‹ La Jeunesse de Robespierre et la convocation des États généraux en ArtoisChapitre 56 sur 111 · il. île Moulalenibcrl, les M<int d'Occident · texte numérisé non relu

il. île Moulalenibcrl, les M<int d'Occident

« Plus de eommende ; que et» soif l'Ktat qui on jouisse y», lilairville : « Que le Roi s'attribue les cuinniendcs et pensions ecclésiastiques ; ce parti est juste ; il ne vexe en rien les religieux; il est au contraire à leur avantage, puisqu'il leur donnera des supérieurs qui seront au milieu d'eux ». — Cambligneul : « Que les revenus des commendes soient portes dans les coffres du Uoi pour combler le déficit ». Capelle : « Que le Uoi retire dans ses caisses le lot abbatial des abbayes en eommende, etc., etc. » Partout le même cri se répète.

("est ainsi qu'un usage déplorable contre lequel les abbayes avaient constamment protesté, et que l'Kglise et la Royauté auraient du supprimer de concert, fit naître la première idée de consacrer au public, avec une injustice manifeste, des richesses très-légitimement acquises, mais dont le revenu était détourné de sa destination primitive. La confiscation des biens ecclésiastiques, cette profonde atteinte portée au droit de propriété, était contenue en germe dans les doléances que nous venons de résumer. Ainsi les abus appellent les réformes; et quand les réformes ne sont pas opérées par ceux qui ont mission de les accomplir, les révolutions arrivent, détruisant à la fois et les abus et le droit.

L'exemple dos eommendataires était contagieux : les gros bénéliciors de l'Artois percevaient les revenus de leur titre sans demeurer au siège de leur bénéfice, lilairville exigeait que la résidence fût pour eux obligatoire : « Leur consommation fera circuler l'argent ; témoins de la misère des pauvres, ils seront portés à les soulager ; le pauvre, à son twur, pénétré de reconnaissance, ^cmpressi-ra d'imiter les vertus dont ils lui donneront la leçon ». — Xeuvireuil exprimait le même vœu, et faisait valoir les même.; ia. iîi '.'>.— u. Lo Aitc-iriH, déclarait Saint-Aubin, veulent éne cuniii-

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niés et rétablis dans leurs privilèges ; que nuls autres que des Artésiens ne se mêlent de leurs affaires. Cette loi de l'Artois est très-importante à rappeler, dans ce moment, pour Tordre du Clergé, qui parait être destiné à n'avoir pour dignitaires que des étrangers, malheur que la province doit prévenir. » Beaucoup de paroisses proposaient d'attribuer aux pauvres le revenu des bénéfices, après six mois d'absence du titulaire. Bourlon allait plus loin, et demandait que les bénéfices simples, ou forains, fussent supprimés, et leurs biens employés à fonder des hôpitaux pour les enfants trouvés et les fous ; que les bénéliciers viagers n'ayant pas charge d'àmes payassent à l'État un tiers de leur revenu au delà de deux mille quatre cents livres, et que cet emprunt forcé fût imposé aux abbayes de filles qui jouissaient annuellement de plus de vingt-cinq mille livres

Les quarante-neuf commissaires chargés de réduire en un seul cahier les remontrances de la ville et des paroisses qui avaient usé du droit d'exprimer leurs vœux suivirent le plan atlopté par rassemblée du Tiers-Etat : doléances générales au royaume, doléances particulières à la province, doléances particulières de la ville d'Amis concernant la police ; elles y ajoutèrent les doléances de diverses communautés relatives à des questions d'intérêt privé.

Aux vingt-deux articles composant, dans le cahier d'Arras, les doléances générales au royaume, ils se contentèrent d'en ajouter cinq, ayant pour objet le maintien perpétuel de la Couronne dans la maison régnante, la Nation devant régler, en cas de minorité du Souverain, les questions de tutelle et de régence ; l'examen scrupuleux de la situation financière; la limitation de la durée des impôts au terme de

i. Archives départementales.

la tenue de* États généraux ; les mesures ù prendre eontre les abus de l'obéissance aveugle des militaires; la collation des grades au seul mérite, sans distinction entre gentilshommes et roturiers.

Les doléances particulières à la province prirent une plus grande extension. Après avoir réclamé le maintien des privilèges de T Artois et de sa constitution en pays d'États, r affranchissement des trois lieues limitrophes, l'abolition du droit de franc-fief et des impôts perçus au nom du lïoi sur les cuirs, les huiles, les savons..., les commissaires avaient cru devoir formuler tout un plan de réorganisation de ces malheureux Ktats que les attaques de Robespierre avaient achevé de rendre impopulaires.

La composition des Etats devait être modifiée comme suit : suppression des trois commissaires royaux ; nombre égal de députés pour le Tiers-Ktat à celui du Clergé et de la Noblesse réunis; choix des députés, moitié parmi les habitants des villes, moitié parmi ceux des campagnes ; élection des représentants de la Noblesse dans l'assemblée de tous les nobles domiciliés en Artois ; de ceux du Clergé, dans la réunion de tous les ecclésiastiques et des députés des différentes communautés religieuses. Dans ces Ktats réformés, le vote aurait lieu à la majorité, par tête et non par ordre ; un seul député, membre du Tiers, serait envoyé à la Cour; le nombre des députés ordinaires s'élèverait à quatre, dont deux choisis dans le Tiers-Ktat, tant à la campagne qu'à la ville ; aucune puissance coactive spéciale ne leur appartiendrait, les poursuites pour l'exécution des règlements et le recouvrement des impôts étant opérées par les voies de droit.

