‹ La Jeunesse de Robespierre et la convocation des États généraux en ArtoisChapitre 10 sur 111 · Erreur, 8 février · texte numérisé non relu

Erreur, 8 février

au nombre des jeunes filles qui formaient la population de cet asile de l'enfance pauvre : « Charlotte de Robespierre, native d'Arras ; Henriette-Eulalie-Françoise de Robespierre, native d'Arras » ; et en note de ce dernier nom, on lit : « Pourvue par ordre de la Cour de Bruxelles » .

Qu'était-ce que cet ordre de la Cour, et dans quelles cir constances la faveur royale s'était-elle étendue sur la sœur de Maximilien ?

Au mois de mai 177 1, Henriette de Robespierre avait été placée aux Manarres comme pensionnaire, en attendant qu'une bourse devînt vacante. Or, en 1773, le commissaire chargé d'examiner les comptes de la ville de Tournai remarqua que la plupart des jeunes filles admises gratuitement aux Manarres étaient étrangères. Sur le rapport qu'il adressa au gouvernement, un décret du Conseil des finances interdit au Père recteur des Jésuites d'admettre, à l'avenir, des aspirantes nées ailleurs qu'à Tournai. Cette mesure était funeste à Henriette de Robespierre. Ses protecteurs rédigèrent une supplique 1 qui fut communiquée au Père

1. c A Messeigneurs, Messeigneurs les Trésorier-général, conseillera el commis des domaine» el tlnances de S. U. l'Impératrice douairière et Aeine apostolique de Hongrie, de Bohème, elc

t supplie en très-profond respect Henrlelle-Josèpbe de Robespierre, native de la ville d'Arras, âgée de dix ans, disant que, dans l'espoir d'être reçue dans la fondation des demoiselles Manarre, en la ville de Touruay, ainsi que sa sœur l'a été, elle s'y serait mise en pension dès le mois de mai 1771 et y aurait demeuré jusqu'à présent, et fait tous les devoirs auxquels sont tenues les pourvues de cette fondation à la satisfaction des supérieurs. Il est cependant que, quoiqu'il y ait une place qui doit être vacante vers le mots de juillet prochain, les administrateurs d'icelle font difficulté de la recevoir, y obstanl certain règlement, par lequel il serait dit qu'il n'y aurait que les sujets de votre sacrée Majesté qui y seraient admis; mais, comme il ne s'en présente point jusqu'à présent, et que celui qui doit en sortir e>t aussi un sujet étranger qui y a été reçu, elle prend la très-respectueuse liberté de s'adresser à Vos Seigneuries illustrissimes, Messeigneurs, pour qu'il vous plaise, preuant favorable égard aux frais de pension qu'elle a payés depuis ledit jour, 3 mài 1771, et aux qualités utiles et avantageuses qu'elle possède pour le bien de la maison, permettre aux administrateurs d'y recevoir la suppliante aux charges ordinaires. C'est la grâce..., etc.»

recteur et au Magistrat. Ils répondirent « qu'ils ne connaissaient que de bonnes qualités en la suppliante ». Le Conseil privé, consulté à son tour, émit aussi un avis favorable." Le prince Charles de Lorraine, gouverneur des Pays-Bas, permit alors que la jeune Henriette fût pourvue de la bourse qui allait devenir vacante

Étrange destinée que celle de Robespierre, et quel prix notre vieille société, monarchique et chrétienne, retirera un jour de ses bienfaits ! Un an après que sa sœur Charlotte était admise gratuitement dans une maison d'éducation fondée par la charité, il recevait d'un abbé de Saint-Vaast la faveur d'une éducation libérale.

On sait à combien d'œuvres utiles l'Abbaye royale de Saint-Vaast, lorsqu'elle n'était pas mise en commende et scandaleusement exploitée par des prélats de cour, consacrait le revenu de ses immenses richesses. Nicolas Le Caudrelier, abbé régulier, avait fondé à Paris, en 1308, une maison d'enseignement à laquelle il avait donné le nom de Collège d'Arras, et qui permettait aux élèves les plus éminents de cette ville de poursuivre leurs études auprès de l'Université, réputée alors le foyer des lumières. Au XVIIIe siècle, ce collège avait cessé de prospérer. Le roi Louis XV ayant réuni au collège Louis-le-Grand les boursiers des maisons où n'existait plus le plein exercice, une transaction du 5 juillet 1701 affecta à l'ancien collège d'Arras huit bourses du nouvel établissement, dont quatre à la nomination de l'abbé de Saint-Vaast *.

1. Bulletin de ? Académie royale de Belgique, 18i0, t. I. p. 145, et Bulletin de lu Société historique et littéraire de Tournai, t. 11, p. 944.

2. Vingt-sept collège furent ainsi annexés a Louis-le-Grand. Le prix deleors bien», qui furent vendus, produisit un capital de quatre cent cinquante mille livres de rente, sur lequel on pourvut à l'entretien des bourses. Le nombre des boursiers.quiiïtail d'abord de 18L,fut bientôt porté à 414 et finit pars'élever à600.

Obtenir une de ces bourses, telle était la perspective à laide de laquelle on stimulait au travail le jeune Maximilien. Ses tantes profitèrent de leurs relations avec un chanoine de la cathédrale, M. Aymé, pour le recommander à Dom Briois d'IIulluch, abbé régulier de Saint-Vaast (1749- 1780). Leurs démarches furent couronnées de succès. A l'ouverture de Tannée scolaire 1769-1770, Maximilien fut admis comme boursier de Saint-Vaast, dans la classe de cinquième, au collège Louis-le-Grand. Il était âgé de onze ans.

Ce ne fut pas sans appréhension que M,ks de Robespierre se séparèrent de leur enfant d'adoption. Se préoccupant des dangers que pouvaient courir les sentiments religieux qu'elles s'étaient efforcées de lui inspirer, ces pieuses filles le recommandèrent à un chanoine du Chapitre de Notre- Dame de Paris, M. de la Roche, qui était leur parent. Maximilien devait trouver en lui « un protecteur et un mentor, et malheureusement, le perdre au bout de deux ans 1 ». Une autre femme poussait plus loin ses pressentiments maternels : « J'ose espérer, Monsieur », écrivait au préfet des études de Louis-le-Grand M™ Mercier, belle-sœur de M. Mercier, chanoine d'Arras, « qu'à toutes les bontés que vous avez déjà eues pour mon fils, vous voudrez bien ajouter encore celle de surveiller un peu ses sociétés, et surtout de lui interdire toute fréquentation avec le jeune Robespierre, qui, soit dit entre nous, ne promet pas un bon sujet 2 » .

Elève distingué dans ses études, mais sujet fort médiocre, tel en effet se montrera Robespierre pendant son séjour à Louis-le-Grand. L'instruction développera les facultés de son intelligence; l'éducation ne réussira point à faire croître dans son cœur les qualités morales sans lesquelles l'esprit le plus cultivé n'est souvent qu'un instrument dangereux. •

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