‹ La Jeunesse de Robert BrowningChapitre 52 sur 183 · ARE LS ES · texte numérisé non relu

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Certes, le jeune poète ne pouvait être que séduit par l’extrême beauté des magnifiques tableaux que Shelley a répandus à foison à travers toute son œuvre, mais d’abord, indépendamment de Shelley, il a été influencé directement par le milieu champêtre où s’écoula sa jeunesse. Pourtant, même à l’époque où il est fasciné par son maître préféré, le tempérament et la pensée des deux poètes ne leur permettent pas d’envisager la nature de la même façon.

Pour Shelley, la nature compte moins que le symbole qu’elle recèle, tandis que Browning, à cette époque, ne fait que noter ce qu’il voit, et exprimer l'impression qu’elle lui laisse ou les délices qu’elle lui procure. Si, comme Shelley, il a le sens de la beauté très développé, fréquemment, aussi, ses descriptions sont une preuve de son talent d’artiste et un appel voulu au sens artistique du lecteur. Il fait des allusions très souvent répétées au soleil, aux jeux de lumière (68). L’acuité et la précision de son regard étant toujours saisissantes, il voit, non seulement l’objet, mais il vit de sa vie (69). À noter que les descriptions purement descriptives dans « Pauline » sont bien plus nombreuses que dans les œuvres postérieures.

C’est, par moment, la campagne essentiellement anglaise, familière, attachante, qu’il décrit :

The old trees Wkhich grew by our youth’s home, the waving mass Of climbing plants, heavy with blooms and dew, The morning swallow with their songs like words. (69 bis).

Ailleurs, ce sont les pays d’enchantement d’un Keats :

Tout comme un homme qui, voyageant à travers le monde aperçoit dans un pré lointain des tours étranges, des jardins remplis de multiples arbres et où résonnent des chants de joie et de suaves mélodies, où paraissent de délicieuses créatures. féeriques, jetant à la dérobée leurs regards par-dessus les murs (a).

Pays où des cîmes étincelantes et la mer miroitante et les forêts baignées de lumière renvoient les lointains rayons du soleil (b).

(68) Vers 59 — 65 — 145 — 183 — 364 — 713 — 720 — 786 — 805 — 910 — 972.

L (69) « Je sais vivre de la vie de toutes les plantes. >» « Pauline », vers 712 à 730.

# Aa dans « Paracelse », III, sa description, ou plutôt notation, d’une plante vue dans un paysage désolé (V. 1039). ?

(69 bis) Voir la traduction de ces vers p. 34. \ :

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« Autour de lui, pareils aux nuages crépusculaires du soir, les « ombres géantes du Destin, se mouvant en silence, s’amoncellent « pareilles à la silhouette de la fatalité qui approche (0).

« Jamais aube ne s’est révélée plus limpide à mes yeux que celle « qui rayonna entre les sombres îles de cette mer azurée, à tra- « vers ces bosquets épais, ces temples blancs et ces humides ca- « vernes. » (d)

Par moments, l’élément humain prédomine déjà si fortement qu’il intervient d’une façon inattendue, tantôt terminant la comparaison

« Voici revenu l’Automne, comme si la Prime Saison était de « retour, mais dépouillée de sa naïveté de jeune fille. » (V. 230- 232.)

ou inversement :

« Ses yeux frais et ses doux cheveux et ses lèvres qui fleu- « rissent comme une baie de la montagne » (V. 196-197).

Mais, même à cette époque, il est rare que son impression visuelle ne soit pas liée à quelque pensée philosophique ou morale. Cette faculté apparaît d’une façon d’autant plus frappante, lorsqu’on constate qu’elle existe même dans les passages où il ne voit les choses que par la pensée (70), par exemple lorsqu'il décrit les arbres du bois où il aimerait pouvoir s’enfuir avec Pauline :

« Et les bois murmurants qui se balancent au milieu de la nuit « sans lune, qui les a transformés en silhouettes vivantes comme si

(69 ter) a) As some world-wanderer sees in a far meadow Strange towers and high walled gardens thick with trees (V. 452-454). Some vast country, where the eye can see, etc. (612).

b) À clime where glittering mountain—tops And glancing sea and forests steeped in light -

Give back reflected the far-flashing sun. (V. 362-364).

c) Round him like the clouds of eve, all dusk, The giant shades of fate, silently flitting Pile the dim outline of the coming doom. (V. 565-568).

d) Never morn broke clear as these On the dim clustered isles in the blue sea...

The deep groves and white temples and wet caves... (330-332). (70) « Pauline », vers 732 à 741.

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