Les questions de finances et d'impôt étaient ainsi réglées: publicité des comptes des receveurs généraux et des budget* ; réduction du nombre des receveurs particuliers et sii]>

pression de leurs intérêts de finance ; appointements fixes pour le greffier; aucune gratification, sinon par des considérations de justice et à la majorité des trois quarts des voix; révision des comptes et des gratifications depuis quinze ans ; création d'une caisse d'amortissement. L'impôt devait être établi par les Etats et réparti également, môme en ce qui concernait la contribution à la milice. On demandait la réforme de l'impôt foncier établi sous le nom de vingtièmes et de centièmes, et de la ferme des boissons ; la suppression de la ferme sur les bêtes vives et du sol pour livre, qui équivalait à notre décime actuel ; l'abolition des octrois des villes. Quant aux impôts destinés aux dépenses de la province, on proposait d'établir, à la campagne, une contribution unique sur le sol ; à la ville, une contribution unique sur les charges de judicature, les maisons et les chevaux, carrosses, portes eochères, réputés choses de luxe.

La dîme, fixée à quatre pour cent, ne portait plus que sur les gros fruits ; les enclos en étaient exempts. On ajoutait aux charges consignées dans le cahier de la ville d'Arras l'entretien de la maison du clerc et l'érection en paroisse de toute succursale éloignée de l'église de plus d'une demi-lieue. La suppression de la commendc, l'attribution des bénéfices simples aux pauvres, la réserve des canonicats aux vieux curés, l'obligation de la résidence pour l'évêquc, les bénéficiers et le gouverneur, la remise des collèges aux abbayes, la suppression des droits gênants pour le commerce : péages, tonlieu, etc., la création de magasins de blé, l'interdiction de défricher les bois et les marais trouvaient place dans ce chapitre. Les commissaires rédacteurs demandaient ensuite le rachat des droits seigneuriaux, la suppression des banalités, des corvées, de la gaule, du planîis et du triage. A propos du droit dp chasse, ils honoraient le comte d'Oisy d'une mention particulière : a Vingt villages eirconvoisins

de Léeluse et d'Oisy, disaient-ils, élèvent des plaintes générales contre l'abus que font du droit de chasse les seigneurs de ces deux endroits. Tous ces villages, qui contiennent environ vingt mille mesures de terre, voient détruire chaque année l'espoir de leur récolte et manger par le gibier, qui excède de beaucoup celui des capitaineries royales, la valeur de vingt mille rasières de blé et autant d'autres grains. Le comte d'Oisy chasse habituellement avec des chevaux dans les avetis ; ses gardes, toujours armés, contre les dispositions des lois, ont tué plusieurs personnes, sous prétexte de veiller à la conservation des droits de leur maître. » Contre de tels abus, les rédacteurs du Cahier ne trouvaient d'autre remède que l'interdiction absolue des remises et garennes, et la faculté laissée à chaque propriétaire de chasser le gibier sur ses fonds.

L'administration de la Justice n'était pas oubliée : une seule coutume en Artois ; partage égal des fiefs ; abolition de la confiscation; réduction de Y appel h deux degrés; suppression des tribunaux ecclésiastiques (sauf pour la discipline), de la juridiction des Intendants et de la Maîtrise des eaux et forets ; création d'un tribunal de commerce à Arras; nouvelle "organisation du Conseil d'Artois, composé de magistrats artésiens, électifs, pris pour les deux tiers dans le barreau, gardiens de la constitution de la province, n'obtenant plus l'anoblissement du seul exercice de leurs fonctions, telles étaient les modifications que projetait la commission. Elles se complétaient, sous ce rapport, par la réintégration des communes des villes dans leur droit essentiel d'élire leurs oificiers municipaux. Les communautés de la campagne devaient également élire les hommes de fief des justices seigneuriales, la nomination du bailli, du procureur d'office et du greffier étant seule réservée au seigneur. Les États, le premier président et deux commis-

saires du Conseil d'Artois présentaient à la nomination du Roi les autres magistrats de la province.

Le cahier de doléances ainsi rédigé fut approuvé, le 3 avril, par l'assemblée du Tiers-État de la Gouvernance d'Arras. On procéda ensuite à la réduction au quart de tous les députés. Sur cent quatre-vingt-quatre, Robespierre fut élu le dixième \ On va voir qu'il mit à profit les dix-sept jours qui devaient s'écouler avant la réunion des trois ordres de la province et l'élection des députés aux États généraux.

Robespierre avait assisté, comme électeur, à la réunion des habitants d'Arras qui ne faisaient partie d'aucune corporation, et, comme député, aux assemblées du Tiers-État de la ville et de la Gouvernance. Son rôle ne s'était pas borné à signer des procès-verbaux, à rédiger les doléances des savetiers, à déclamer contre « l'oppression dans laquelle la ville d'Arras gémissait sous l'autorité du Magistrat ». Instigateur des divisions qui avaient troublé les séances du corps électoral, il apprit bientôt à ses concitoyens les efforts qu'il avait tentés dans l'intérêt de leur délivrance, et poursuivit contre les échevins d'Arras le système d'accusations qui lui avait si bien réussi à l'égard des États d'Artois. Sauf le Roi, pour qui il conservait un tendre amour, les représentants du pouvoir à tous les degrés étaient, à ses yeux, des suspects.

