‹ La Jeunesse de Robert BrowningChapitre 78 sur 183 · SAC C ER · texte numérisé non relu

SAC C ER

car l'Homme, malgré tout, est loin d’avoir atteint sa perfection dernière. I! lui reste à parcourir bien des étapes avant même d’en approcher. Sans cesse recommenceront pour lui des ères nouvelles de progrès dans son ascension lente, mais infinie vers Dieu ; par la pensée il pénètre Ses chemins cachés. Ces étapes existent dans la création tout entière et ici Browning devance, dans son évolutionnisme, Herbert Spencer luimême (73).

Il nous fournit, en quelque sorte, un prisme, à travers lequel nous pouvons voir les états de devenir de l'Humanité : l'Homme est donc le résultat provisoirement suprême, momentanément définitif de l’évolution de l’être. C’est donc grâce à l'Homme que nous pouvons comprendre la nature. Graduellement cette nature elle-même s’humanise et prend un visage humain et divin :

« Radieuses, ces qualités apparaissent, mais pas uniquement pour celui dont elles sont destinées à devenir la possession, mais le ciel et la terre, eux aussi, s'imprègnent de cette gloire nouvelle. L'Homme, une fois aperçu, imprime pour toujours sa personnalité sur toutes choses inertes. Dés lors, les vents sont des voix, gémissement ou cri sonore, murmure de colère ou rire vif et gai ! Il n'est plus de rafale qui soit dénuée de sens, maintenant que l’homme est né. Les pins attroupés confèrent (74). Ils s’assemblent pour conférer d'un secret, lorsque le soleil descend étincelant derrière leurs troncs qui s’embrasent, semblables aux grilles barrant l'Enfer. Sur l’eau, la coupe parfaite du nénuphar n’est qu'une urne qu'une nymphe, en nageant, tient haute au-dessus de sa tête. Ce n’est pas un oiseau qui siffle, invisible, c’est par les éclaircies supérieures qui laissent pénétrer la lumière dans les bois mélancoliques, une forme maligne, avec la bouche tordue et l'œil moqueur, qui nous lorgne, avec malice, de la cîme des forêts agitées par la brise. » (V. 715-732) (74 bis).

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(73) Il est certain que ce thème flottait dans l'air depuis une cinquantaine Re “avant Darwin. Mais jamais encore on ne l’avait exprimé d’une façon aussi précise : On le trouve chez Herder, Gœthe, Geoffroy-St-Hilaire ; Cuvier, certes, le combat, mais Bron. ing est le premier à le formuler d’une manière complète. (74) Conrap dans : « The End of the Tether > (au début) semble s’être souvenu de ce

passage : « Palm trees, with their head together. » (74 bis) Not alone

For their possessors dawn fhose qualities,

But the new glory mixes with the heaven ’

And earth ; man, once descried, imprints for ever

His presence on all lifeless things : the winds

Are henceforth voices, wailing or a shout, j N :

Browning développe encore plus amplement le thème du progrès illimité de la créature humaine vers le divin. C’est une conception cabaliste : il y a éparses dans la Nature les forces du Monde qui s’uniront le dernier jour de la création pour former l'Homme. L'homme n’est pas encore l'Homme. L'Humanité n’atteindra sa réelle grandeur que lorsqu’elle ne sera plus une étoile isolée dans la nuit, maïs toute une constellation. L'Homme sorti de ses langes, plein du sentiment de sa force, se délivrera alors pour monter, l'Amour ayant mis fin à l’évolution animale et rendant possible le commencement de l’évolution spirituelle. Il faut que l'Humanité en masse progresse, nous n’en sommes actuellement qu’à l'enfance de l'Homme collectif. Browning emprunte À Carlyle sa théorie des Héros. Paracelse est surhomme parce qu’il a une seif exagérée du Bien. ï

« Le Progrès est la loi de la vie, l'homme n'est même pas encore « l'Homme. Et je ne considérerai pas son but atteint, sa destinée « accomplie et ses forces véritables déployées tant qu’une étoile « ow deux seulement, par ci par là, dissipent l'obscurité, tant que « de ci de là, un seul esprit, dans son magnifique isolement, sera « seul à dominer de très haut ses semblables prostrés. Ce sera seu- « lement lorsque toute la cohorte sortira brillante, — au désespoir « de la nuit, — lorsque l'humanité tout entière aura atteint le même « degré de perfection, égale en capacités épanouies pleinement, « alors, et alors seulement, dis-je, commencera l'enfance de « l’homme. Car pourquoi tiendrait-on compte des sursauts fiévreux « des membres d'un homme, quë sont des secousses de ses nerfs « qui tremblent, tandis que le corps reste plongé dans la léthargie « de la tombe ? » (V. 740-745) (74 ter). :

A querulous mutter, or a quick gay laugh, Never a senseless gust now man is born.

The herded pines commune and have deep thoughts, À secret they assemble to discuss When the sun drops behind their trunks which glare Like grates of hell : the peerless cup afloat Of the lake-lily is an urn, some nymph Swims bearing high above her head : no bird Whistles unseen, but through the gaps above That let light in upon the gloomy woods, A shape peeps from the breezy forest-top, Arch with small puckered mouth and mocking eye. The morn has enterprise, deep quiet droops With evening, triumph fakes the sunset hour, Voluptuous transport ripens with the corn Beneath a warm moon like a happy face.

(74 ter) Progress is i û ï The law of life, man is not Man as yet.

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