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« Ah ! Douleur éternelle, douleur infinie se renouvelant sans cesse, ne cessant jamais ! — Pourtant, viens toi, qui es perdu, toi qui es le dernier de nous tous, comment pouvais-tu comprendre ce que s’efforçaient de te commander nos frêles ombres, lorsque flottantes elles passaient devant toi nuit et jour ? Toi, qui étais aveugle, et nous, qui étions muettes ! Donc, une fois de plus, viens !
« Comment devrons-nous revêtir et armer la prochaine âme,
« celle qui devra remplir ton office dans la vie ? Comment la pré- « server de ta rapide déchéance ? Dis-nous ce qui fut cause de ta
défaite, à nous qui demeurons ici, poursuivant sans répit notre
« douloureuse tâche, renouvelant sans cesse notre amère douleur, « éloignés du Dieu qui nous avait donné des pouvoirs, loin da
l'Homme qu'ils n'ont pu sauver ! » (53) (V. 280-340).
(53) Comparer la vision de Chatterton (que F. THompson crut avoir au moment où
Cette voix, est celle d’un poète, Aprile, qui entre à ce moment et qui, apercevant Paracelse, le prend pour celui qui va être chargé de remplir le rôle que lui-même n’a pas su jouer. Chacun se trompant de son côté — Paracelse prend Aprile pour le Roi de la Science, tandis
il méditait le suicide) et voir également le « Christmas Carol » de Dickens, où les Esprits sont les voix de la conscience de Scrooge.
1 hear a voice, perchance 1 heard
Long ago, but all too low,
So that scarce a care it stirred
If the voice were real or no :
1 heard it in my youth when first
The waters of my life outburst :
But, now their stream ebbs faint, 1 hear That voice, still low, but fatal-clear — As if all poets, God ever meant
Should save the world, and therefore lent Great gifts to, but who, proud, refused To do his work, or lightly used
Those gifts, or failed through weak endeavour, So, mourn cast off by him for ever — As if these leaned in airy ring
To take me ; this the song they sing.
Lost, lost ! yet come,
With our wan troop make thy home.
Come, come ! for we
Will not breathe, so much as breathe Reproack to thee,
Knowing what thou sink’st beneath.
So sank we in those old years,
We who bid thee, come ! thou last Who, living yet, hast life o’erpast.
And altogether we, thy peers,
Will pardon crave for thee, the last Whose trial is done, whose lot is cast With those who watch but work no more, . Who gaze on life but live no more.
Yet we trusted thou shouldst spea The message which our lips, too weak, Refused to utter, — shouldst redeem Our fault : such trust, and all a dream !
Yet we chose thee a birthplace
Where the richness ran to flowers :
Couldst not sing one song for grace ?
Not make one blossom man’s and ours ?
Must one more recreant to his race
Die with unexerted powers,
And join us, leaving as he found
The world, he was to loosen, bound ?
Anguish ! ever and for ever ;
Still beginning, ending never.
Yet, lost and last one, come !
How couldst understand, alas,
What our pale ghosts strove to say,
As their shades did glance and pass Before thee night and day ?
Thou wast blind as we were dumb :
HIRIR A dr
que celui-ci salue Paracelse, comme personnifiant le Roi des Poètes (54). Aprile, va, de son côté, comme Paracelse tout à l’heure, exhaler toute sa douleur, Lui aussi, il avait aspiré ardemment, et, voulant aimer toute chose de beauté, il avait éperdument tout étreint. Tâche impossible ! Sa vie, par là, non moins que celle de Paracelse, est manquée. Le véritable idéal, dont il aurait dû se contenter, à savoir : jouir de ce qui était à sa portée, est à jamais perdu. Ses désirs ont été sans fin (55). Il a cherché à tout représenter, mais il a échoué (55 bis). Il aurait été sculpteur, peintre, orateur, musicien :
« Je voulais infiniment aimer et être aimé. D'abord, je voulais sculpter dans la pierre ou fondre dans le bronze les formes qui sont sur la terre. Aucun chasseur antique porté par sa renommée jusqu'aux Dieux, aucune Nymphe supposée être l'âme douce de quelque arbre des forêts, ou l'esprit de saphir d’une étoile crépusculaire, n’eût été trop difficile pour moi ; aucun roi pasteur, royal par ses cheveux blancs, aucun jeune homme debout, silencieux et calme au milieu de la foule, la main droite toujours cachée sous sa robe, jusqu’à ce que passe le tyran, aucun législateur, aucune femme à la douceur de cygne, ointe d'huiles translucides, qu'un Dieu lui aurait données par amour, rien n'eût été trop ardu. » (V. 420-432)