L'assemblée bailliagère d'Amis avait à peine terminé ses opérations, lorsqu'on répandit à profusion, dans les villages et dans la ville, un écrit intitulé : Les Ennemis de la Pairie démasqués )>ar le récit de ce qui s'est passé dans les assembles du Ticrs-Élat de la ville d'Arras. Robespierre était l'auteur de ce pamphlet, destiné à déconsidérer l'auto-

1. Un Robespierre, de Meurcbin (Pierre-François), fui élu le cenl qualrcvingl-deuxicme.

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rite municipale, a semer la haine du riche parmi les classes inférieures de la société et à préparer le succès de sa candidature aux prochaines élections. Il ne dissimulait pas qu'il poursuivait le premier de ces buts. « Le service le plus important que le zèle des concitoyens puisse rendre à la Patrie dans le moment décisif où nous sommes, disait-il, est de lui révéler le secret du complot tramé depuis longtemps par les hommes ambitieux qui tiennent à notre administration municipale et provinciale, pour perpétuer le régime oppressif sur lequel ils fondent leur autorité, leur fortune et leurs espérances ; je remplirai cet objet, autant qu'il est en moi, en mettant au grand jour la conduite de nos officiers municipaux en particulier dans les diverses assemblées du Tiers- Etat de la ville d'Arras où j'ai assisté ».

Avant d'entreprendre le récit de ce complot imaginaire, Robespierre avait soin de rappeler que les officiers municipaux, au lieu d'être élus par leurs concitoyens, étaient choisis par une commission des Ktats d'Artois; il ajoutait que, dans la dernière assemblée de ces Ktats, ils avaient reconnu l'illégalité de leurs pouvoirs, tout en ayant soin de les conserver; que, dominés par l'intérêt personnel, ils avaient dénié aux habitants des campagnes le droit d'avoir îles représentants dans l'administration provinciale; qu'unis aux deux autres ordres, ils avaient voulu, au mépris des principes de justice et d'égalité adoptés par le reste du royaume, que la nation Artésienne fût convoquée enVorps d'États. Cependant, il ne pouvait nier que, dans cette même assemblée, les députés du Tiers avaient demandé que le droit d'élire le< éehevins fût rendu aux communes; il trouvait moyen de tourner contre eux le vomi qu'ils avaient émis à ce sujet : « ils avaient voulu, prétendait-il, ramener l'abus qui existait avant que les Ktats se fussent rendus

acquéreurs des charges municipales érigées eu offices. Alors en effet les douze échevins en exercice, réunis à douze députés des corporations, choisissaient le nouveau Magistrat qui devait leur succéder. Or, quel était le sens du mot communes, dont Messieurs du Tiers s'étaient servi ? La Noblesse les ayant forcés de s'expliquer, ils avaient répondu que, par cette expression, ils entendaient les représentants et les habitants des villes. Depuis lors, à la vérité, ils avaient substitué au mot de représentants, qui annonçait l'idée du concours des échevins, celui de coqiorations ; mais c'était une reculade forcée. Leur intention, d'ailleurs, n'était pas sérieuse. Qu'avaient-ils fait pour l'exécution de leurs délibérations? La Chambre du Tiers-État avait bien nommé une commission composée de deux avocats échevins ; mais l'un d'eux, M. Lefebvre du Prey, n'avait pas quitté Arras ; l'autre, M. Liborel, s'était rendu dans la capitale pour y solliciter un procès assez considérable, et personne ne le soupçonnait de s'être occupé des intérêts de nos communes. Les arrêtés de la Chambre du Tiers n'étaient donc qu'un vain jargon destiné à nous endormir dans une fausse sécurité. »

Telle était la situation, lorsque rassemblée du *23 mars avait été convoquée. On se rappelle que, dans cette réunion électorale, les avocats s'étaient montrés en nombre, et avaient exercé une grande influence. Par quels motifs ne s'étaient-ils pas réunis en corporation pour nommer les députés du Barreau à l'assemblée du Tiers-Etat? Robespierre ' révélait le but de cette tactique : « 11 est bon d'observer ici que le samedi précédent, MM. les avocats s'étaient réunis pour délibérer sur la manière dont ils députeraient à l'assemblée du Tiers-État ; que MM. les quatre avocats échevins et d'autres membres de l'Ordre attachés à l'administration des États avaient opiné avec beaucoup de force, dans cette assemblée où ils avaient cru pouvoir voter comme avocats,

pour faire prévaloir le parti de nommer des députés particuliers comme corporation ; mais celui de se rendre à rassemblée du lundi pour choisir des représentants en commun avec la généralité des citoyens, soutenu par quelquesuns comme plus conforme à l'intérêt public et aux sentiments patriotiques qui devaient animer l'Ordre, fut en effet suivi.

