‹ La Jeunesse de Robespierre et la convocation des États généraux en ArtoisChapitre 30 sur 111 · Bcrrycr, L«:ons cTcto'juencc judiciaire . art. Dupaty · texte numérisé non relu

Bcrrycr, L«:ons cTcto'juencc judiciaire . art. Dupaty

Paris au supplice de la roue. Le mémoire anonyme publié pour leur défense renfermait une critique tellement acerbe de la magistrature que le parlement de Paris, sur les conclusions de l'avocat général Séguier, ordonna qu'il fût brûlé par le bourreau. Néanmoins, l'éloquence déployée par Dupaty avait atteint le but : les trois accusés furent renvoyés absous.

Dupaty avait trouvé en Robespierre un disciple fervent. Mais comme les imitateurs reproduisent plus facilement les défauts de leur modèle qu'ils ne s'approprient ses qualités, l'avocat artésien, nous l avons vu, avait emprunté au magistrat réformateur la violence de ses attaques contre la jurisprudence criminelle et les tribunaux de répression, sans atteindre la vivacité, la clarté, l'énergie de sa discussion, sans ressentir et communiquer l'émotion, qui n'arrive au cœur du juge que lorsqu'elle sort du cœur de l'avocat.

On se rappelle que le mémoire publié par Robespierre en faveur des sieur et dame Page prévenus d'usure, et plusieurs fois imité de Dupaty, fut frapj>é de suppression par arrêt du Conseil d'Artois. Eut-il recours, à cette occasion, à l'ancien président à mortier dont l'œuvre avait subi le même sort? Lui demanda-t-il conseil ? Reçut-il de lui quelque confort ? Nous sommes autorisé à le croire.

Robespierre, en effet, déclare, en commençant son éloge de Dupaty, « qu'il paie à sa mémoire un tribut de reconnaissance et d'admiration ». Et plus loin, il ajoute : « En retraçant vos vertus, j'ai moins cherché à ajouter un nouveau lustre a votre gloire qu'à satisfaire un besoin de mon cœur, celui de la reconnaissance. Mon âme était flétrie par le malheur, et vous y avez fait descendre l'espoir consolant; vous m'avez fait oublier de longues infortunes ; vous avez été pour moi une seconde Providence. »

- loi -

Quoi qu'il en soit de ces conjectures, comme l'éloge de Gresset nous a fuit connaître les principes et les sentiments dont Robespierre faisait montre en 1785, l'éloge de Dupaty est un véritable miroir dans lequel il apparait, quatre ans plus tard, avec sa physionomie véritable. Admirateur passionné de Rousseau, il se plaît à nous montrer Dupaty « méditant les ouvrages de cet écrivain célèbre, dont les lumières ont tant influé sur celles de son siècle, et qui a si bien tressé la chaîne par où sont liés les sujets avec les souverains, les nations avec les nations. » Criminaliste philanthrope, il félicite Dupaty d'avoir a dénoncé à la nation les attentats de notre législation criminelle, qui s'est beaucoup occupée des accusateurs et presque point des accusés, qui semble avoir été faite pour un peuple barbare, et non pour un peuple doux et civilisé. Il ne nous est plus permis, ajoute-t-il, de nous endormir sur le sein de tant d'abus révoltants, aujourd'hui que notre souverain, uniquement occupé du bonheur de son peuple, nous invite à venir déposer dans son cœur paternel

le sujet de nos plaintes C'est le moment de mettre sous

ses yeux tous les vices dont nos lois criminelles sont infectées, tous les pleurs qu'elles ont arrachés à l'innocence, tout le sang qu'elles ont injustement répandu sur les échafauds. »

Nous ne doutons pas que Robespierre fut sincère dans l'expression de ses vœux; mais il nous découvre lui-même les passions de l'homme qui mettront à néant les spéculations du publiciste. Dévoré par l'envie, il voit partout des envieux. Ainsi, dès la première page de l'éloge qu'il consacre à Dupaty : « Je ne crains pas, dit-il, que Yenvie se soulève ici contre moi ; celui qu elle a poursuivi n'est plus ; elle doit donc se taire, et c'est maintenant à la vérité seule qu'il appartient de se faire entendre. » — De même, lorsqu'il représente Dupaty, avocat général en Parlement de Bordeaux, sur le point d'être exilé : « Celui qui aspire à la

gloire d'être utile a ses concitoyens.... doit croire que la haine et la vengeance se ligueront avec l'envie pour le perdre. Telle a été de tout temps la destinée des grands hommes. » — Cependant l'avocat général disgracié a été nommé président de chambre par Louis XVI, « à qui l'amour du bien apprend, comme à tous les rois justes, le grand art de mettre chacun à sa place »; il rencontre l'opposition des magistrats que son amour d'innovations effraie. « Quoi ! l'en vie ferait-elle aussi couler son poison dans le cœur de ceux mêmes dont le premier devoir est de commander à toutes les passions ? » — Robespierre constate que les lettres sur l'Italie (impressions de voyage d'un esprit fort qui fait le bel esprit) ont été « beaucoup critiquées ; qu'on a même cherché à les déprécier ; c'est déjà, dit-il, d'un heureux présage. L'envie ne déchire que ce qu'elle croit pouvoir devenir un droit à la gloire et un titre aux hommages de la postérité. » — Enfin, Dupaty semble avoir atteint le comble du bonheur. « Chéri et respecté de sa famille, honoré par le suffrage de tous les gens de bien... il jouit déjà de cette gloire sur laquelle l'eneie ne peut rien, et à peine il est au milieu de sa carrière ! »

Dupaty n'avait pas seulement eu à combattre les « envieux » ; il s'était montré le protecteur des faibles contre les puissants. Oppresseurs et opprimés, ainsi se partage le monde aux yeux de son panégyriste.

