MILSAND CRITIQUE DE « PARACELSE
« Paracelse », à l’époque de sa parution, 1835, avait passé à peu près inaperçu en France (282). Ce fut seulement en 1851 et en 1956 que deux articles, dus à la plume exercée d’un écrivain éminent,
(281) Browning a repris la question de l’Evolution dans le cinquième livre de « Sordello », voir notamment vers 20-70. Voir encore « Hohenstiel Swangau » et « Francesco Furini ».
(282) Voir Introduction, page 17.
furent écrits sur l’œuvre du poète. En effet, Milsand (283) fit paraître le premier dans la Revwe des Deux Mondes, le 15 août, et l’autre dans la Revue Contemporaine en septembre 1856.
Le mérite qu’il eut, seul entre tous ses compatriotes, de juger avec discernement l’œuvre du poète, était d’autant plus grand qu’à ce moment les deux hommes étaient inconnus l’un de Pautre.
Milsand consacre à peu près la moitié de son premier article à l'examen de « Paracelse » et c’est cette partie de son étude que nous nous proposons d'examiner pour faire voir ce qu’il en pense.
Il montre, dès les premières lignes de son article, toute la sympathie qu’il éprouve pour l’œuvre du jeune poète. Il découvre en lui une personnalité rare et originale au point qu’il hésite à le juger avec les formules ordinaires de la critique. « Ce serait 1à un non-sens », dit-il.
Pour le faire connaître, il faut se créer « une nomenclature toute nouvelle ». La tâche est lourde mais l’auteur anglais présente une occasion de faire sur nature une étude si particulière qu’il est difficile de ne pas aller où le sujet vous pousse. Pour mieux faire comprendre sa pensée, il emprunte une citation à « Pippa Passe » où un artiste écrit à un prélat pour déclarer que le seul moyen d’échapper à la banalité c’est d'abandonner les voies routinières.
« Jusqu'à ce jour je n'avais jamais eu d'idéal clairement arrêté dans la tête. Depuis que je manie le ciseau je n'ai fait que m'exercer à reproduire des types imaginés par d’autres, et l'habileté que j'ai acquise dans cette pratique ne me laisse aucune chance d'arriver par la sculpture ; car, malgré moi, ma main continuerait par routine à reproduire les anciennes formes. Il me reste une seule ressource, c’est d’abandonner le ciseau et de prendre la palette pour pouvoir mettre une main vierge au service d’un idéal virginal. » « Tête folle », remarque le prélat connaisseur, « il se peut qu’il échoue, probablement il fera un magnifique fiasco, mais, qui sait ? S’il devait naître un nouveau peintre, peut-être est-ce ainsi qu’il naîtraït, en sortant d’un musicien ou d’un poète, de quelque esprit enfin qui transporterait dans la peinture l'idéal
(283) Milsand né en 1818 ne connut Browning qu’en 1852. Sa famille était originaire de la Nouvelle Angleterre d’où elle avait émigré en 1718 pour s’installer à Dijon. Il aurait voulu devenir artiste peintre. Dans ce but, il étudia les œuvres de Ruskin sur qui il écrivait une de ses meilleures études : l’Esthétique Anglaise. Fervent catholique, il finit par adopter le Protestantisme. Séduit par la poésie de Tennyson, il fit sur lui un premier article dans la Repue des Deux Mondes, et fut ainsi amené à parler de Browning dans * son second article, qui parut un mois avant que celui-ci partit pour Paris où il rencontra le critique au mois de janvier 1852.