a MM. les officiers municipaux, poursuivait Robespierre, même ceux qui appartiennent à Tordre de la Noblesse, parurent en corps dans cette assemblée, environnés de tout le cortège de leurs sergents et de leurs suppôts, décorés de tous les ornements de leur dignité. Ils se regardaient comme les présidents de cette assemblée, quoique cette prétention fut également contraire et au règlement sur la convocation aux États généraux et à la nature même de l'assemblée, qui n'était que la réunion d'une certaine classe de citoyens semblable à celle des corporations, qui ne pouvait reconnaître d'autres officiers que ceux qu'elle aurait elle-même choisis dans son sein. Ils paraissaient ardemment aspirer, non à la présidence, mais à l'empire, puisque déjà ils avaient annoncé, dans les papiers publics, que leur intention était de diviser l'assemblée par pelotons composés d'un certain nombre de personnes, qu'ils feraient sortir aussitôt qu'elles auraient donné leur suffrage pour la nomination de deux députés. On ne tarda pas à leur faire part des dispositions du public et à nommer un président et quatre commissaires, qui commencèrent aussitôt à recueillir les noms. »

Robespierre faisait observer que « l'assemblée était peu nombreuse; que les cavaliers de la Maréchaussée des États et plusieurs suppôts de cette administration formaient un groupe considérable, qui annonçait que telle personne, que Ton devinera sans qu'il soit besoin de la nommer, avait arrangé son plan sur le projet formé par MM. les officiers

municipaux de diviser rassemblée par pelotons. Le peuple qui redoutait l'effet de ces mesures, se plaignait, d'ailleurs, de voir dans l'assemblée un très-petit nombre de citoyens des classes inférieures qui, disaient-ils, avaient été écartés de l'assemblée par la crainte naturelle que lui inspirait la présence des échevins. Vers midi, un citoyen présenta aux commissaires le vœu du peuple, et il fut décidé que la séance serait remise à deux heures de l'après-midi, et que, pendant cet intervalle, elle serait annoncée à son de trompe. L'après-diner, l'assemblée était composée de près de six cents personnes : on continua l'opération commencée le matin... Pendant les deux séances, on avait vu un spectacle assez curieux : un homme public parcourant l'assemblée, caressant le peuple, changeant même quelquefois un confessionnal en une tribune aux harangues. Lorsqu'on eut achevé d'inscrire les noms, le zèle des bons citoyens leur dicta deux précautions que les circonstances semblaient exiger, pour prévenir la cabale qui avait éclaté d'une manière si évidente, »

Robespierre racontait les incidents relatifs au vote des échevins et à l'interdiction faite aux employés des Etats de voter en faveur du député ordinaire du Tiers. Il continuait ensuite son récit : « Pendant qu'on recueillait les suffrages, se sont présentés en troupes et en corps les divers suppôts des Etats et les charbonniers, dont la profession, comme on sait, dépend des députés de l'administration ; tous ont donné leur voix, l'un après l'autre, au député du Tiers et à d'autres personnes du même parti ; ils tenaient à la main des listes écrites de la même main, qu'ils ne savaient pas même lire; les uns avouaient naïvement qu'ils avaient recri un ordre exprès de venir voter ; les autres, après avoir nommé le député, se reliraient en déclarant, avec la même franchise, qu'ils avaient rempli leur tâche. »

Ainsi dès le premier exercice du droit de suffrage, Robespierre, se croyant peut être innocent de toute manœuvre, signalait les abus inhérents, hélas ! à ce régime électoral qu'il prônait naguère comme un remède infaillible à tous les maux de l'Artois, a On reçut leurs voix, ajoutait-il, bien déterminé à les déclarer nulles si elles étaient assez nombreuses pour remplir les vues de la cabale ; mais cette formalité ne fut pas nécessaire, parce que celui à qui elles avaient été données n'approcha pas même du but auquel sa faction voulait le conduire. Lorsque le résultat de l'élection fut proclamé, le Peuple fit éclater sa joie par des applaudissements multipliés, qui imposaient sans doute une grande tilche à ceux qu'il honorait de ces preuves touchantes et énergiques de sa confiance. »

Robespierre, élu du Peuple, avait rencontré de nouveau, dans la réunion du Tiers-État de la ville, ces officiers municipaux en qui il ne voyait plus que des ennemis de la Patrie. « MM. les officiers municipaux, à qui on laissa, mal à propos sans doute, la liberté de présider l'assemblée *, débutèrent par un acte digne de la conduite qu'ils avaient tenue le jour précédent. Lorsqu'il fut question de rédiger le préambule du procès-verbal, ils dictèrent au greffier une formule qui supposait que les députés de la ville d'Arras comparaissaient devant eux en l'assemblée du corps municipal. Quand bien munie on n'aurait pas pénétré les vues de leur politique particulière, qui les engageait à se regarder comme un corps exerçant une autorité supérieure à celle de la commune, ayant une existence indépendante de celle du

1. Lè droit des officiers municipaux ne pouvait ôtre contesté qu'avec une mauvaise foi évidente. L'art. a8du Règlement fait par le Roi portait expressément : c Les députés choisis dans les différentes assemblées particulières formeront, à Phôtel-de-ville et sous la présidence des officiers municipaux, l'assemblée du Tiers-Etat de la ville ».

