‹ La Jeunesse de Robespierre et la convocation des États généraux en ArtoisChapitre 29 sur 111 · Mémoires de l'Académie d*. la Sn>nmr( 183*1 et · texte numérisé non relu

Mémoires de l'Académie d*. la Sn>nmr( 183*1 et

1. Députe «1* Paris à l'Assemblée Consumante, président du Tiers-Etat, inaire de Paris, Bailly fui ronJamné à mort le )0 no\embre 17U3.

3. Par M. ., avocat en Parlement. — A Londres, et se trouve à Paris, chez Hoyez. libraire, quai des Augustins. ei chez les marchands de nouveautés, de 4K pages.

lier. Le 18 décembre, il fut désigné pour accompagner le comte de Galametz, directeur en exercice, chargé de complimenter M. Briois de Beaumetz, membre de l'Académie, qui succédait à son père en qualité de premier président du Conseil d'Artois ». Le 10 janvier 1786, M. Dubois de Fosseux, secrétaire perpétuel de l'Académie a, à qui il avait envoyé, comme hommage, un exemplaire de YÉloge de Grcsset, lui répondit par une épitre en vers dans laquelle il protesta contre l'arrêt de l'Académie d'Amiens :

Du chantre de Vert- Vert je prisais les talents : Mon oreille, attentive à ses tendres accents, Ne pouvait se lasser d'écouler cette lyre

1. U directeur de l'Académie adressa les discours suivants à M. le premier Président et à M"« la première Présidente :

« Monsieur,

« Les corps et les citoyens «le cette ville s'empressent de vous féliciter, et ils le font avec d'autant plus de satisfaction que jamais on ne parvint à une dignité sous de plus heureux auspices. Placé k la tète d'un corps dont votre respectable père a fait les dé» lices pendant plus de trente ans, vous jouissez de la douceur de le remplacer sans avoir en l'amertume de le perdre.

« Les membres du Conseil d'Artois, accordant leur confiance et leor amour à l'héritier de ses vertus, croiront n'avoir pas changé de chef , et vous, Monsieur, vou? proliférez du double avantage de n'avoir pas besoin de conseils, et de trouver toujours dans le meilleur des pères nn tendre ami prêt à vous en donner.

« L'Académie, qui se fait gloire de compter parmi ses membres le respectable père d'un aimable fils, le vertueux fils d'un aimable père, a l'honneur de vous exprimer la part qu'elle prend à un événement qui cause en ce jour la félicité publique.

« Madame,

« Les corps littéraires, en offrant leurs hommages aux personnes de votre sexe, souvent ne font fumer leur encens que sur l'autel des Grâces ; l'Académie, plus heureuse aujourd'hui, en sacrifiant aux Grâces, peut aussi Lire brûler le sien sur l'autel des Muscs; elle n'ignore pas, Madame, qu'aucune d'elles ne vous est étrangère, et que, non contente de cultiver les talcnls dont sont douées ces augustes filles de Mémoire, vous |i ur formez des élèves. C'est ainsi que, préparant les délassements des pénibles travaux auxquels votre époux va se livrer, vous lui ferez trouver dans la douce société de son épouse et dans les progrès d>* ses enfants formés par une mère tendre, attentive et instruite, la récompense des bienfaits dont il nous fera jouir. »

2. M. Dubois de Fosseux remplaçait Rarduin, décédé le 4 septembre 1785. RolH-spierre fit partie de la commission de douze membres qui assistèrent, 1«» 12 décembre, au service funèbre que l'Académie fit célébrer pour le repos de son Ame dans l'église des Dominicains.

Que n'inspira jamais un coupable délire.

Mais combien il paraît plus sublime à mes yeux

Depuis que, possesseur d'un écrit précieux,

Je puis, guidé par toi, mieux régler mon suffrage.

Quoi ! ce touchant éloge où tu lui rends hommage,

Où tu peins son esprit, son style intéressant,

A ses concitoyens parut insuffisant !

Qu'ils craignent que, par eux, sa cendre révérée

N'obtienne pas la gloire à Gresset préparée.

Que fallait-il de plus pour l'honneur d'un mortel ?

Pour l'honneur de Gresset fallait-il un autel ?