« Vous qui l avez entendu,... dites si quelques considérations ont jamais pu lui faire négliger la défense du faible que le puissant voulait opprimer ; si le pauvre, à qui la cupidité du riche disputait les malheureux restes de ses dépouilles, n'a point trouvé en lui un soutien et un vengeur : dites avec quelle fermeté il pratiquait la vertu poursuivie par le vice ; de quels traits il peignait ces coups de l'autorité

arbitraire si effrayante pour la liberté, et qui, annonçant le renversement des lois, présagent la cbute prochaine des empires. »

Et déjà Robespierre, félicitant Dupaty au nom de ce grand principe : l'égalité devant la justice, d'avoir pesé, comme magistrat, tous les hommes dans la même balance, laisse entrevoir sur quel plateau il jettera bientôt le poids terrible de sa haine :

« Dans le rang où M. Dupaty vient d'être élevé, il fixe surtout ses regards sur cette classe malheureuse de citoyens qui n'est comptée pour rien dans la société, tandis qu'elle lui prodigue ses peines et ses sueurs, que l'opulence regarde avec dédain, que l'orgueil appelle la lie du peuple, mais à qui la justice doit une protection d'autant plus spéciale qu'elle est son seul soutien et son seul appui ».

S'il célèbre le désintéressement, la générosité, la compassion de Dupaty envers les malheureux, ne croyez pas qu'il songe à exciter ni la gratitude des uns, ni la bienfaisance des autres. La reconnaissance humilie ; il en dispense le pauvre; quant au riche, il lui fait la leçon avec une dureté qui sent la menace :

a Vous, leur dit-il, qui faites payer si cher les secours que le besoin vous arrache à force d'importunités, qui vous récriez sans cesse contre la foule des infortunés qui fatigue vos yeux, venez apprendre ù rougir de votre insensibilité ! Savez-vous pourquoi il y a tant d'indigents? C'est parce que vous tenez toutes les richesses dans vos mains avides. Pourquoi ce père, cette mère et ces enfants sont exposés à toutes les saisons, sans toit qui les couvre, souffrant les horreurs de la faim ? C'est parce que vous habitez des maisons somptueuses où votre or appelle tous les arts pour servir votre mollesse et occuper votre oisiveté; c'est parce que votre luxe dévore en un jour la substance d'un millier d'hommes. »

L'heure était venue où les mauvais sentiments que révèle ee langage allaient se traduire en actes.

Rohespierre ne jugea pas à propos de donner lecture de l'éloge de Dupaty à l'Académie d'Arras \ Il le fit imprimer sans l'avoir communiqué à ses confrères : il cherchait le succès sur un autre théâtre. Avant de l'y accompagner, arrêtons-nous un instant chez les Hosali.

1. Les séances hebdomadaires de l'Académie d Arras furent suspendues I» 4 mars 1791. A cette dernière réunion, l'assemblée n'était composée que de six membres : MM. de Rui<>. Dubois de Fo>seux, Fruleux, Du Quesnoy, Lenglet et d'Hautevilie. Le 1* août 1793. la Convention, au nom do l'Egalité, supprima toutes les Académies. En exécution de celte loi, le district d'Arras arrêta, le 18 septembre, que les scellés seraient apposés sur le* portes des appartements occupés par la ci-devant société littéraire d'Arras. Le 94 brumaire an III. la somme de 550 livres 4 sols 6 deniers, restant en caisse, fut versée par le ci -devant secrétaire perpétuel entre les mains du receveur des domaines, comme propriété nationale. Les mémoires et papiers restés en sa possession furent remis au citoyen Isnardi, ci-devant oratorien, bibliothécaire de la ville.

Telle fut la On do l'Académie royale des Belles-Lettres d'Arras. Pendant la Terreur, treize de ses membres furent emprisonnés ; deux moururent en état d'arrestation ; quatre autres, MM. Le Sergeant d'Hendecourl, Fruleux de Souciiez, le comte de Lannoy et fioucquel de la Comté, portèrent leur léte sur l'éctiafaud. Et lorsque, le 22 mars 1817, l'Académie d'Arras sortit de ses ruines, on ne trouva que cinq membres de l'ancienne société qui eussent survécu aux orages de la Révolution. C étaient MM. de Grandval, d'Haulcville, de Calamclz, Ansarlet Buissarl.

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