DANS
fille (105), les yeux calmes (106), la voix douce comme les lèvres (107). Elle pleure comme un enfant, chante comme un oiseau (108).
B) Le Décor
Le décor où évoluent les personnages est essentiellement allemand et c’est l'Allemagne du seizième siècle que le poète a fidèlement reproduite : celle plus exactement de l’an de grâce 1512, au moment où tout le pays, déjà secoué par les mouvements de la Réforme, commençait à être envahi par l'esprit nouveau de la Renaissance. On comprend toute la prédilection que devait éprouver, pour ce milieu, le jeune Browning dont la mère était allemande.
En outre, il y avait encore, au début du dix-neuvième siècle, en Angleterre, une atmosphère de légende et de romantisme autour de l'Allemagne ; Carlyle venait de publier son « Sartor Resartus » où il insiste surtout sur certains aspects de l'Allemagne sentimentale, familiale, médiévale, et en trace le portrait idyllique tel qu’on pouvait le connaître et le sentir alors.
Très habilement, Browning insère dans le corps du récit des tableaux qui demeurent très fidèles aux aspects attachants de la terre allemande. C’est par exemple sa plantureuse campagne agricole avec ses fleuves tranquilles, que l’on trouve dans le chant lyrique de la scène V.
« C’est ainsi que coule le Mein, là où demeure ma bien-aimée.
« Le sommeil n’est pas plus doux que son cours. Il passe à travers
« des prairies, coulant sans arrét, quoi qu’il advienne, en méandres
< multiples, toujours gracieux, à travers le pâturage avare, —
« même s'il ne porte pas sur son bord rasé autre chose que de
« folles herbes et des herbages ondulants, qui regardent passer le
« fleuve, — sauf lorsque, par ci par là, se trouve quelque bouquet
fait de primevères, trop lasses pour attirer une abeille fatiguée. »
Cet amour sentimental, et quasi filial, de Browning pour ce pays, ne devait pas durer : il allait, sous peu, être remplacé par l’amour plus rationnel pour le pays de la raison et de l’Art, le pays de Dante : l'Italie.
(05) « Your very hair, when mixed, is of one hue. » (« Paracelse », 1-51, cf. III-99.)
(06) Id., III-24-29. « And Michael's face, still wears that quiet and peculiar light », etc. etc.
(107) Id., 111-188. « Her carols dropt like flakes », etc...
(108) Id., III-24. « Sing alone, bird-like. »
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Nous avons également dans Paracelse le décor plus somptueux d’autres pays, celui de l'Orient, tel le superbe passage où l’on voit le soleil se coucher derrière les minarets de Constantinople. (Scène IIL.)
Cependant, dans le poème, la conception que se fait Browning de la Nature, n’est déjà plus celle qui apparaît dans « Pauline ». Les tableaux sont ici en communion plus étroite avec les sentiments des personnages. Il suffit d'examiner à ce point de vue le début de la première scène où se trouve la description du jardin dans lequel sont réunis Paracelse, Festus et Michaelle, la veille du départ de Paracelse, lorsqu'il est sur le point de quitter la vie paisible de ses amis :
« Ce royaume, limité uniquement par un vieux mur, vert et « populewr, qu'habitent les mouches constamment affairées, les « criquets gris, les lézards timides et les agiles araignées, où sont « les familles des mousses aux fils d'argent, et qui, vus de prés, « ressemblent à un champ de chaume, ou à un fourré de cannes « à sucre, Où à un marais de roseaux blanchis au soleil. » (I. Vers
Il en est de même dans la scène finale de la scène I où le soleil se couche dans une splendeur parfaite, en conformité avec la radieuse vision qu’entrevoit Paracelse et qui le transporte d’allégresse.
Dans la scène III, pour marquer le découragement de Paracelse, les nuages s’amoncellent, le vent gémit et l'aspect du ciel dépourvu d'étoiles est hivernal et désolé.
Comparer encore dans la scène III. Vers 1001-1040 et scène V, vers 3 : Gray morning glimmers ; 342 : St Saviour’s spire flames.
Dans toutes ces descriptions l’adjectif qui accompagne le nom est déjà pittoresque, bien varié et précis. Voir par exemple : DroopnG vines, CREAKING trees, PEEPING blooms ; POPULAR GREEN Wall ; EVER-BUSY flies: &REY crickets, say lizards; QuICK spiders; SILVER-THREADED moss; PAINTED snail : GLossy balls, etc. (I. Vers 25-50).