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rante — même presque trop large — à la Beauté pure dans le premier livre de ce poème et que celui-ci en sera tout imprégné. C’est que la matière s’y prêtait ; il avait à la fois à décrire la beauté physique de son héros et à montrer les influences secrètes de la beauté sur le développement de son âme.
Par contre, si Shelley a toujours eu une influence, qu’on ne saurait exagérer, sur Browning, celle-ci, à mesure qu’il avance dans la vie, ira en diminuant, parce que alors, sa veine lyrique se subordonne volontairement à son désir d’exceller dans le poème de forme dramatique. Mais il y avait trop de ressemblance entre leurs deux âmes essentiellement généreuses, pour qu’en dépit de lui-même, il ne revint pas très souvent aux façons de concevoir et de s’exprimer particulières à Shelley. Par contre, la forme de Shelley, si musicale, si aïlée, il la perdra, tout au moins en partie, plus tard.
Ainsi, tant au point de vue de la forme qu’au point de vue pensée, or sent dans « Pauline » une influence très marquée de l’un et de l’autre poète.
A) Influence de Keats
a) forme.
D'abord, au point de vue de la versification, Browning n’emploie pas dans sa première œuvre le couplet rimé, bien que le vers soit décasyllabique, mais rompt nettement, comme Keats lui-même l’avait fait, avec la forme surannée de Pope (61). Rien de plus brisé, de plus sinueux, de plus harmonieux, que la plupart de ses vers, tels ceux du passage suivant :
T is a fine thing that one weak as myself
« Should sit in his lone room, knowing the words
« He utters in his solitude shall move
« Men like a swift wind—that tho’ dead and gone,
< New eyes shall glisten when his beauteous dreams < Of love come true in happier frames than his. »
On voit que le paragraphe remplace le « couplet » tandis que l’en- ‘jambement fréquent fait couler et courir le vers.
(61) Son père lui reprochait — bien à tort — le manque d’arrêts dans le vers de « Pauline ».
Cela, du reste, concordait à la fois avec le caractère essentiellement analytique de son esprit et sa nature artistique éprise de musicalité. Tantôt — comme dans « Endymion » ou « Sleep and Poetry » — Île paragraphe ondule en de longs replis ; tantôt il est court, mais toujours bien articulé, et par dessus tout, souple, Mais la préoccupation dominante ici — en contraste manifeste avec la plupart de ses productions ultérieures — c’est nettement de faire avant tout, à l’instar de son modèle, des vers harmonieux et beaux.
Ne citons, à titre d'exemple, que ce vers 252, où l’imitation de Keats est aussi exacte qu’heureuse : « 1 am to sing while ebbing day dies soft » (62). La musique de certains autres vers est telle qu’irrésistiblement on se rappelle à quel point il fut musicien aussi bien qu’artiste, dans le tableau d’Andromède, par exemple.
b) pensée.
L'influence de Keats se révèle dans « Pauline » d’un bout à l’autre de l’œuvre, par la large place que Browning y réserve à l’élément hellénique. Cela se reconnaît non seulement à l’heureuse réussite de beaucoup de vers rappelant la mélodie essentiellement grecque grâce à l’habile disposition des voyelles et des syllabes, mais encore par de fréquentes allusions aux chefs-d’œuvre classiques (62 bis).
La suprême leçon de Keats : « Truth is Beauty », « À Thing of beauty is a joy for ever », Browning l’a apprise pour toujours. Mais si, dans les œuvres postérieures à « Pauline », la préoccupation des vers « bien venus » se subordonne à celle d’un autre genre, c’est que là, il lui faut expliquer, démontrer, convaincre, et, à ses yeux, c’est l’énergie qui est devenue plus indispensable que la beauté.
B) Influence de Shelley
a) Fond. — L'influence de Shelley sur l'esprit de Browning, au moment où il écrivit « Pauline » (63), fut des plus considérables au point
FA (62) « The soft dying day » (Ode to Autumn). Le terme est repris dans « Sordello »,
Andromède (656), etc.
(63) Peut-être même le nom de Pauline fut-il donné après qu’il eût lu l’.« Essay on ‘4
Christianity » de Shelley.
(62 bis) Par exemple vers 321. Allusion à Apollon et Daphné ; 322 allusion à Atlas ; x. vers 323 allusion à Pélée dans l’Andromaque d’Euripide ; vers 324 Iliade ; 324 Hermès, voir Eschyle Choéphores. Persephone, voir Odyssée ; Platon (404) ; Agamemnon (435) ;
de vue du fond. C’est elle, on l’a déjà vu (64), qui bouleversa toutes ses croyances, modifia totalement toutes ses idées. Il avait puisé dans ses œuvres, non seulement ses idées de Révolte, de Liberté, de Rédemption de l'Humanité, mais encore sa conception du rôle du Poète dans la Société, dont il était d’ailleurs, tout au moins en partie, redevable à Carlyle. Aussi, comme on le verra plus tard en étudiant « Paracelse » et surtout « Sordello » est-il impossible de séparer « Pauline » de ces deux dernières œuvres pour ce qui est de l'influence générale de la pensée de Shelley sur l’esprit de Browning.