Mais contre cet arrêt tandis que je réclame,

Cet arrêt rigoureux n'irrite point ton ùme.

Pleinement insensible à sa sévérité,

Tu ne veux pour vengeur que la postérité.

Je parle de vengeur, et cette modestie,

La compagne fidèle et le sceau du génie,

Daigne te prodiguer son soin consolateur,

Et porte un calme pur dans le fond de ton cœur.

Ne va pas cependant vouloir priver ta tête

Des lauriers immortels que la gloire t'apprête.

Songe, tu le dois, songe à ces infortunés,

A la honte, à l'opprobre, aux affronts condamnés :

Ils t'invoquaient tout bas au sein de l'infamie ;

Ils demandaient la mort, tu les rends u la vie.

Un préjugé cruel s'évanouit à ta voix ;

Son fatal pouvoir cède à. de plus douces lois. •

Va, poursuis tu carrière ; une telle victoire

Te permet de monter au Temple de Mémoire.

Oubliant toutefois tes destins glorieux,

Sur mon obscurité tu viens porter les yeux,

Et dans mon cœur le tien demande à trouver place.

C'est acte de justice, et tu l'appelles grâce ;

Tu n'oses prononcer ce nom doux et flatteur

Qui convient à ta bouche et convient à ton cœur.

Ne crains rien : dans mes bras vole avec assurance ;

Appui des malheureux, vengeur de l'innocence,

Tu vis pour la vertu, pour la douce amitié,

Et tu peux de mon cœur exiger la moitié

1. « Lorsque l'Éloge de Gresset eut été livré à l'impression, mon frère en envoya un exemplaire à chacun Je ses amis, qui le remercièrent en prose et en

Dans ces vers improvisés, qui renfermaient de sages conseils sous la forme d'éloges hyperboliques, le secrétaire de l'Académie exprimait des sentiments que ses collègues partageaient. Le 4 février 1780, « d'une voix unanime », ils choisirent Kobespierre pour remplacer le comte de Galametz, directeur sortant'. Enivré de louanges et d'honneurs, Robespierre devait se considérer comme un être supérieur aux simples mortels. A l'Académie aussi bien qu'au Barreau, il se dessina bientôt sous son vrai jour.

La séance publique du 2G avril 1780, consacrée à la réception de M. Le Gay, avocat, avait été continuée au lendemain a. Kobespierre en fit l'ouverture et a lut une dissertation sur cette partie de la législation qui règle l'état et le sort des bâtards ». — On sait que l'ancien droit rejetait les enfants naturels en dehors de la famille : ils étaient frappés • de l'incapacité absolue de succéder à leurs auteurs et même de recevoir d'eux des legs ou dons considérables; ils ne pouvaient prétendre qu'à des aliments. Malgré cet état d'infé-

vers. J'ai conservé une copie des vers de M. de Fo&seux. » — Charlotte Robespierre : Mémoires

« Le secrétaire a reçu, de la pari de M« de Robespierre, un exemplaire de son Èloy* de Greiict et une lettre a ce sujet. Il lui a répondu par la pièce de vers faisant le nu m. S5 de sa correspondance. *—Jaurnul de {'Académie, 16 janvier

178rt.

I L'assemblée était composée de MM. Binot, Cauwel, ri'Hendecourt, Buissarl, LeSage.de Ruzè, de la Comté. Le Gay, de Fosseux, Matlielin, Lenglel.— L'honneur fait à Robespierre n'avait rien d'insolite. Suivant un usage plein de courtois^, l'Académie plaçait habituellement à sa téic un membre nouvellement élu. Ainsi M. RuUsart. reçu en 1777, devint directeur en 1780; M Ericis de B'aumelz, reçu en 1778, fut nommé directeur en 17S1. MM. Le Sage el Ansarl, qui étaient entrés a l'Académie en même t mps que Robespierre, lui succédèrent comme directeurs, l'un en 1787, laulre en 1788.

Le -2â février 1786, le comte de Galamelz. directeur, Robespierre, chancelier, et de Fosseux, secrétaire, furent chargés rie présenter aux DépuUs ordinaires les questions proposes pour le prix de 1788.

