‹ La Jeunesse de Robespierre et la convocation des États généraux en ArtoisChapitre 12 sur 111 · Louis XVI et ses vertus, t. J, p. U8 et · texte numérisé non relu

Louis XVI et ses vertus, t. J, p. U8 et

4. Une lettre de Robespierre à l'abbé Proyart. alors retiré à Saint-Denis, montre avec quelle sécheresse orgueilleuse le boursier de Saint- Vaast, le protégé de l évéque d'Arras savait solliciter un bienfait :

« Paris, ce 11 avril 1778.

« Monsieur,

c J'apprends que l'Évèque d'Arras est à Paris, et je "désirerais bien le voir;

Il est vrai qu'au moment où Maximilien s'attirait ainsi l'animad version de l'abbé Proyart, l'esprit du collège Louisle-Grand se transformait. La vigueur de la discipline s'était relâchée sous l'influence de plusieurs causes. D'après la constitution même de ce collège, l'autorité du principal sur les boursiers, qui formaient la majorité des élèves, était presque nominale. Il ne pouvait expulser un boursier sans lui faire son procès devant un conseil composé des hauts dignitaires de l'Université, soumis par voie d'appel au Parlement de Paris. L'abbé Poignard d'Enthieuloye, qui avait remplacé l'abbé Gardin démissionnaire, était « un homme de bien, mais faible dans ses mesures ». Il tolérait, notamment, que d'Alcmbert entretînt des relations avec plusieurs élèves du collège Louis-le-Grand. Sous l'influence de l'esprit dissolvant qui pénétrait du dehors dans la docte maison, une révolution intérieure amena la démission de l'abbé Poignard ; il fut suivi dans sa retraite par presque tous les maîtres. Le nouveau principal, Denis Bérardier docteur en Sorbonne et syndic de la Faculté de théologie de Paris, favorisa l'établissement d'un régime de « tolérance » en rapport avec l'esprit général du siècle.

A partir de ce moment, Robespierre, débarrassé de toute contrainte, cessa de remplir ses devoirs religieux. Élève de philosophie, il ne prêtait qu'une attention médiocre aux

« mais je n'ai point d'habit, et je manque de plusieurs choses, sans lesquelles je ne « puis sortir. J'espère que vous voudrez bien vous donner la peine de venir lui expo- « ter vous-même ma ditualion, afin d'obtenir de lui ce dont j'ai besoin pour paraître en c sa préseuce.

c Je suis avec respect, Monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.

« De Robespierre aîné. >

(L'abbé Proyart, p. «.)

1. Député à la Consumante, Bcrardier vota avec le côté droit. Ce fut lui qui donna la lifucdiction nuptiale à Camille Desmoulins, son ancien ttève. Il faillit périr dans les massacres de septembre, et mourut à Parts avant la On de 17S2

leçons de l'abbé Royou *, son professeur; il se passionnait pour les écrits de Rousseau. « Homme divin, écrira-t-il bfentôt, tu m'as appris ù me connaître ; bien jeune, tu m'as fait apprécier la dignité de ma uature et réfléchir aux grands principes de Tordre social.... Je t'ai vu dans tes derniers jours, et ce souvenir est pour moi la source d'une joie orgueilleuse. J'ai contemplé tes traits augustes; j'y ai vu l'empreinte des noirs chagrins auxquels t'avaient condamné les injustices des hommes a. » Cet extrait d'une dédicace adressée «t aux mânes du philosophe de Genève » nous montre que, « bien jeune », Robespierre était devenu le disciple du sophiste dont il mettra plus tard en pratique les théories sociales. Peut-être même faut-il conclure, avec Charlotte Robespierre, que Maximilien fut admis à l'honneur de contempler Jean-Jacques ! Cette entrevue se placerait au plus tard en 1778, puisque Rousseau mourut le 3 juillet de cette année \

Cependant la bourse de Saint- Vaast permettait à Robespierre de suivre les cours de théologie, de droit ou de médecine. Il opta pour les études qui devaient le préparer à la profession qu'avaient suivie ses i>ères et vers laquelle le portaient ses goûts naturels. On prétend qu'« il aima mieux cultiver l'éloquence du barreau qui conduit à la célébrité, que d'approfondir la science du droit qui rend l'homme de loi vraiment utile à la société. Il lisait les mémoires curieux, suivait les causes célèbres, et courait au palais entendre les

