LIVRE VII
Louis XVI, en devenant roi, avait accepté une succession fort onéreuse. Toutes les institutions, tous les corps de l'État avaient besoin d être régénérés. La monarchie française avait été transformée par Richelieu et Louis XIV en gouvernement absolu. Les principes de liberté politique que la féodalité renfermait en germe, et dont le développement aurait donné naissance à ce régime parlementaire dont jouissait l'Angleterre, avaient été étouffés au profit de la royauté. Depuis 16 M, les États généraux, investis du droit de consentir l'impôt, n'avaient plus été convoqués ; excepté dans les pays d'États », qui avaient réussi à conserver une situation privilégiée, les Assemblées provinciales avaient disparu. Les Communes n'avaient pas trouvé grâce devant un système de concentration poussé à l'excès : elles avaient perdu le droit, aussi ancien que leur existence, de choisir librement leurs officiers municipaux. Par des raisons fiscales, on avait transformé les charges de mayeur et d'é-
]. Bretagne, Provence, Flandre, Arlois, Daiipliiné, Hainaul, C*mbrési9,comlé .le Poix .
chevins en offices, et le principe électoral n'avait survécu que dans les villes assez riches pour en opérer le rachat. Non-seulement le ltoi gouvernait en maître souverain, mais, dans toutes les provinces auxquelles le régime des Intendants avait pu être imposé, on peut dire qu'il administrait sans la moindre participation du pays à ses affaires. (Je mode de gouvernement, si contraire à la loi historique de notre passé, et dont le règne de Louis XV avait montré au grand jour la valeur, avait complètement faussé nos institutions. La Magistrature, à qui appartenait l'enregistrement des lois, s était arrogé, sous ce prétexte, un véritable droit de veto; soutenue par la faveur populaire, elle avait entrepris une lutte ouverte contre les envahissements de la Monarchie, et avait changé l'enceinte du Parlement en arène politique. La haute Noblesse, n'ayant aucun rôle politique à remplir dans l'État, oubliait au milieu des plaisirs et des intrigues de cour que la grandeur morale et le dévouement au bien public constituent la force et la raison detre des aristocraties. Le Clergé n'avait pas un moindre besoin de réforme : a les richesses, le luxe et la pente générale des esprits vers le relâchement avaient fait décliner ce grand corps » A côté des ordres privilégiés, la Bourgeoisie avait grandi ; enrichie par le travail, active et intelligente, elle supportait avec une impatience jalouse son rôle trop effacé, et manifestait des prétentions qu'un pamphlet célèbre allait bientôt accentuer ainsi : « Qu'est-ce que le Tiers-État? — Tout. — Qu'a-t-il été jusqu'à présent dans Tordre politique?— Rien ! — Que demande-t-il à devenir ? — Quelque chose.
Le péril créé par ces vices d'organisation n'était pas comparable à celui qui résultait du désordre croissant des