■2. « En présence de M. l'abbé de Saint-An lié, du marquis de Creny et de M. Uesmazières, députés ordinaires ries Étals, de M"*' de Tentas, d'Ilézéques, Le Riche, de M*' Buissarl, de M"« «le Robespierre et de plusieurs autres daines, d-i plusieurs autres citoyens, en moins grand nombre qu'hier, et de peu de militaires. »

riorité, s'ils étaient issus d'un père noble, ils jouissaient, du moins en Artois, de tous les privilèges des nobles légitimes, sauf les armes qu'ils devaient barrer de gauche à droite, au lieu de mettre la bande de la droite à la gauche de l'écu. — L'Académie de Metz avait mis au concours pour 178G le sujet suivant : « Quels sont les moyens, compatibles avec les bonnes mœurs, d'assurer la conservation des bâtards et d'en tirer une plus grande utilité pour l'État 1 ?» Le mémoire dont Robespierre offrit la primeur à ses concitoyens, et qui était destiné, selon toute vraisemblance, au concours ouvert à Metz, n'a point été conservé. A défaut du texte, si l'on veut rechercher par voie indirecte quelle opinion Robespierre professait au sujet des bâtards, on reconnaîtra dans ses idées, à deux ans d'intervalle, un changement analogue à celui que nous avons constaté en faisant l'examen de ses mémoires judiciaires.

« Je ne proposerai pas, avait-il dit en 1784 *, d'accorder aux bâtards les droits de famille et de les appeler avec les enfants légitimes à la succession de leurs parents : non, pour l'intérêt des mœurs, pour la dignité du lien conjugal, ne souffrons pas que les fruits d'une union illicite viennent partager avec les enfants de la loi les honneurs et le patrimoine des familles auxquelles ils sont étrangers à ses yeux; laissons au cœur des citoyens qu'égare l'ivresse des passions la douleur salutaire de ne pouvoir prodiguer librement toutes les preuves de leur tendresse aux gages d'un amour que la vertu n'approuve pas ; ne leur permettons pas de goûter toutes les douceurs attachées au titre de père, s'ils n'ont pas plié leur tête sous le joug sacré du mariage.... » Or, en 1780, Robespierre manifesta pour les bâtards une vive sym-

I. Lettre de Ucrptelle au Mtmurt de France, num. du o0 décembre 178.S. î. Memnin» couronné H Mrtz.

lu

patine. Lors de sa réception dans la société des Kosati, nous verrons un de ses confrères le félicitera d'avoir élevé la voix avec éloquence contre une erreur de la législation qui privait d'une partie des droits communs à tous les citoyens l'enfant malheureux auquel se cachent inhumainement un père et une mère également honteux de sa naissance 1 ».

Les considérations développées par Robespierre avaient dépassé en étendue les limites consacrées par l'usage et les convenances académiques. Le procès-verbal relate en effet que « cette lecture dura sept quarts d'heure, et que la séance se prolongea de quatre heures et un quart à huit heures et un quart ». Ce fut à peine si l'on trouva place pour la réception de M. Lcnglet, avocat, qui lui lut un essai sur le droit naturel et politique, et pour l'éloge de M. Harduin, secrétaire perpétuel, présenté par M. Dubois de Fosseux, son successeur. L'Académie craignitsans doute que l'exemple de prolixité donné par Robespierre re devînt contagieux. Elle arrêta que « désormais les discours lus aux séances publiques ne seraient plus que d une demie heure de lecture » ! 1) décembre 1786). Dans la même séance, on procéda à la nomination des commissaires chargés de l'examen des mémoires envoyés au concours : Robespierre fut élu membre de la commission avec MM. Binot, trésorier des chartes d'Artois, et Le Sage, avocat ; mais il n'obtint que six voix sur quatorze votants \

Robespierre ne sut pas dissimuler son mécontentement.

