnement des hommes, ensuite ma foi en « eux, en la Liberté et la Vertu, puis mes propres mobiles, mon « but, mes affections et en dernier lieu tout l'amour que je ressen- « tais pour l'Humanité. » (V. 404-446) (16 bis).
Ce qu’il n’explique pas ici, c’est tout le désarroi qu’éprouva son âme lorsqu'il crut découvrir en Shelley un athée qu’il s’efforça de suivre en contraignant le cœur à céder la place à Ia tête. Chez un être aussi
(6 bis) And my choice fell Not so much on a system as a man — On one, whom praise of mine shall not offend, Who was as calm as beauty, being such Unto mankind as thou to me, Pauline, — Believing in them and devoting all His soul’s strength to their winning back to peace ; Who sent forth hopes and longings for their sake, Clothed in all passion’'s melodies : such first Caught me and set me, slave of a sweet task, To disentangle, gather sense from song :
Since, song-inwoven, lurked there words which seemed À key to a new world, the muttering Of angels, something yet unguessed by man.
How my heart leapt as still I sought and found Much there, I felt, my own soul had conceived, But there living and burning ! Soon the orb Of his conceptions dawned on me ; its praise
RPM à à NAMOE
jeune, aussi foncièrement dépourvu de toute véritable expérience de la vie, mais aussi prodigieusement doué au point de vue cérébral, il s’ensuit que l’orgueil intellectuel, venu à son secours, sans peine lui fait croire que le gain qui résulte pour lui de cette subordination de son âme à son entendement, est supérieur à la perte éprouvée de sa foi en Dieu :
« À mes yeux, ce n'était là nullement une déchéance que « j'éprouvais, car, à mesure que mes sentiments de jadis me quit- « taient, de nouvelles forces me venaient, à savoir : de l'esprit, de « la raillerie, de la légèreté de cœur, car, jusqu'alors, désespérant « de réussir, la tristesse m'avait souvent envahi, mais maintenant, « je rejetais, loin de moi, joyeusement, tout espoir, je riais, me « disant : laissons tout cela. »
« Mes pouvoirs se trouvaient agrandis, mon âme me paraissait « être devenue quelque temple où rien n’est changé et où l’encens « se déroule autour de l'autel : seule la divinité en est absente et « sa place se trouve occupée par quelque sombre démon. Je pas- « sais donc à travers le temple ; des ombres, en foule, venaient se « prosterner devant moi en s’écriant : « Salut à Toi, 6 Roi ! C’est « nous qui sommes tes esclaves, et Toi, Tu ne seras plus esclave. « Mets-nous à l’épreuve, fais appel à nous, et laisse-nous T'adorer li
« Alors la troupe vint s’agenouiller à mes pieds et s’écria: « Sei- « gneur, nous voici, nous protégerons la voie où ta vie se dirige. « Il suffit que Tu Te fies à nous. » Et je leur répondis : « Vous « m'adorez, mais mon cœur ne devra-t-il pas, lui aussi, adorer ? « lis me répondirent en clamant : C’est Toi qui es notre Roi! » (V. 468-488).
1 Etait-ce un véritable accroissement de ses forces intellectuelles qui - en résultait ? Hélas ! nullement. L’illusion, quelque forte qu’elle fût, ne pouvait durer bien longtemps. Pendant un court moment d’exaltation cérébrale, il avait pu s’imaginer que ses facultés, soustraites à toute
Lives in the tongues of men, men’s brows are high When his name means a triumph and a pride, So, my weak voice may well forbear to shame What seemed decreed my fate : I threw myself To meet it, l'was vowed to liberty,
Men were to be as gods and earth as heaven,
And 1 — ah, what a life was mine to prove 1!
My whole soul rose to meet it.
action extérieure, et par là affranchies de toute entrave ou contrainte, de tout humiliant esclavage, se trouveraient aussi accrues. Désormais elles pourraient régner en maîtresse en lui-même ! Erreur grave — erreur totale, Quelque intense que soit la vie intérieure de l’esprit, elle ne saurait se passer de tout ce qui vient du dehors. Le cerveau ne peut se passer du cœur, pas plus que l’homme ne peut se passer de ses semblables. Le Moi ne saurait aucunement se dispenser de connaître le Non-Moi.
Cependant, sous le coup de l’enivrement que lui procure cette illusion passagère, il se tourne vers la vie dans sa richesse attirante, et prend la détermination de tirer d’elle tout ce qu’elle renferme d’innombrables jouissances
« Je me tins donc là, souriant, 6 vanité des vanités ! car allègre « et joyeux était l’esprit avec lequel j'envisageais la manière dont « je terminerais le cours de mon existence ; je me retrouvais moi- « même avec toutes mes puissances. Je savais que tant que la jeu- « nesse et la santé me soutiendraient de la sorte, en dépit du vide « de la vie, la douleur ne pourrait m'atteindre et que je garderais « toujours l’âme heureuse...
« C’est dans de telles dispositions qu'une longue aube d'été me « trouva, et avant le midi, j'avais décidé que l’âge ne m'atteindrait « pas avant que ma jeunesse ne se fût dissipée, car je m'userais « comme l’aube qui ne laisse gaspiller aucun rayon de soleil ; « je ferais mienne chaque heure, puis je mourrais. » (V. 488-504).
Jouir, dominer par son intelligence, quel rêve séduisant !
C’est ainsi qu’il espère occuper son esprit, qu’il avait voué jadis à la recherche de la renommée, — car à quoi bon troubler sa quiétude d’ambitions vaines ?
« Je me dis : « quelle vie tourmentée que celle du génie, elle « qui est en apparence si joyeuse lorsqu'elle élabore quelque pro-
« jet auquel on a lié son ardeur maïs qui devient si triste lorsque .
« les efforts se révèlent vains. »
Sa raillerie devient plus acerbe, il en vient même à douter de l’uti-
lité du succès, quel qu’il soit :
« La belle chose de croire qu'un être aussi faible que moi,
« tout en restant dans sa chambre solitaire, puisse, au moyen de
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