‹ La Jeunesse de Robespierre et la convocation des États généraux en ArtoisChapitre 59 sur 111 · Voir l'APPBNDICB · texte numérisé non relu

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an régiment des cuirassiers du Roi que commandait son

frère, et qui depuis Il s'avança vers le bureau, et déclara

que, « ayant défendu de toutes ses forces, dans rassemblée de la Noblesse ordinairement convoquée aux États d'Artois, des principes diamétralement opposés à ceux manifestés dans la protestation qu elle venait d'arrêter ; ayant soutenu que la justice exigeait que l'on reconnût kdroit inhérent à tout noble de pouvoir être appelé par ses talents, son mérite et la confiance publique à l'administration de la province d'Artois, il persistait dans les mûmes sentiments, et n'adhérait point à la susdite protestation, protestant, au contraire, suivant sa conscience et d'après les principes du droit naturel et du droit politique, contre tout ce qu'elle renfermait ».

Le comte de Lameth avait ses motifs pour donner raison au grand nombre : il était candidat à la députation.

Les signataires de la protestation suivirent le parti qu'ils • avaient annoncé devoir prendre ; répondant à une faute par une autre faute, ils se retirèrent de l'assemblée, résolus de ne plus coopérer à ses délibérations. Ainsi le haut clergé et la haute noblesse donnaient successivement l'exemple d'une sorte d'émigration à l'intérieur ; ils ignoraient que le rôle des minorités consiste à lutter vaillamment pour la défense de leurs principes, à ne succomber devant le nombre qu'en se promettant de livrer en temps opportun de nouveaux combats, et qu'abandonner la partie, c'est la perdre.

En l'absence de la Noblesse des États, l'assemblée commença, le 30 avril, l'examen du travail des commissaires à la rédaction du cahier. Les points relatifs à l'administration de l'Artois restaient seuls à discuter. On s'occupa de l'article premier, qui avait donné lieu à une scission si regrettable. A l'unanimité, les membres présents se donnèrent la satisfaction de reconnaître « que la prétention des nobles

dissidents n'avait aucun fondement, et que les privilèges, traités et capitulations delà province, lui ayant été accordés pour le maintien des droits légitimes de ses habitants et pour les préserver contre les entreprises de l'autorité arbitraire, ne pouvaient jamais être invoqués par une partie des citoyens pour régir et administrer l'autre contre son vœu et malgré sa réclamation. »

Les autres articles du cahier concernaient la dette de la province, la conservation de ses privilèges au sujet de l'exemption de la gabelle et de la faculté de cultiver librement le tabac, la nomination des officiers municipaux des villes par les communes, l'administration de la justice et le règlement des dîmes. Ils furent votés sans discussion. 11 est à remarquer que la Noblesse se contentait de demander une loi précise sur le plantis seigneurial, les moyens de consta- - ter le dégât causé par le gibier, et ne sollicitait une ordonnance qui réduisît le nombre des pigeons que « sans préjudice aux droits des seigneurs » ; concessions manifestes, mais insuffisantes, aux légitimes réclamations du Tiers-État des campagnes.

Le cahier clos, arrêté et signé, on désigna comme scrutateurs MM. Dubois de Fosseux, Boucquel de Beauval et Boucquel de la Comté, et on procéda à l'élection des députés aux États généraux. Le duc de Guînes fut nommé, uu premier tour de scrutin, par une majorité de deux cent soixante-dix-sept voix sur deux cent quatre-vingt-treize votants. Placé dans la même situation que l'évêque d'Àrras, il crut aussi qu'il était de son devoir de ne point accepter, c Je sens, comme je le dois, dit-il, le prix de tant de faveurs, de tant de grâces, de tant d'indulgence ; mais, Messieurs, les noms des amis de me3 pères sont dans cette assemblée ; ils sont ceux de plusieurs des membres qui s'en sont

éloignés. Permettez-moi de ne faire scission ni avec les uns, ni avec les autres, et daignez me plaindre d'être obligé de renoncer à l'honneur de vous représenter. Il ne me reste malheureusement que ce moyen de conserver dans toute sa pureté le dépôt précieux et inviolable des sentiments d'union et de fidélité qui m'ont été transmis par ceux qui m'ont précédé. »

Sans combattre cette détermination, qui privait l'ordre de la Noblesse artésienne d'un représentant distingue par son mérite et très-populaire, l'assemblée procéda à un nouveau scrutin, et élut MM. Briois de Beaunietz, à la majorité de deux cent trente-quatre voix contre cinquante-quatre ; le comte Charles de Lameth, à la majorité de deux cent cinquante-huit voix coutre trente ; Le Sergcant d'isbergue, à la majorité de deux cent vingt-ct-une voix contre soixantesept, et le comte de Croix, à la majorité de deux cent soixante-huit voix contre vingt.

