‹ La Jeunesse de Robert BrowningChapitre 93 sur 183 · LE COTÉ HISTORIQUE ET LA DOCTRINE DU POÈME · texte numérisé non relu

LE COTÉ HISTORIQUE ET LA DOCTRINE DU POÈME

On vient de voir que Browning en dépeignant le « Paracelse » de l’histoire n’a pas servilement suivi les légendes qui existaient à son sujet ; il n’a pris d’abord que ce qu’il y avait de peu ordinaire dans latmosphère du siècle, que la quantité nécessaire pour l’entourer d’une auréole de mystère; — l'élaboration de son portrait avait été précédée

ones

d’un travail préliminaire. Il avait trouvé dans la bibliothèque de son père les œuvres complètes du savant et les avait lues à fond. Avec l’intuition du génie, il n’en retira que ce qui pouvait aider à faire comprendre au lecteur la rareté et la hauteur exceptionnelle de cet esprit. Il fait ressortir dans les brèves notes qu’il a ajoutées à son poème, que son personnage a été manifestement calomnié. Paracelse, à ses yeux, était supérieur, même très supérieur à son temps. Génial découvreur des véritables secrets de la nature, mais honni par ses contemporains,

— c’est le cas de tous ceux qui devancent leur siècle, parce qu’il les comprend mal, — il eut le mérite extrême de rompre hardiment avec tout le passé et le Moyen-Age, ne craignant pas d'attaquer de face toute apparence même de fourberie, de duplicité ou de fausseté ! Il brava la bassesse des attaques de ses adversaires affichant invariable-

- ment la haïne des charlatans, de la magie, de la sorcellerie.

: Browning en fait un idéaliste, au carrefour du Moyen-Age et de la Renaïssance, rempli d’aspirations élevées, mais entaché de défauts incontestables : orgueil, vanité, sensualité. Il n’hésite pas à mettre en

. relief les faiblesses de son caractère, tout autant que l’élévation de son

génie ; son illuminisme qui refuse toute louange, comme tout amour.

Il en donne comme conséquences infaillibles la revanche que prend la

vie sur lui, ses cruelles déceptions, ses humiliations jusqu’au moment

où le dépit de se voir bafoué et injustement méprisé, fait de lui ce qui

- lui répugnait tant naguère : un charlatan. L’acharnement et la stupidité de ceux qui l'entourent amènent en lui le mépris de la foule, au point

- qu’il se croit dans l'obligation de la punir en la trompant. La déchéance

- presque totale de son idéal antérieur nous est rendue tout à fait sen-

sible, par la monomanie constante de ses examens de conscience, d’où

découle un fond d’ironie et d’amertume inépuisable.

Mais s’il a pris tant de précautions pour bien mettre en relief la maladie profonde de cette âme, c’est pour mieux encore en faire ressortir la guérison complète. Avant de mourir, Paracelse retrouve la véri- table joie grâce à son humilité sincère, et nous émerveille par l'éclat de sa radieuse vision finale où il atteint la conviction inébranlable et suprême que Dieu est amour, que la vie implique le progrès éternel... Le visionnaire se console des erreurs du Passé à la vue de l'Avenir qui s'ouvre à lui, et il disparaît à nos yeux dans une apothéose de bonheur pet d’exaltation causée par la certitude de la paix qui lui est désormais

assurée.

&. Ainsi Browning, tout en conservant les traits les plus caractéris-

| tiques du personnage historique, le fonds et l’atmosphère générale de

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