AMITIES HUMAINES
Tliagaste, où il était venu ouvrir une école, Augustin se fit de nombreux amis ; le plus cher de tous fut celui quune mort ^ inopinée lui ravit à la fleur de l'dge, et qu il aima, avec une tendresse passionnée^ même au delà du tombeau. Il ne nous a pas dit son nom., mais il nous a révélé son âme^âme naturellement généreuse que le baptême transfigura aux approches de V éternité.
La douleur d'Augustin fut extrême, et rien n'est plus touchant que la peinture qu'il nous en a laissée. Toutefois, dans le livre des Rétractations (i), revenant sur V admirable récit qu'on va lire. Augustin en a fait la critique sévère que voici : « En confessant ma misère à propos de la mort d^un ami, j'ai dit que nos deux âmes n'en faisaient qu'une en quelque sorte, et f ajoutais : C^est pourquoi je craignais peut-être
(i) L. II, c. 6.
y 8 La Jeunesse de saint Augustin.
de mourir, de peur que ne mourût tout entier celui que j'avais tant aimé. — Cela me pa?-àit avoir plutôt le ton léger dhine déclamation que la gravité d'une confession, bien que cette ineptie soit tempérée par lemot peut-être », — Tache légère qui n altère cîî rien l'incomparable beauté de ces pages, que le cœur a dictées au génie.
Hj^
Amitiés humaines. 7 ;
u temps où je commençai d'enseigner dans ma ville natale, je trouvai un ami, cher compagnon d'études, dont la jeunesse était, comme la mienne, dans sa fleur. Ensemble nous avions grandi, nous avions fréquenté Técole et joué ensemble. Mais notre amitié n'était pas alors aussi forte qu'elle fut depuis, bien que d'ailleurs elle n'ait jamais été véritable; car la seule véritable amitié, ô mon Dieu, est celle que cimente, entre ceux qui vous sont unis, la charité répandue en nous par le Saint-Esprit que vous nous ave^ donné. Pourtant elle m'était extrêmement douce, cette affection réchauffée au foyer des mêmes études. J'avais détourné mon ami de la vraie foi dont son jeune esprit ne gardait qu'une impression incomplète et imparfaite, et je l'avais entraîné aux folles et funestes superstitions qui faisaient tant pleurer ma mère. Nous avions mis en commun jusqu'à l'erreur, et mon âme ne pouvait vivre sans lui. Et voilà que, déjà penché sur voi fugitifs qui vous tournaient le dos, Dieu des vengeances, qui êtes aussi la source des miséricordes et qui nous ramenez à vous par d'admirables moyens, voilà que vous l'enleviez de ce monde, lorsqu'à peine depuis un an je
8o La Jeunesse de saint Augustin.
jouissais de son amitié, plus douce pour moi que toutes les douceurs de la vie !
Qui pourrait raconter vos bontés, Seigneur, ne parlât-il que de celles qu^il a éprouvées lui-même?
Quefîtes-vous alors, et qu'il est impénétrable Fabîme de vos jugements ! Dévoré par la lièvre, mon ami gisait sans connaissance, inondé des sueurs de la mort. Comme on désespérait de lui, il fut baptisé à son insu; je ne m'en inquiétai guère, convaincu que son âme garderait les sentiments que je lui avais inspirés plutôt que rimpression de ce baptême inconscient. Il en fut tout autrement; il se trouva mieux, on le crut sauvé. Dès que je pus lui parler (ce fut possible dès qu'il put parler lui-même, car je ne le quittais pas, tant nous dépendions l'un de l'autre), je voulus plaisanter avec lui, m'imaginant qu'il rirait comme moi de ce baptême qu'il avait reçu privé de connaissance et de sentiment, mais qu'il savait cependant lui avoir été donné. Je lui fis horreur comme un ennemi, et aussitôt, avec une admirable liberté, il me commanda, si je voulais rester son ami, de cesser ce langage. Stupéfait et troublé, je contins tous les mouvements de mon cœur, attendant que la convalescence donnât à mon ami assez de forces pour me laisser agir avec lui comme je voulais. Mais il fut arraché à ma folie, pour être réservé dans votre sein à ma consolation. Peu de jours après, comme j'étais absent, la fièvre le reprit et l'enleva.
Mon cœur fut aveuglé par la douleur, partout je ne voyais que la mort. Mon pays m'était un supplice ;
Amitiés humaines. 8i
la maison paternelle me rendait étrangement malheureux; tout ce que j'avais partagé avec lui me devenait sans lui un aflreux tourment. Mes yeux le cherchaient de toutes parts, et je ne l'avais plus! Tout m'était odieux, parce que tout était vide de lui et que rien ne pouvait plus me dire : Le voici qui vient !.,. comme pendant sa vie quand il était absent.
J'étais devenu à moi-même un difficile problème, et j'interrogeais mon âme : Pourquoi es -tu triste et pourquoi me troubles-tu ? Elle ne trouvait rien à me répondre. Et si je lui disais : Espère en Dieu^ elle n'obéissait pas, et c'était justice, car cet homme si cher qu'elle n'avait plus était plus véritable et meilleur que ce Dieu, fantôme des Manichéens, dans lequel je lui ordonnais de mettre son espérance. Rien ne m'était doux que les pleurs, seul charme qui succédât dans mon âme à l'ami perdu (i) !