Peuple même, assemblé par ses représentants, ceux-ci ne pouvaient oublier les droits et la dignité de leurs constituants au point d'adopter une énonciation aussi fausse et aussi déraisonnable. On leur représenta que l'assemblée n'était et ne pouvait être appelée que rassemblée du Tiers- État de la ville d'Arras. Aussitôt, MM. les échevins se lèvent/vont aux opinions, et au même instant, l'un d'eux prononce une sentence qui déclare que le préambule du procès-verbal restera tel qu'ils Pont dicté. »

Une assemblée tenue sous la présidence des ofliciers municipaux était-elle qualifiée à tort d'assemblée du corps municipal ? Robespierre attachait à cette querelle de mots une importance extrême, et accusait les échevins d'avoir a oublié le respect qu'ils devaient à la puissance souveraine, attenté à la liberté des délibérations et à la constitution même de l'assemblée ».

La vérification des pouvoirs avait donné lieu à un nouvel incident : « Un homme qui s'était constamment déclaré le champion de la cause échevinale avait invité les échevins à examiner scrupuleusement les pouvoirs de tous les députés. Déférer cette autorité aux ofliciers municipaux, c'était tout à la fois trahir le Peuple, insulter a. sa dignité et anéantir la Liberté. Aussi, d'une voix unanime, l'Assemblée avait-elle déclaré qu'elle reconnaissait la qualité de tous les membres qui la composaient. » La difficulté aplanie, on avait demandé encore une fois que la qualification d'assemblée du Tiers-État fût restituée au Tiers-État. Apres une heure entière de discussion, o.i avait recueilli les suffrages des députés qui, avec la même unanimité, s'étaient prononcés pour le changement proposé. Robespierre prétendait que « l'orateur principal de la municipalité avait fait essuyer alors à l'assemblée un nouveau torrent de déclamations; que sous la forme d'une protestation, il avait

lait écrire dans le procès-verbal une espèce de plaidoyer où, entre autres choses, il déclarait la délibération prise par les représentants du Tiers-Ktar nulle et incompétente ; que les membres du corps municipal appartenant à l'ordre du Tiers-État, et qui étaient au nombre de huit, avaient voulu avoir huit voix, prétention plus bizarre et plus injuste encore que celle (pii avait été élevée jusqu'alors; que cependant l'assemblée avait porté la condescendance au point de leur accorder deux voix.... ; que MM. les officiers municipaux s'étaient efforcés de subjuguer les opinions par la lecture d'une lettre ministérielle qu'ils prétendaient avoir reçue de M. le garde des sceaux. « ("était, selon Robespierre, le comble du scandale et de l'absurdité. Tour terminer ce combat ridicule, on avait recueilli les voix ; il avait été décidé unanimement que l'assemblée ne pouvait leur accorder (pie deux suffrages. »

On sait qu'à l'ouverture de la séance du t?7 mars, les officiers municipaux s'étaient plaints des préventions publiques dont ils croyaient être les victimes, et avaient donné lecture d'une décision du lieutenant général de la (ionvernance qui reconnaissait à chacun d'eux une voix individuelle. « Il eût fallu, disait Robespierre, entendre leur organe ordinaire confesser, avec ce ton indéfinissable, avec ces gestes convulsifs qu'il est impossible d'imiter , (pie MM. les échevins étaient douloureusement atfcctés des choses tristes, fâcheuses, désagréables, humiliantes qu'on leur imputait dans toute la ville! On leur répondit que les représentants du Peuple n'étaient point garants du jugement du publie, qu'il était également impossible de subjuguer ou de corrompre. » Quant à la <cwencc du lieutenant général, R V-e-picrre la qualifiait « de surprise clandestine, de mépris des premières règles de la justice et de la volonté du Roi. < 'était doue par ces attentats contre la

liberté, ajoutait-il, c'était par ces actes de révolte multipliés contre la Patrie que nos prétendus officiers municipaux cherchaient à reconquérir l'estime de leurs concitoyens ! »

La scène de la démission donnée par le Magistrat devenait pour Robespierre une nouvelle occasion de sarcasmes : « Messieurs les officiers municipaux reprennent le ton de la plainte ; pour faciliter l'effet de leur discours pathétique, ils descendent de leur siège, prennent des plumes sur le bureau, et déclarent à l'assemblée que, succombant à la douleur, il vont écrire l'acte de leur démission.... Ne craignez pas cependant que ce mouvement généreux les entraine trop loin ; la plume à la main, ils continuent d'entretenir le public de leur douleur On garde le silence ;

une ou deux voix seulement s'élèvent. Déconcertés, ils quittent ces plumes fatales qui semblent menacer à chaque instant de tracer leur abdication, déclarent qu'ils vont sortir pour délibérer, et se retirent dans une autre salle. On n'apercevait qu'un moyen, ou plutôt qu'un prodige, qui pût les sauver de la position embarrassante où ils s'étaient mis, c'était celui d'abdiquer leur dignité et de la retenir tout à la fois. Qui le croirait? ce prodige ne fut pas au-dessus de leur génie. En effet, après une demi-heure de délibération, ils rentrent; l'un d'eux, membre du corps de la Noblesse, donne lecture de l'acte par lequel ils déposent leurs pouvoirs entre les mains du mayeur, sauf à en continuer l'exercice jusqu'à leur remplacement. Voilà l'histoire de cette fameuse abdication, dont le public a ignoré les circonstances; qui, par cette raison, a concilié, à ce qu'on assure, au corps municipal une espèce de faveur et de commisération dans une classe nombreuse de citoyens, et qui a servi de prétexte à leurs partisans pour calomnier la fermeté de ceux qui avaient détendu la cause publique contre leur despotisme. Faisons donc; sur ce refus les observations qu'il présente à

tous les esprits raisonnables : MM. les officiers municipaux donnent leur prétendue démission entre les mains du mayeur, un des représentants de la commune ; c'est une injure faite au Peuple, un jeu grossièrement concerté, une parade ridicule. Quel est l'homme honnête qui pourra voir sans indignation et ce vil manège et cette caricature déplorable? »