Indépendamment d’Alastor » dont l’influence est prépondérante, on retrouve dans « Pauline » le souvenir des autres œuvres de jeunesse de Shelley, notamment Adonaïs.
C’est ainsi que certains vers reproduisent non seulement la même idée mais souvent les mots mêmes de Shelley.
Vers 19-20 : Nature would point at one whose brow burned. Cf. Shelley Adonis 37-8 « Hot Shame shall burn upon thy secret brow », etc.
Vers 21 : Who learned the spell which can call up the dead.
Cf. Alastor : 23-29 « I have made my bed » etc.
Vers 22 : And then departed. Cf. Queen Mab. 3-180-182.
Vers 33 : Wandering aim, etc.
Cf. Prince Athanase 3 ; 16, 17.
Vers 39 : Thon lovest me, the past is in its grave. Cf. Epipsychidion 521-522.
Vers 66-68 : The wing murmuring. Cf. Queen Mab. 9,167 « Spring's
awakening breath. »
Verse 90-92 : That my soul had floated. Cf. Queen Mab. 8,234. The sceptre of a vast dominion.
Vers 93 : The dim orb. Cf. Prometheus, 3; 2; 23. Cf. Like the dim.
orb of the eclipsed moon. Prince Athanase, 8.
Vers 99-104 : I was a fiend in darkness. Cf. Laon and Cythna 9,
8, 4. « Some said I was a fiend. »
Vers 112 : « 1 was a young witch ». Cf. Witch of Atlas, passim. Vers 163 : « When 1 have stood with thee ». Cf. Sonnets to Byron.
« As perfect worlds ». ! Vers 471 : « Only God is gone ». Cf. « I see a mighty darkness ».
« Filling the seat of power ». Prometh. 2, 4, 23. Cf. Vers 344; 504; 598 ; 631, 639 pour d’autres images empruntées à Shelley.
(64) Voir : « ViE », Première partie, chap. III. Cf. J. A. Symonds : « Shelley abandoned PRINCE ATHANASE, which he considered
100 self-analytical ». Eng. Men of Letters, p. 97.
Pre
b) Forme. — En ce qui concerne la forme, il faut noter que Browning se montre dans « Pauline » imitateur habile, qui suit de très près son modèle mais fait preuve néanmoins d’une véritable originalité.
D'abord, on remarque que les vers ont toute la musicalité de Shelley, ce quelque chose de léger, de presque ailé. Cela apparaît plus nettement qu’ailleurs dans le passage où il fait la description de la forêt où, par la pensée, il voudrait fuir avec Pauline (V. 788 (65).
Ses tableaux n’ont pas l’étonnante fluidité de ceux de Shelley mais en plus de la netteté et de la vigueur des descriptions de celui-ci, ils révèlent le pouvoir qu’il a de rendre visible le détail précis.
C’est à chaque instant qu’il insère de ces descriptions dans le poème. Celle qu’il fait de la terre natale de Pauline en est une des plus réussies : « And thou hast chosen where this life shall be », etc., vers 950.
Mais c’est surtout en la richesse inouïe d’images, de comparaisons (66), de métaphores (67), que réside la véritable nouveauté du poème, si on le compare à telle œuvre de l'Ecole rationaliste, richesse qui rappelle tout ce qu’il y a d’exquis dans Keats et de hardi dans Shelley, mais qui, surgissant avec un imprévu que l’on ne rencontre ni dans lun ni dans l’autre de ces deux poètes, laisse dans l’esprit du lecteur une sensation de fraîcheur pitioresque des plus agréables.
On sent, au point de vue sujet, c’est-à-dire dans sa description de la conception de l’âme du poète, l’imitation voulue de « L’Alastor » de Shelley, maïs dans le poème de celui-ci, les images prédominent, celui de Browning l’emportent visiblement par la place quand même plus grande qu’il réserve à la pensée.
C) Les descriptions dans « Pauline »
On a souvent signalé la surabondance de descriptions qui se trouve …
dans « Pauline ». La disproportion existant entre la partie « Confession » et le reste est incontestable. Aussi est-on allé jusqu’à dire que Browning, emporté par l’enthousiasme qu’il éprouvait pour Shelley, n’a fait que l’imiter d’une façon trop servile.
(65) Voir plus loin, page 136, le passage cité. (66) Vers 47 : « As in a Northern night, one looks always to the East for morn. » Vers 58 : « The black-thorn boughs.. like the bright side of a sorrow ; Violets opening from sleep like eyes. » (V. 60) « When the woods. which, when the great sun sinks, lie
quivering as some thing lieth, half of Le before Gods foot, waiting a wondrous
change. (vers 184), etc., etc.
(67) Vers 98 à 102 — 173 à 180 — 250 — 360 à 364.
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