1. Fondateur du journal Y Ami du Roi, supprimé après le 10 août 1*793. 9. Mémoirt» d« Charlotte Robeipitrrt.

8. Jean-Jacques Bouaaeau, était fort 4 la mode paraît les jeunes gens, tarare Carnot, pendant qu'il était élève d'une école préparatoire pour le grnic militaire, avait résolu de lui porter, en compagnie d'un ramarade. le tribut de «a juvénile admiration, a Le philosophe reçut fort peu gracieusement se* je unes disciples et ne répondit à leur naïve affection que par des rebuffades » — Mémoires tur Carnot, par son 01s. Pa^iicrre, iwîi.

plaidoyers d'apparat * ». Quoi qu'il en soit de ces préférences pour l'art oratoire, il est certain que Robespierre ne sacrifiait point aux audiences du palais le temps nécessaire à la préparation des examens. En moins de trois ans, il conquit tous ses grades. Il obtint en effet le 31 juillet 1780 ses lettres de baccalauréat en droit ; le 15 mai 1781, son diplôme de licence, et le 2 août suivant, il fut reçu avocat au Parlement de Paris. .

Les derniers succès de Robespierre lui assurèrent un témoignage particulier de bienveillance. Chaque année, l'excédant des revenus du collège était employé en récompenses que les administrateurs accordaient aux boursiers qui s'étaient distingues dans le cours de leurs études. Le 19 juillet, sur le rapport de l'abbé Bérardier, Robespierre obtint une gratification de six cents livres. La délibération prise à ce sujet par le bureau d'administration de Louis-le-Grand et des collèges réunis forme avec le jugement émis par l'abbé Proyart un contraste qui équivaudrait à un démenti, si l'on ne songeait que les accusations de ce dernier portaient sur des points qu'il jugeait essentiels en fait d'éducation, et que Bérardier, enclin à une excessive indulgence et appréciant avant tout le succès scolaire, regardait comme fort accessoires.

« Sur le compte rendu par M. le principal des talents éminents du sieur de Robespierres , boursier du collège d'Amis, lequel est sur le point de terminer son cours d'étude, de sa bonne conduite pendant douze années et de ses succès dans le cours de ses classes, tant aux distributions des prix de l'Université qu'aux examens de philosophie et de droit, le bureau a unanimement accordé au dit sieur de Robespierres une gratification de la somme de six cents

l.L'abbè Proyart.

livres, laquelle lui sera payée par M. le grand-maître, des deniers du collège d'Arras, et ladite somme sera allouée à . M. le grand-maitre dans son compte, en rapportant expédition de la présente délibération et la quittance dudit sieur de Robespierres 1 . »

Cette récompense ne devait pas seulement servir à assurer les frais de premier établissement du jeune avocat ; les éloges qui accompagnaient là gratification autorisèrent Maximilien à se présenter au prince-cardinal de Rohan, abbé commendataire de Saint- Vaast (1780), pour le prier d'accorder à son frère Augustin la bourse dont il avait joui *. Le prélat le reçut avec la plus grande bonté et accueillit favorablement sa requête V Tout souriait au jeune lauréat, lorsque, pourvu de son diplôme et riche d'espérances, il reprit le chemin du pays natal.

1. Recueil de toutes les Délibérations importantes prises depuis 176 J par le bureau d'administration du collège Louis-le-Grund et des collèges réunis. Paris, 1781, p. 218.

c Pendant la Terreur, le collège Louis-le-Grand eut la gloire de rester seul ouvert. Il n'échappa ni aux troubles, ni aux désordres ; il fut toujours néanmoins un centre d'éludés.... En 1792, les Marseillais furent logés provisoirement dans les classes du rez-de-ebaussèe... Bientôt après, le bâtiment du Belvédère, dans la cour du bassin, au centre même du collège, fut converti en prison. Robespierre y fut amené au o tbermidor ; mais le geôlier refusa de l'incarcérer, elon le transféra au Luxembourg. » — Émond, Histoire du collège Lotiis-le-Gramt.

2. Augustin de Robespierre avait alors dix-huit ans; ii avait commence ses éludes à Douai; il entra au collège Louisle-Crand comme élève de seconde.

S. Mémoires de Charlotte Robetpierrs.

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