‹ La Jeunesse de Robert BrowningChapitre 40 sur 183 · MOTS · texte numérisé non relu

MOTS

paroles, émouvoir les hommes comme un vent rapide (16 ter) et s'imaginer que quand il est mort et disparu, de nouveaux yeux brilleront lorsque ses rêves radieux d'amour qu'il a conçus se réaliseront en des créatures plus heureuses que lui !

« Ah oui ! la nuit tranquille apporte de pareilles pensées; mais vienne le matin, et alors la raillerie se moque de nouveau des louanges vides, des sourires auxquels se mélent des dénigrements. Aussi Celui qui est l’idole de mon âme (17) me murmure toujours à voix basse de demeurer auprès de lui et de son chant qui n'ont pas reçu les honneurs qwils méritaient. >» (V. 507-514;

C'était là la disposition d’esprit où il se trouvait au moment où il a subi la bienfaisante influence de Pauline. Il avait cru pouvoir renoncer à toute gloire (18), à tous les projets de ses jeunes années, mais pourtant, combien tenaces s'étaient montrés ceux-ci !

« De nouveau les délices de jadis venaient en foule, comme une troupe d'oiseaux. La musique, qui était ma vie, m’alimen-

« tait plus que jamais, ensuite, les récits que je chérissais pour

eux-mêmes et tout ce qu’ils font voir. »

Cependant, un tel élan le portait vers les choses belles, qu’il avait été induit à penser qu’il éprouvait, pour Pauline, réellement de l’amour, mais lorsqu'il en vint à examiner à fond son cœur, il le trouva vide à

cette heure de tout sentiment :

« Trop vite je m'apercus que toute foi avait fui, et cette ardeur qu'autrefois j'éprouvais pour la vie, pareille aux teintes qui colo-

« rent les nuages, n'était plus la rougeur de l’aube qui se mue au « grand jour, mais bien la grisaille terne du soir qu’éclaire le soleil < mourant, tandis qu à grands pas arrive l’obscurité. » (V. 580-584).

2 Malgré tout, insensiblement, la vérité se fait jour en lui et s'impose: l’âme serait-elle réellement une chose que l’on peut modifier à son gré, que l’on peut, de quelque façon que ce soit, altérer ou enchaïîner ? TI est obligé de reconnaître que la chose est impossible :

a6 ter) Autre souvenir de Shelley (Ode to The West Wind). (17) Shelley. à (18) C’est déjà « Sordello » qui s’ébauche ici... cf. « Sordello », livre 2, ad finem,

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« Je ne saurais enchaîner mon âme, elle refuse de se reposer dans cette étroite sphère, cette prison d'argile. Elle est possédée d’étranges impulsions, de tendances et de désirs que je ne peux pas expliquer, que je ne puis étouffer. » (V. 593-597).

Pas plus que cet égotisme, qui le dévora, ne saurait jamais être assouvi :

« Mon égotisme ne peut se rassasier : il me dévore comme une flamme ; la soif que j'éprouve pour tout plaisir, quelque minime qu'il soit, se change en douleur. Ah ! que j'envie celui qui concentre toutes ses énergies vers un but unique, qui poursuit une réussite, quelque humble qu’elle soit ! Je me contenterais de n'avoir qu'une seule joie dans la vie, une seule, à condition qu’elle fût entièrement à moi, un seul ravissement, emplissant toute mon âme !

« C’est ce vague sentiment éperdu qui fit que je m'imagine porté comme en un rêve, dans un vaste pays lointain où vainement l'œil cherche à découvrir quelque fin aux collines lointaines, aux vallées remplies de villes et de tours brillantes, à tel point que le délire me gagne en me rendant compte qu’il n'existe pas une demeure qui ne renferme quelque plaisir, tandis que mon âme, qui voudrait embrasser le monde entier, est forcée de demeurer l’esclave de cette forme vile. Un seul espoir me reste: c’est que la vieillesse, en diminuant cette ardeur, me permette de concentrer mes forces sur les seules étincelles qu’elle m’aura abandonnées. » (V. 600-619).

Son désir effréné de tout embrasser, se concilie avec une envie non moins violente de tout savoir. Mais à quel danger formidable ne s’expose pas le tempérament artistique qui, en voulant tout connaître, cherche à approfondir toutes les sensations, afin d’être à même de les décrire ! N’aboutit-on pas, tel un Néron, à la Débauche ?

« Quand je découvris que je périrais ainsi, je dis à cette harpie de fermer ses yeux à jamais sur moi. » (V. 628-630).

D’autre part, la vie terrestre ne saurait être l’unique domaine réservé à une âme animée de pareilles aspirations.

< Mon amour, en son essor, dépasse ma raison, mais puisque

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