‹ La Jeunesse de Robert BrowningChapitre 79 sur 183 · RU DEAR · texte numérisé non relu

RU DEAR

Browning anticipe la pensée finale du dix-neuvième siècle, où l’on parvient à concilier la raison et le cœur, grâce à l’amour qui constitue le principal moyen d’intuition s’ajoutant à la seule intelligence abstraite, impuissante celle-là à atteindre la vérité sans son secours. La fin du poème est tout entier soulevée d’une inspiration qui nous mène à Nietsche, à Bernard Shaw et à l’abbé Brémond :

« Des pronostics avaient annoncé l'apparition prochaine de < l’homme sur la terre. De même dans l’homme s'élèvent mainte- « nant des aspirations augustes, véritables symboles, véritables « emblèmes, d’une splendeur brumeuse, qui toujours avancent « devant lui, dans ce cercle éternel que la vie parcourt. Déjà les « hommes commencent à dépasser les limites de leur nature, à tra- « vers de nouvelles espérances et de nouveaux soucis qui rem- « placent rapidement leurs anciennes joies et leurs anciens cha- « grins. Ils deviennent trop grands pour des dogmes étroits de bien « et de mal, qu’ils voient disparaître devant leur soif inextinguible : « du Bien, tandis que la paix s’élève de plus en plus dans leur âme. “4 « Il y a déjà de telles créatures sur la terre, imperturbables au | « milieu des demi-hommes qui les entourent, qu’ils doivent sauver « et unir à eux-mêmes. » (V. 772-785) (75).

Nor shall 1 deem his object served, his end Attained, his genuine strength put fairly forth, While only here and there a star dispels The darkness, here and there a towering mind O’erlooks its prostrate fellows : when the host Is out at once to the despair of night, When all mankind alike is perfected, Equal in full-blown powers — then, not till then, I say, begins mans general infancy.

For wkherefore make account of feverish starts Of restless members of a dormant whole, Impatient nerves which quiver while the body Slumbers as in a grave ?

(75) Prognostics told Mans near approach ; so in man's self arise August anticipations, symbols, types Of a dim splendour ever on before, ‘ In that eternal circle run by life :

For men begin to pass their nature’s bound, And find new hopes and cares which fast supplant Their proper joys and griefs ; and outgrow all The narrow creeds of right and wrong, which fade Before the unmeasured thirst for good ; while peace Rises within them ever more and more.

Such men are even now upon the earth, Serene amid the half-formed creatures round, , Who should be saved by them and joined with them, : :

SL or0e

Paracelse tire lui-même la leçon du bien et du mal qu’il a fait et résume les étapes de son passé avec la lucidité finale des mourants, et on sent que Browning l’approuve. Nous avons le jugement que le poète porte sur son héros et la leçon morale qu’il en a tirée. Le moment le plus heureux de sa vie a été celui où il s’est consacré (75 bis) à ses semblables

« Mon temps le plus heureux est celui où je me suis consacré à l’homme (V. 598). C'était là tout pour moi. Les énergies de l'humanité qu’il s'agissait d'entretenir et d'accroître, n'importe à quel prix, de dérouler et de faire éclater tout d’un coup, comme le signe, le blason de l'homme... Je ne voyais aucune utilité dans le passé. Mais toi, fils chéri des jours à venir, tu ne le rejetteras pas ainsi, le passé tout rempli de profonds enseignements sur les conditions auxquelles la terre t'est donnée à bail. L'espoir et la crainte de l'amour entretiendront en toi le nature d'homme. » (V. 800-830).

Injuste pour le passé et impatient pour l’avenir, dit-il, je suis tombé dans le désespoir :

« Lorsque les hommes reçurent, avec un stupide étonnement, mes premières révélations, leur encens me souleva le cœur. Lorsque plus tard, avec des yeux dégrisés, ils se vengèrent de leur crédulité passée en conspuant mes connaissances réelles, je les ai pris en haine. Pourquoi ? C’est que, dans mon propre cœur, l'amour n'avait pas appris à être sage, à voir que la haine ellemême n'est qu'un masque de l'amour, à découvrir un bien dans le mal et une espérance dans les insuccès. Je n'ai pas su sympathiser avec les hommes, m’enorgueillir de leur demi-raison, de leurs faibles aspirations, de leurs mains cherchant à tâtons la vérité. Je n'ai pas sw aimer, jusqu'à leurs grossières superstitions, jusqu’à leurs préjugés, leurs craintes, leurs soucis et leurs doutes où toujours un grain de grandeur se mêle à l'erreur et qui tous, tendent en haut, comme des plantes qui ont poussé au fond d’une mine sans voir le soleil et qui le rêvent. » (NV. 871-

bis) « J’ai fait un peu de bien, c’est mon meilleur ouvrage », avait déjà dit

Voltaire.

(76) And thus, when men received with stupid wonder

My first revealings, would have worshipped me, And I despised and loathed their proffered praise — When, with awakened eyes, they took revenge v :

Que vienne enfin l’homme plus parfait qui réunira ses qualités à celles d’Aprile, tout comme pourrait exister entre Mars et la Lune un monde possédant la température moyenne des deux astres voisins (76 bis). Quant à lui, il meurt satisfait d’avoir « atteint » au moins une certitude, celle de savoir que ses erreurs lui ont servi, que ses défaites ont été des victoires, qu’il percera la nuit qui l’enveloppe et qu’enfin il marche désormais vers la lumière, vers le véritable savoir (77).

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