Continuant le récit du complot tramé « par les ennemis de la Patrie », Robespierre arrivait enfin à la rédaction du cahier de doléances, et spécialement à la discussion motivée par l'article Wlll relatif à l'élection dès-officiers municipaux. « C' est ici, disait-il, (pie je viens démasquer avec franchise la faiblesse des amis pusillanimes qui ont abandonné la cause publique, et la lâcheté des âmes viles qui l'ont trahie. On mit en question si l'on ferait incessamment les démarches nécessaires pour rendre à la ville d'Arras le droit d élire les officiers municipaux ; plusieurs membres de rassemblée, oubliant sans doute qu'ils étaient dans rassemblée du Peuple et non dans une coterie particulière, saisirent l'occasion de déployer leur petitesse et leur courtoisie, en assurant Messieurs qu'on ne souffrirait pas (pie la ville perdit des magistrats aussi précieux, avant l'expiration du terme indiqué par la loi. On fit preuve d'une honnêteté bien édifiante envers M. le mayeur et les éehevins nobles, en arrêtant de demander que deux des officiers municipaux de la ville d'Arras et des autres villes de la province fussent nécessairement choisis dans l'ordre de la Noblesse. Cette étrange iv-^lution fut suivie d'une autre plus étrange encore : il fut décidé par une pluralité au moins apparente qu'il fallait nécessairement que le mayeur fût noble.

« Kî pourquoi vous en étonner? L'un des avocats éehevins bien trancher la ridicule question dont je viens de

parler par une plaisanterie que je vous laisserai le soin «l'apprécier. Tous les hommes doués de quelque raison purent à peine en croire leurs oreilles, lorsqu'ils entendirent sortir de sa bouche cette phrase bouffonne et incroyable : Lantillctte pourra donc aussi être mayeur? — Ce Lantillette, je l'avoue, était membre du corps des Savetiers, et je ne perdrai pas mon temps à vouloir prouver aux personnes que je viens de désigner qu'un homme de cet état est un citoyen, leur égal aux yeux des lois, et surtout dans rassemblée du Peuple. Je ne leur observerai pas que le corps auquel appartenait celui dont ils ne prononçaient le nom qu'avec dérision était représenté dans l'assemblée par deux députés, qui avaient les mêmes droits et le même caractère que les autres membres; que par conséquent cette saillie, qui dans toute autre occasion n'aurait été que plate, était ainsi une injure criminelle aux représentants de la commune et à la dignité du Peuple, beaucoup supérieure sans doute à la morgue éehevinale — Je parlerais un langage qui ne serait point entendu de ceux pour qui une place, un titre, une vaine décoration sont tout, et la Patrie, la liaison, l'Humanité, rien. Mais il sera compris par tous les bons citoyens ».

M. Dubois'de Fosseux, qui s'était rendu coupable de lèsemajesté envers le Peuple en parlant avec plaisanterie du savetier Lantillette, avait commis un autre crime : il avait détendu le corps échevinal contre les accusations de Messieurs les bouchers et de Messieurs les boulangers? Robespierre devait le ménager d'autant moins qu'il avait trouvé en lui, dans tout le cours de sa carrière, un protecteur fort • zélé ; non content de qualifier ses paroles de « déclamation pathétique, de dissertation aussi insignifiante qu'inintelligible, ce qu'aucun homme juste ne peut pardonner, ajout.tit-il, c'est la hardiesse avec laquelle un membre du corps

de lu Noblesse, qui n'avait pas même le droit d'ouvrir la l»ouchc dans l'Assemblée du Tiers-État, s'est permis de semer son discours de réflexions injurieuses aux députés dont le zèle pour le bien public avait particulièrement indisposé Messieurs du Magistrat ; que dis-je? des diatribes les plus violentes contre des corporations entières qui avaient des représentants dans ces comices du Peuple ; c'est cette ruse peu décente avec laquelle il s'est efforce d'exciter la division dans l'Assemblée, en invectivant contre les boulangers et les boucliers. »

La rédaction des doléances du Tiers-État de la ville d'Arraa n'avait point été confiée à Robespierre; aussi le cahier n'était-il qu'un « ouvrage informe, sans ordre, sans suite, plein de demandes ou déraisonnables ou contradictoires, que l'on fut obligé déterminer brusquement pour trouver le moment de procéder à l'élection des députés ».

Le mandat des délégués formant le Tiers-Etat de la ville d'Arras était consommé par cette élection ; mais Robespierre, anticipant sur le décret qui devait un jour octroyer un jeton de présence aux habitués des clubs, avait représenté « que l'assemblée comptait parmi ses membres des artisans ; que l'humanité et la justice exigeaient qu'on payât le salaire qu'ils auraient pu gagner pendant ces quatre journées. Cette demande avait paru assez juste ; mais les orateurs du corps municipal lui avaient opposé la forme, en prétendant qu'elle devait être soumise au C onseil de la ville ; que M. l'intendant ne passerait peut-être pas cet article dans les comptes.