Le baron de Coupigny et le chevalier Deslyons de Mondiaux furent nommés suppléants '.

I. Le l*' mai, l'ordre de la Noblesse résolut de nommer an comité chargé de correspondre avec les députés aux États généraux, et de leur fournir les Instructions et renseignements dont ils pourraient avoir besoin. Le choix de l'assemblée se porta sur MM de Coupigny et Deslyons de Mondiaux, députés suppléants; Kulartde Grand val, Dubois de Posseux, Foacier de Ruzé, Boucquel de Beauval, Rautin de Maraud, Desmaretz d'Heraln, Fromentin de Sartel, Le Sergcant de Monnerove, Marc de Saint Pierre, de Cacbcleu le Cadet, Taffln de Gwulzin et te chevalier Du pire.

Le 5 juillet, les quatre députes de la Noblesse d'Artois écrivirent a la commission permanente, à l'effet « de substituer a leur manflat impératif l'entière liberté de délibérer suivant les circonstance. et la même liberté pour la forme de* délibérations ». La Noblesse, convoquée par la commission, se réunit le 14 juillet en la chapelle du Calvaire d'Arras ; elle autorisa ses députés aux Etais généraux « d'aviser et opiner librement dans toutes l»-s matières mises en délibération et dans la forme qu'ils trouveront convenable ; et ce, suivant leurs lumières rt leur conscience ; sans cependant, par ladite assemblée, consentir à élendre la durée des pouvoirs desdits députés, et sans leur permettre, dans aucun cas, de *• retirer de l'Assemblée nationale ». Le procès-verbal est revêtu de cinquante-huit signature*, parmi lesquelles celles du chevalier Bbn de la Mairie, président, et de M. Duliols «le Fosseui, secrétaire.

- 3Hi —

La présidence de rassemblée du Tiers-Etat avait été confiée à M. Cauwet de Baly, lieutenant général de la Gouvernance. Quatre cent quatre-vingt-huit députés se trouvèrent réunis, le 20 avril, dans les salles de l'Hôpital général. Ils représentaient les Bailliages de l'Artois dans la proportion suivante : Arras, cent quatre-vingt-quatre ; Saint-Pol, quatre-vingt-six; Saint-Omer, soixante-un; Hesdin, quarante-sept; Bapaume, trente-cinq; Aire, vingthuit; Lens, vingt-sept, etBéthune, vingt '.

Après vérification des pouvoirs, rassemblée décida, à l'unanimité, qu'elle procéderait séparément, et non conjointement avec les deux autres ordres, à la rédaction des doléances et à l'élection des députés aux États généraux. La préparation du cahier fut confiée à vingt-et-un commissaires, pris au nombre de trois dans chaque Bailliage.

Les électeurs du Bailliage de Saint-Omer désignèrent : MM. Lemaire de Bellerive, lieutenant général du Bailliage; Marin, avocat à Saint-Omer; Baude, laboureur à Saint- Omer-Capelle;

Les députés de Béthune : MM. Taffin, avocat à Béthune; Hochedé, de Nœux, et Bollet, de Cuinehy ;

Les députés d'Aire : MM. Rémond, procureur du Roi au Bailliage d'Aire; Hermant et Martel ;

Les députés de Lens : MM. Leroy, d'Avion, avocat; Mairesse, de Lens, et Ramette, de Sainghem ;

Les députés de Bapaume : MM. Haudouart, lieutenant général du Bailliage ; Waterlot, fermier à Mory, et Payen, fermier à Boiry-Becquerelle;

Les députés d llesdin : MM. Danvin, lieutenant général

1. Les procès- verbaux des assemblées des divers Bailliages portent les dates suivantes : Saint-Pol, 4 et y avril ; Saint-Omer, 6 et ~ avril ; Uapaume. 3«. 31 mari et I" avril ; Aire. 30 et 31 mars ; Lens. »>, 15 et 10 avril; Bélliune, M mars et i avrd. l!s ne mentionnent aucun incident remarquable.

du Bailliage ; Wallart, fermier à la Neuville, et Thélu, de Yacquerie ;

Les députés de la Sénéchaussée de Saint-Pol : MM. Petit, de Magnicourt ; Fleury, de Coupelle-Vieille, et François, de Buneville.

Il était trois heures, et les députés du Bailliage d'Arras n'avaient pas encore fait leur choix : le lieutenant général remit la séance à cinq heures. Pendant cet intervalle, les retardataires réunirent leurs suffrages en faveur de MM. Brassart, avocat; Levaillaut, dOisy, avocat; Lechon, notaire à Avesnes-le-Comte.

Les commissaires ainsi nommés se chargèrent à l'instant des cahiers des Bailliages, et se transportèrent dans la salle d'audience de la Gouvernance, afin de s'occuper de la réduction des cahiers en un seul. On ajourna la séance au 23, pour leur laisser le temps de faire ce travail.