1. Discoure à M. de Robespierre par M. Le Gay. — Voir livre vi.

ï. Le U mars 1787, de Robespierre, directeur. An»art, chancelier, et de Fosseux, secrétaire, arrêtèrent avec ies députes ordinaires des États, D. Allart. abbé de Saint-André, et M. Desnaaiières, les sujets à mettre au concours pour 1789 : 1* donner les moyens de multiplier les bâtes a laine dans la province d'Artois; 2* indiquer les moyens de rendre invariables les bornes cham-

L usage voulait que, dans la séance publique de la Société littéraire d'Arras, le directeur et le chancelier fissent lecture d'un discours composé pour la circonstance. Le 14 avril 1787, le secrétaire annonça à l'Académie, « de la part de M. de Robespierre, que ses affaires et sa santé ne lui avaient pas permis de faire le discours qu'il devait prononcer le mercredi siùvant en qualité de directeur » . Cette abstention était d'autant plus inopportune que la commission chargée d'examiner les mémoires envoyés au concours n'avait pas de rapport à présenter, aucun prix n'étant décerné \ A défaut de Robespierre, MM. de Champmorin, major au coq>s royal du génie, Le Gay et Lenglet firent les honneurs delà séance publique tenue le 18 avril 1787 a. M. de Champmorin célébra les vertus et les talents du maréchal de Vauban ; M. Le Gay lut une pièce de vers : Le père d'un supplicié à son ami f qui rappelait d'une manière flatteuse pour Robespierre la thèse couronnée par l'Académie de Metz. M. Lenglet disserta sur les moyens d'encourager le mariage.... et ne trouva rien de mieux à faire que d'encourager le divorce.

1. Les questions mises aa concours étaient les suivantes : 1° Quelles furent autrefois les différentes branches de commerce dans les contrées qui forment présentement la province d'Artois, en remontant même au temps des Gaulois ? Quelles ont été les causes de leur décadence, et quels seraient les moyens de les rétablir, notamment les manufactures de la ville d'Arras?

2» Est-Il avantageux de réduire le nombre des chemins dans le territoire des villages de la province d'Artois et de donner à ceux que l'on conserverait une largeur suffisante pour être plantés ? indiquer, dans le cas de l'affirmative, les moyens d'opérer celle réduction.

Aucun prix ne fut décerné. — Le premier sujet avait été traité par trois concurrents. L'Académie jugea qu'aucun d'eux n'avait mer i lé le prix ; elle accorda une mention honorable à H. llennebert, chanoine de Saint- Orner, auteur de Yllùioire <T Artois. Sur le second sujet on accorda la même mention à M. Delegorgue jeune, avocat à Arras.

S. « En présence de D. Allart, abbé de Saint-André, et de M. Desmazières, députés ordinaires des Etats, de vingt daines et d'un grand nombre de citoyens et de militaires. »

Cependant Robespierre ne pouvait sacrifier entièrement les devoirs de sa charge à son amour inopiné du silence. Deux académiciens honoraires,récemment nommés ', avaient envoyé à l'Académie leur discours de remerciements. Le directeur devait y répondre ; une circonstance particulière aurait rendu son mutisme fort incivil : on recevait à l'Académie, en même temps que M. le baron de Courset, M"' de Kéralio.

Le baron de Courset, ancien capitaine de cavalerie, était adonné à la botanique ; il avait enrichi les jardins du château de Courset d'arbres et d'arbrisseaux tirés de l'Amérique méridionale et du Midi de la France, avait publié divers « mémoires sur l'agriculture du Boulonnais et des cantons maritimes voisins », et travaillait à comi>oser une Flore Boulonnaise. M. de Courset consacra son discours de réception à l'éloge de la nature. Robespierre, a jugeant le cœur et les inclinations de M. de Courset d'après les divers tableaux qu'il avait tracés, assura qu'il était aussi digne de la place qu'il avait obtenue par ses connaissances que par sa façon de penser, et conclut que ceux qui connaissaient la vie et les ouvrages de M. de Courset pourraient envier à la