« Lu forme, s'écriait-il, contre un acte d'humanité et «le justice nécessaire!... Le Conseil de la ville, tandis que l'assemblée était la ville elle-même î Peuple! peuple, voilà

donc le respect, voilà l'amour que vous témoignent vos prétondus administrateurs ! Conservez-les, nprc«* cela, avec le plus grand soin, et formez des vœux pour (pie le droit de

nommer vos propres magistrats ne vous soit rendu que le plus tard qu'il sera possible. »

Robespierre jugeait avec moins de sévérité l'assemblée des députés du Bailliage tenue le 30 mars ; néanmoins, il y signalait également la présence des ennemis de la Patrie. Suivons son récit : «c Les vingt-quatre députés se rendirent à l'assemblée du Bailliage ; là, grâce au changement de lieu et de président, le patriotisme des bons citoyens eut beaucoup moins à gémir ; mais il fut bien loin d'être satisfait... Les députés du parti échevinal ne montrèrent qu'un esprit de déraison, d'intérêt personnel et d'animosité. Leur opiniâtreté à repousser les propositions les plus raisonnables, leur prétention de subjuguer les suffrages, l'abondance de leurs paroles et la perpétuité de leurs clameurs produisirent un cahier de doléances tronqué, indigeste, incohérent, et révoltèrent la droiture et le bon sens des députés de la campagne.»

D'après le dire de Robespierre, l'assemblée, pour choisir la commission des doléances, s'était divisée par district* ; les députés de la ville, se séparant de ceux des villages compris dans leur circonscription, avaient nommé arbitrairement six commissaires ; un de MM. les officiers municipaux avait lui-môme dressé la liste de ceux qu'il recommandait aux électeurs, en ayant soin d'exclure les personnes « qui lui avaient causé le plus d'embarras dans les élections précédentes. » Lorsqu'ensuite on avait procédé à l'élection des députés du Bailliage à l'assemblée du Tiers-État qui devait avoir lieu le 30 avril, les partisans de l'Échevinage, sous prétexte d'abréger, avaient fait adopter le même mode de classement des électeurs, de sorte que ceux qui avaient réuni le plus de voix dans leur district avaient été nommés sans h» concours du reste de rassemblée, « méthode contraire à tous les principes ».

Témoin oculaire de ces faits, Robespierre sentait la nécessité de les dévoiler au public, a pour l'avertir des pièges qu'on continuait de lui tendre. — Je n'ai pu me dissimuler, disait-il, les dangers auxquels je m'exposais par ma franchise à les raconter; je n'ignore pas même les propos ridicules, ni les trames dont je suis déjà l'objet. Je n'ai jamais cru qu'il fût possible d'irriter impunément tous les préjugés et toutes les passions humaines de tant d'hommes qui tiennent à un parti si nombreux ; mais, d'un autre côté, j'ai vu l'Injustice levant un front audacieux, l'Humanité outragée, le Peuple abandonné ou opprimé, dans le seul moment où il ait pu prétendre à être compté pour quelque chose, et je n'ai pu consentir à me taire. »

« 0 vous donc, qui que vous soyez, citoyens, qui brûlez de ce feu sacré du patriotisme auquel est attaché l'espérance et le salut de la Nation, liguez- vous, eu ce fatal moment, pour balancer la redoutable conspiration que tous les mauvais citoyens-tmt formée contre elle, et ne vous inquiétez pas du nombre des ennemis que votre courage pourra vous susciter. 0 citoyens ! la Patrie est en danger : des ennemis domestiques, plus redoutables que les armées étrangères, trament en secret sa ruine ! Volons à son secours, et rallions tous ses défenseurs, au cri de l'Honneur, de la Raison et de l'Humanité ! Remplissons notre devoir, et reposons-nous sur le Ciel même du reste de nos destinées... Que m'importe qu'ils cherchent à punir un jour le zèle avec lequel je me serai efforcé de soutenir la cause publique ! Que m'importe que, fondant sur leur multitude ou sur leurs intrigues l'espoir de nous replonger dans tous les maux dont nous voulons nous délivrer, ils méditent déjà de changer en martyrs tous les défenseurs du peuple ! Fussent-ils assez puissants pour m'enlever tous les biens qu'on envie, me raviraient-ils mon unie et le bien que j'aurai voulu faire ? Et si leur fatal

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ascendant devait un jour accabler le génie de la France, quel est le citoyen qui, après avoir en vain conçu l'espérance enchanteresse devoir l'Humanité soulagée et la Patrie triomphante, pourrait se plaindre detre destiné à souffrir avec elle, ou délivré du malheur de survivre à sa ruine ? Ah ! qu'alors les larmes de l'amitié viennent se mêler sur sa tombe à celles des infortunés qu'il aura secourus ! Que sa mémoire soit chère et précieuse à tous les gens de bien, tandis que son âme ira goûter, dans le séjour immortel de l'ordre et de la justice, le bonheur que la tyrannie et l'injustice des hommes ont banni de la terre Sa destinée,

sans doute, sera plus digne d'envie que celle de ses persécuteurs. »

Sous prétexte de « démasquer les ennemis de la Patrie », Robespierre posait devant les électeurs en martyr de la cause populaire, trahie par les échevins d'Arras aussi bien que par les Etats d'Artois!... Voir partout des complots contre le peuple, dénoncer constamment ses oppresseurs, et se considérer comme l'unique défenseur des opprimés, tel est, tel sera son programme '.

