‹ La Jeunesse de Robespierre et la convocation des États généraux en ArtoisChapitre 27 sur 111 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

L'Académie royale des belles-lettres d'Arras, fondée en 1737 et organisée définitivement le 9 juillet 1773, avait pour objet de « travailler à connaître les principes, le génie, le goût et les délicatesses de la langue française et d'approfondir Thistoire » . Elle comptait trente membres résidants et un nombre illimité de membres honoraires. Un directeur et un chancelier élus pour un an, et un secrétaire dont les fonctions étaient perpétuelles formaient le bureau de cette société. Les académiciens ordinaires se réunissaient chaque semaine ; ils tenaient une assemblée publique la veille du dimanche des Rameaux.

1. Les principales sources auxquelles nous avons puisé pour celle parlie de noire travail sont : 1° Les Mémoires de l'Académie impériale d'Arras ; les procès-verbaux manuscrits de l'ancienne Académie royale des belles lettres d'Arras ; i* deux volumes : Séances de l'Académie d'Arras de 1786 a 1188. et Journal de l' Académie ù' Ai m s de 1785 à P89, écrits par M. Dubois de Fo»seux, secrétaire perpétuel de l'Académie; 4° Statuts et autres documents relatif* à r Académie d'Arras de 1737 à 1822 ; 6» A Imanachs historiques d'Artois et Mercure royal. — Les manuscrits n- 3 et 4 font partie de la riebe collection que H. Laroche a bien voulu mettre à notre disposition.

L'Académie d'Arras était entourée d'une considération qu'elle devait à l'honorabilité personnelle de ses membres, au mérite de ses travaux et à l'excellent esprit qui l'animait. En 1782, les Etatsd' Artois lui avaient donné un témoignage particulier d'estime en décidant que, chaque année, une médaille d'or de cinq cent livres serait décernée par ses soins au meilleur mémoire sur un sujet d'histoire, d'économie rurale ou de commerce..

Robespierre entra à l'Académie d'Arras le 15 novembre 1783 ; le succès qu'il avait obtenu dans le procès du paratonnerre et le patronage de MM. Buissart et de Fosseux lui en ouvrirent les portes. II remplaçait M. de Crespiœul aîné, avocat au Conseil d'Artois

11 fut élu en même temps que M. Ansart, médecin, et M. Le Sage, son confrère au barreau, avocat du Roi à la Gouvernance. Les nouveaux académiciens prononcèrent leur discours de réception dans la séance publique du 21 avril 178 Après les remerciements d'usage, auxquels

répondit M. Du Qucsnoy, avocat et échevin, faisant fonctions de directeur, ils traitèrent chacun un sujet particulier. M. Le Sage s'éleva contre « l'abus des talents et indiqua les raisons qui devaient engager les écrivains à se proposer, dans toutes leurs productions, un but d'utilité ». M. Ansart entreprit de démontrer « que l'air atmosphérique est une substance élémentaire, et non un composé d'acide nitreux, de terre et de phlogistique, comme le prétendait Priestley » . La physique, sur ce point, était encore à l'état d'enfance. Maximilien de Robespierre signala « l'origine, l'injustice et les inconvénients du préjugé qui fait rejaillir sur les parents des criminels l'infamie attachée à leur supplice ».

La séance lut terminée par la lecture d une Ode à la

1. Membre de la société des sa foi:d.-»lion, H. de Crespiœul était déride le 1« mai

Sauté, par M. Harduin, secrétaire perpétuel, et par une dissertation badine de M. Dubois de Fosseux sur « la langue des femmes » . — Ajoutons, à titre de curiosité historique, que dans la même réunion l'Académie accorda à M. Ilerman, avocat, le prix proposé en 1783 sur cette question d'agriculture : « Toutes les terres de l'Artois sont-elles propres à être ensemencées chaque année, et quelle serait la méthode à suivre pour faire produire des récoltes tous les ans avec avantage à celles qu'on jugerait utile de dessoler ? » M. Ilerman avait établi « que toutes les terres de la province étaient susceptibles d'un rapport annuel ; il avait indiqué les moyens de parvenir à ce but. » L'avocat-agronome était réservé à d'autres destinées * !

La question que Robespierre avait examinée était mise au concours par la Société royale des arts et des sciences de Metz sous la forme suivante : « Quelle est l'origine de l'opinion qui étend sur tous les individus d'une même famille une partie de la honte attachée aux peines infamantes que subit un coupable ? Cette opinion est-elle plus nuisible qu'utile ? Et, dans le cas où l'on déciderait pour l'affirmative, quels seraient les moyens de parer aux inconvénients qui en résultent ? » Le jcuue académicien, jaloux de justifier la distinction dont il venait d'être l'objet, compléta le

1. Il.*rm.ii), nu du gnflkr des EiâU «l'Artois él-il ui- à Saint-Pot. Il avait été reçu avocat au Cnn>« il d'Artois le 96 juillet l~*>:i. En Il (ut nommé, en reuiplaaiinnl de M. Iluberl de lu Hâve, substitut de l'avocat général au Conseil d'Artois. Il prit alors le nom d'Herman de Boiswarin. — bés que la Révolution triat.1. Ilerman mardi i vn av atit. Ju^e au tribunal du dislru t ( j, pré>Uenl des ,\ mis tJe la toiistitution. membre du Conseil Rimerai de la Commune et du Imvctoiiv du deparlm.» ut, président du tribunal criminel d'Arras «•m iiot»> p.ir Robespierre Comme « homme ét tain* et probe, capable des

plu» hauts emploie ». il fut appelé, le -.8 septembre l'i/J, a la présidence du tribunal révolutionnaire de Paris II dirigea les débats d~* proce* de la Reine, des Giroudii», de Danton... Il mourut sur l'écbafaud le I» lloréal an III p mal 1195).

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