1. Trente-neuf aspirants au titre d'académicien honoraire avaient été présentés en 1787. On en avait admis quinze. On comptait parmi eux l'abbe Lamourette, de Frévent, docteur en théologie, il lit hommage A l'Académie des ouvrages suivants : La philosophie de t incrédulité ; Considération* sur l'esprit et les devoirs de la vie religieuse, dédiées A Madame Louise de France, religieuse carmélite de Saint-Denis. Dans son discours de réception, il félicita l'Académie d'Arrasc de s'être conservée saine et incorruptible au milieu de cette secousse philosophique qui avait fait chanceler tous les principes, dénaturé toutes les régies, obscurci toutes les vérités et substitué A nos certitudes les plus chères et à nos espérances les plus nécessaires les doutes le* plus désolants et les plus ténébreux. > L'abbé Lamourette céda bientôt à la secousse révolutionnaire. 11 fournit à Mirabeau la matière de ses discours sur le* questions religieuses. Evéque constitutionnel de Lyon, il fut appelé par le département de Saone-et-Loire A l'Assemblée législative. Emprisonné A la Conciergerie avec l'abbé Kmery, il rétracta ses erreurs. Il mourut sur l'échafaud le 10 janvier IW.

fois son bonheur et ses talents. — Le tout dura quinze minutes », ajoute le procès- verbal.

Après ce compliment banal, Robespierre célébra, en style galant, les louanges de M"6 de Kéralio. Louise-Félicité Guynement de Kéralio était fille d'un littérateur breton. L'histoire d'ÉIisabeth d'Angleterre et divers romans, moins que médiocres, formaient son bagage littéraire. Elle avait commencé à publier les « œuvres des Dames Françaises », collection en trente-six volumes, qui devait être suivie des « meilleurs ouvrages des femmes Italiennes et Anglaises » en trente-six autres volumes ! Le jour même où M"' de Kéralio avait été reçue membre honoraire de l'Académie d'Arras, le poète Le Gay, qui l'avait présentée, avait pris le coche et s'était rendu à Paris tout exprès pour lui porter la bonne nouvelle.

Mnt de Kéralio ne brillait point par la simplicité . Elle avait entrepris de tracer, dans son discours de réception-, le « plan d'une histoire générale des mœurs de l'homme et des progrès de ses connaissances ' » .

Robespierre fit une réponse « très-ample » à ce discours. Il « félicita la compagnie d'avoir admis au nombre de ses membres une femme qui, à l'intérêt puissant que devaient exciter et les productions de son esprit et les qualités de sa personne, joignait encore l'avantage de porter un nom dès longtemps illustré par de grands talents, et surtout par le mérite d'un père respectable dont elle avait rappelé le souvenir d'une manière aussi noble que touchante ». Il prit occasion de cet événement pour examiner s'il était utile en général d'admettre les femmes dans les sociétés littéraires, et développa les avantages qu'il croyait attachés à cette in-

1 . « U— Robert, cl-devant lin* de Kéralio, Louis-Félix Gainement, son père, ci-devant de Kéralio, François Robert, son mari », rédigèrent en 1789-1791 le ilercurt nitional, journal démocratique très- favorable à Robespierre.

stitiition : « Rassembler les talents divers que la nature semblait avoir partagés entre les deux sexes ; attacher à la fréquentation assidue des assemblées un intérêt puissant qui rendrait à leurs travaux leur première activité, en même temps qu'elle leur prêterait des charmes jusqu'alors inconnus ; exciter l'émulation par le désir d'obtenir le suffrage de ces juges intéressants », tels étaient les heureux effets attachés nécessairement à l'admission des femmes dans les académies. D'après ces considérations, l'orateur a invita son siècle et son pays à rendre aux femmes des privilèges aussi utiles à l'humanité que glorieux pour elles-mêmes; il exhorta les académiciens à les adopter, et les femmes, surtout ses concitoyennes, à ne point dédaigner les lettres, mais à se souvenir qu'elles sont les protectrices naturelles des talents, et que le Ciel ne leur a point prodigué les dons qui les embellissent pour être dans l'univers une vaine décoration, mais pour concourir au bonheur et à la gloire de la société '. »

La réponse de M. de Robespierre avait duré vingt-cinq minutes, et la séance quatre heures. On fut obligé de fixer au *25 mai une seconde séance publique pour la réception de deux académiciens destinés à une grande célébrité : MM. de Marescot et de Carnot, ofiieiers au corps royal du génie, élus d'une voix unanime, les 3 mai et 10 mars 1787 a. M. de Carnot lut une thèse de métaphysique sur « le pouvoir de l'habitude », qu'il parut considérer comme base principale

I. M"* Le Masson le Coin, du cercle des Pbiladelpbes du Cap français, figure, à coté de M"« de Kéralio, sur U liste des membres honoraires de l'Académie d'Arras : elle s'occupait principalement d liistoire naturelle.