Les pamphlets publiés par Robespierre pendant la période électorale attestaient une liberté absolue de la presse. A défaut de journaux, une foule de brochures circulaient de main en main, et allaient éveiller dans les villages aussi bien que

t. II. Daucbez, avocat et écbevin, dans an écrit laissé à ses enfants, a aussi raconté, d'une façon malheureusement trop sommaire, ce qui s'était passé aux réunions électorales dont il «Mail membre. «Dans l'assemblée primaire des habitants de la ville d'Arras tenue au Collège, quelques personnes s'emparèrent de la présidence, insultèrent le corps municipal, et lui manquèrent assez pour I obliger à se retirer et à abandonner la présidence à des syndic et commissaires scrutateurs, qui avaient cabnlé pour se faire appeler par acclamation à remplir ces fonctions.

« L'assemblée des députés du Bailliage d'Arras a été aussi irès-oregeuse ; les pommes qui s'étaient emparées de la présidence de l'assemblée primaire ont multiplie les ruses et prétextes pour humilier et vexer le corps municipal, qui,

dans les villes les discussions les plus passionnées. Ces écrits ne portaient, en général, aucun nom d'auteur. Ils paraissaient au grand jour, sans l'observation des règles imposées en matière de librairie, sans approbation aucune et sans désignation d'imprimeur. Sous les formes les plus diverses et passant du sérieux au grotesque, ils traitaient toutes les questions politiques et sociales que la rédaction des cahiers de doléances permettait de soulever.

Ainsi, dans un Avis aux Cures, M. Behin, curé d'Hcrsin- Coupigny et futur député aux États généraux, déclarait la guerre au haut clergé. Il faisait d'abord connaître à ses confrères les arrêtés pris récemment par le clergé entrant aux Etats : « On voit dans ces arrêtés, disait-il, un projet bien formé et bien soutenu pour diriger sur eux seuls l'élection des représentants de la province aux États généraux, pour perpétuer le régime injuste d'assemblée provinciale, de laquelle les curés ont toujours été exclus, et pour continuer de tenir ces derniers dans l'humiliation, en les faisant passer pour des geus sans lumières et en les regardant comme indignes de s'asseoir à côté deux, dans les assemblées où le Uoi appelle tous les curés du royaume avec éloge. » Il signalait ensuite les a erreurs et les contradictions des dignitaires ecclésiastiques qui, rendant justice au Tiers-État et même aux paysans, la déniaient au clergé inférieur. » H dénonçait comme « auteurs principaux de ces injustes pré-

dirigé par son devoir et la pureté de sa conscience, a tenu ferme a son poste, et en a et»1 récompensé, puisque, malgré les efforts de la cabale, plusieurs des escuevins ont été choisis et nommes dépulésde la vide pour assister à rassemblée bailliagére.

« On prévoit que cette assemblée bailliagére fut également tumultueuse. Cependant, au milieu de tous ces débats, excités par une poignée de turbulents, qui voulaient se faire nommer députes à rassemblée générale des trois ordres de la province, le résultat des élections donna encore quelques personnes qui, depuis longtemps, jouissaient de la contiance publique. »

Nous avons exposé dans I Histoire de Joseph U Bon (deuxième édition, l.l, p. 333 et suiv.). les épreuves que traversa M. Daucbez pendant la Révolution.

tentions MM. les chanoines, et surtout ces chanoines étrangers, pleins de morgue et de suffisance, vrais cosmopolites qui ne se fixaient dans cette province qu'autant qu'une meilleure fortune ne les appelait pas ailleurs. » A la vérité, la chambre du Clergé, voyant que le Tiers-État combattait ses projets, avait fait une concession ; « mais quelle concession ! Vingt-huit districts nommeront vingt-huit curés de campagne, qui iront se noyer ou se cacher parmi les deux cents personnes les plus instruites du haut clergé, et pourront même être élus, malgré leur ignorance et leur peu d'influence dans les réunions électorales ! Voilà tout ce que le haut clergé, ou plutôt le corps des gros décimateurs d'Artois, a cru pouvoir enfin accorder, eu égard à l'intérêt qu'il a de conserver en entier les dîmes qu'il possède injustement, à son défaut de rapports et de relations avec cette portion du clergé condamné au travail et à la peine et réduit au plus étroit nécessaire, et enfin à sa position au-dessus de ce bas clergé qu'on voudrait représenter comme croupissant également dans l'ignorance et dans l'humiliation. Mais enfin le Roi, en rendant à ce bas clergé une justice inattendue, lui a inspiré par là toute l'énergie qu'il doit avoir pour sortir de l'état d'oppression où il gémit depuis tant de siècles, sous le joug de ceux qui, après l avoir dépouillé de biens et d'honneurs, allèguent encore des privilèges pourêtre exclusivement ses représentants dans les assemblées nationales. 11 profitera sans doute de l'assemblée des trois ordres de la province (pli va se tenir, pour faire valoir ses réclamations, et il insistera sur cette grande vérité, dont le Tiers- Etat voulait pénétrer les individus de tous les ordres dans l'assemblée dernière, que nous ne devons plus songer à ce (pie nous avons été, mais à ce qui est de notre intérêt que nous soyons à l'avenir '. »

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