Le procès-verbal dressé par l'assemblée du Tiers-Etat n'apprend rien de plus sur la journée du 20 avril ; il est rédigé, pour la suite, avec un laconisme non moins mystérieux. Un seul des députés du Tiers, M. Dauchez, a laissé, nous l'avons dit, quelques notes relatives aux réunions électorales d'Arras; mais, n'ayant eu d'autre but que de faire connaître à sa famille les épreuves qu'il avait traversées pendant la Terreur, il a gardé, quant aux actes préparatoires de la Révolution, une réserve extrême : « Pour l'honneur de mon pays, dit-il, je dois tirer un rideau impénétrable sur tout ce qui s'est passé »'i l'assemblée dont j étais membre. Dans chacun des trois ordres, on ne parvint qu'au milieu des rixes, des injures et des déclamations les plus despectucuses à former des cahiers de doléances et à nommer des députés pour assister aux Ktats généraux du royaume. J'ai dit alors que la France allait être livrée à des déchire-

raents affreux.... qu'elle était perdue. Malheureuse prédiction 1 ! »

A défaut de constatations officielles et de révélations plus complètes des acteurs, nous espérions trouver des renseignements précieux dans la correspondance du duc de Gui nés. Tout en demeurant simple spectateur des lutter auxquelles le Pouvoir, par respect de la liberté électorale et peut-être aussi par imprévoyance, jugeait à propos de ne prendre aucune part, il nous semblait naturel que le gouverneur de l'Artois, présidant l'assemblée des trois ordres, informât au moins les ministres des événements qui se passaient sous ses yeux. Une seule lettre, adressée par lui au comte de Villedeuil, jette quelque lumière sur la conduite des mandataires du Tiers-État à l'assemblée générale de la Gouvernance d'Arras.

Le duc de Guînes commence par rendre compte de la séance d'ouverture :

« Arras, le 20 avril 1780. — L'ouverture de l'assemblée s'est faite, Monsieur, ce matin, avec les apparences les plus désirables de concorde entre les différents ordres. M. l'Évêque d'Arras a proposé, à la fin de son discour», à l'ordre du Clergé de faire le sacrifice de ses privilèges. Cet ordre s'est levé, et a répondu par acclamation. Je n'ai eu besoin que de regarder la Noblesse pour la déterminer à suivre le môme exemple. Le dévouement des deux premiers ordres a été tel que j'ai cru devoir proposer à M. l'Évêque d'Arras de m'avancer avec lui vers le Tiers-État et de lui déclarer nous-mêmes les sentiments de nos ordres. Le Tiers a répondu par des applaudissements, et le peuple qui remplissait la Cathédrale, où se faisait la cérémonie, y a joint les siens. »

1. il. Dauc\*z à tet enf<wt*, mémoire communiqué par M. Denjarmu Dauchez, avocat à Arras.

Le duc de fini nés arrive à rassemblée du Tiers-État : « Chaque ordre s'étant retiré dans sa chambre, il a été proposé à celui du Tiers, par le lieutenant général de la Gouvernance qui le préside, d'envoyer une députation aux deux premiers ordres pour leur marquer sa sensibilité. Un avocat s est levé, et a dit qu'on ne devait point de remerciements a des gens qui n'avaient fait que renoncer à des abus. Cet avis a été adopté par la pluralité. Cet ordre étant généralement mal composé, on présume qu'il apportera des obstacles à l'union désirable, et que l'assemblée sera de longue durée. — J'ai l'honneur d'être, avec le plus inviolable attachement, Monsieur le Comte, votre très-humble et trèsobéissant serviteur, Le Duc de Guînes *. »"

L'avocat dont le duc de Guines ne cite pas le nom ne pouvait être que Robespierre; ce trait final répondant à ses exploits antérieurs. Si quelque doute était possible, il le dissipera lui-même en se glorifiant, trois ans plus tard, de sa conduite patriotique dans les élections de 1789 :

« Mes compatriotes vous diraient (c'est aux Jacobins qu'il présente son apologie; qu'à l'époque des premières assemblées, je les déterminai, moi seul, non à réclamer, mais à exercer les droits du Souverain; ils vous diraient qu'ils ne voulurent pas être présidés par ceux que le despotisme avait désignés pour exercer cette fonction, mais par les citoyens qu'ils choisirent librement; ils vous diraient que, tandis qu'ailleurs le Ticrs-Ltat remerciait humblement les nobles de leur prétendue renonciation à des privilèges pécuniaires, je les engageais à déclarer, pour toute réponse à la noblesse Artésienne, que nul n'avait le droit de faire don au Peuple de ce qui lui appartenait ; ils vous rappel-

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