9. Carnot ne prit aucune part aux travaux de l'Académie. Nous le retrouverons aux JtoMfi. Nous donnerons alors quelques détails sur la première partie de sa vie.

Marescot résida à Arras, comme lieutenant, de i:s*. à l"87.

de la morale universelle. Évidemment, il était moins fort en philosophie qu'en tactique. L'honneur de lui répondre appartint à M. Ansart, médecin, qui remplaçait Robespierre en qualité de directeur. M. de Marcscot, attaché depuis sa nomination à l'état-major d'Avcsnes-cn-llainaut, avait demandé à conserver le titre d'académicien honoraire. Son discours de remerciements (coup d'œil sur les connaissances humaines embrassait les sciences, les arts et les lettres ; de omni re scibili... Peu de temps après, il fit hommage à l'Académie de la traduction en vers d'une comédie héroïque de Métastase : Achille à Scyros.

Robespierre, en cessant d'être directeur de l'Académie, avait laissé refroidir son zèle ; le premier rang était le seul qui lui convint. Dans le cours de deux années, les procèsverbaux ne relatent sa présence qu'à huit séances ordinaires. 11 prit deux fois seulement la parole en public. Le *2 avril 1788, il lut des « réflexions sur la jurisprudence criminelle ». Le 9 janvier 1781), le duc de Guines, qui venait d'être nommé gouverneur de l'Artois, et qui avait accepté, comme ses prédécesseurs, le titre de protecteur de l'Académie \ voulut bien présider une séance tenue en son honneur. M. Le Sage, directeur en exercice, lui adressa ses remerciements; M. de ( hampmorin récita une ode à sa louange; M. de Fosseux, toujours enclin au badinage, traduisit un manuscrit chinois dans lequel le duc de Guines était transformé en mandarin : « Après plusieurs générations, lui disait-il, les pères, instruits par leurs pères, entretenaient encore leurs enfants des bienfaits et des vertus du gouverneur-citoyen ». Robespierre eut son tour : « Il présenta à M. le duc de Guines le tableau des avantages que

1. L'Académie tenait *es séances dans l'nôlcl du Gouvernement.

la province d'Artois pouvait attendre des vertus et des talents supérieurs du gouverneur-citoyen qui l'avait illustre, avant d'être appelé à l'administrer pour prix des preuves touchantes et multipliées qu'elle lui avait données de son amour et de sa constance. »

À partir du 27 février 1789, Robespierre cessa de paraître aux réunions de l'Académie. Ce n'était pas qu'il eût entièrement renonce aux travaux littéraires : il consacrait ses loisirs à écrire l'éloge funèbre du président Dupaty, mort à Paris le 17 septembre 1788 \

Charles Dupaty, nomme à vingt-six ans avocat général au parlement de Bordeaux, s'était « placé au premier rang parmi les antagonistes du vieil édifice de la magistrature et parmi les propagateurs des idées de changement et de réformes ' ». La part qu'il avait prise, en 1770, à la lutte des cours souveraines contre la monarchie avait amené sa disgrâce. Enfermé au château de Pierre-Encise, il n'était sorti de prison qu'à l'avènement de Louis XVI ; il avait reçu alors, comme dédommagement, une charge de président à mortier au Parlement de Bordeaux. Sans s'arrêter dans ses plans de réforme, et avec une ardeur parfois excessive, il avait combattu, dans ses Réflexions historiques sur la loi criminelle et dans ses Lettres sur la procédure criminelle de France, les vices de notre ancienne législation pénale. En 1786, il avait pris généreusement en main la défense de trois malheureux, condamnés par arrêt du parlement de

1 . Éloge de messirt Charles-Muryuerile-JeaH-B«iitisle Mercier Dupaty, président à mortier au Parlement de Botdeaux, par M. R..., a\ocat en Parlement.

Multie ille bonie flebilit occidit.

Nulli flebitior quant mihi.

(I7f».*6pag. in-a«.)

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