TjT maintenant, Seigneur, tout cela est passé et le ^ temps a calmé mon mal. Puis-je mettre l'oreille de mon cœur tout près de votre bouche et apprendre de vous, qui êtes la vérité, pourquoi les larmes sont
(i) L. IV, c. 4.
douces aux malheureux? — Quoique présent partout, repoussez-vous loin de vous nos misères, immuablement renfermé en vous-même, tandis que nous sommes ballottés au gré des événements?... Et cependant, si nos gémissements ne s^élevaient jusqu'à vos oreilles, il ne nous resterait plus d'espérance. — D'oïl vient donc que sur Farbre amer de la vie on cueille ces doux fruits, plaintes, larmes, soupirs, regrets ? Leur douceur est-elle dans l'espoir d'être exaucé par vous? Cela est vrai de la prière, qui a un but où elle désire parvenir. Mais quoi de semblable dans la désolation causée par cette perte cruelle, dans le deuil où j'étais enseveli ? Je n'espérais pas le voir revivre, je ne le redemandais pas par mes larmes ; je ne faisais autre chose que gémir et pleurer, parce que j'étais malheureux et que j'avais perdu ma joie. Serait-ce que dans les larmes, chose amère, nous trouvons quelque charme par suite du dégoût et de l'horreur que nous éprouvons alors de tout ce qui nous était un plaisir (i)?
MAIS pourquoi parler de cela ? Ce n'est pas le temps de vous poser des questions, mais de vous confesser mes fautes.
(i) L. IV, c. 5.
Amitiés humaines. 83
J'étais malheureux, comme est malheureux tout cœur enchaîné par Tamour des choses mortelles. Leur perte le déchire, et il sent alors la misère par laquelle il était déjà misérable avant de les avoir perdues.
Ainsi étais-je en ce temps-là; je pleurais amèrement et trouvais mon repos dans cette amertume. J'étais malheureux, et cette vie malheureuse m'était encore plus chère que mon ami. J'aurais bien voulu la changer, mais je n'aurais pas voulu la perdre, plutôt que de le perdre, lui. Et j'ignore si, même pour lui, j'eusse voulu la donner, comme l'histoire ou la fable le dit d'Oreste et de Pylade, qui souhaitaient mourir l'un pour l'autre ou tous deux à la fois, parce que ne pas vivre ensemble leur semblait pire que la mort.
Mais je ne sais quel sentiment tout différent s'élevait en moi; c'était, avec un profond dégoût de la vie, l'appréhension de la mort. Je crois que plus je l'aimais, plus la mort qui me l'avait enlevé me paraissait une ennemie cruelle, odieuse^ redoutable; il me semblait qu'elle allait dévorer d'un coup tous les hommes, puisqu'elle avait pu le ravir.
C'est bien ainsi que j'étais, je m'en souviens.
Mon Dieu, voilà mon cœur, voyez-en le fond avec tous mes souvenirs, ô vous, mon espérance, qui me puritiez de la souillure de telles atîections, dirigeant mes yeux jusqu'à vous, arrachant mes pieds de ces filets.
Je m'étonnais de voir vivre les autres mortels parce qu'il était mort, celui que j'avais aimé com.me
s 4 La Jeunesse de saint Augustin.
s'il n'eût pas dû mourir! Je m'étonnais surtout d'être vivant, moi qui étais un autre lui-même. Il a bien parlé de son ami, le poète qui l'appelait :/<^ moitié de son âme {i)\ car pour moi j'ai senti que nos deux âmes n'en faisaient qu'une en deux corps; c'est pourquoi la vie m'était en horreur, parce que je ne voulais pas vivre à moitié; peut-être aussi craignais- je de mourir de peur que ne mourût tout entier celui que j'avais tant aimé (2).
QUELLE folie de ne pas savoir aimer les hommes comme des hommes ! Homme insensé que j'étais alors, de souffrir immodérément d'une infortune humaine! Je m'agitais, je soupirais, je pleurais, l'esprit troublé, incapable de repos et de conseil.
Je portais une âme déchirée et saignante, qui s'impatientait d'être portée par moi, et je ne savais où la poser.
Ni les charmes des bois, ni les jeux, ni les chants, ni les bosquets odorants, ni les festins exquis, ni les plaisirs des sens, ni les livres et la poésie ne pouvaient la distraire. Tout m'était en horreur, jusqu'à la lumière. Tout ce qui n'était pas lui m'était odieux,
(i) Animoe dimidiuni meoe. (Horace.) (2) L. IV, c. 6.
Amitiés humaines. 85
insupportable, hormis les gémissements et les larmes qui seuls me donnaient quelque repos. Dès que mon âme s^y arrachait, j'étais accablé du poids de ma misère. Vous seul, ô mon Dieu, pouviez m"en décharger et m'en guérir. Je le savais, mais je manquais de volonté et de force, d'autant plus que vous n'étiez à m.a pensée rien de solide et de certain. Mon Dieu, ce n'était pas vous, mais le vain fantôme de mon erreur. Si je tâchais d'y reposer mon âme, elle se laissait choir dans le vide et retombait sur moi. Ainsi j'étais à moi-même mon seul lieu, lieu malheureux où je ne pouvais demeurer et d'où je ne pouvais m'éloigner; car comment mon cœur se fùt-il retiré de mon cœur? Comment me fuir moi-même? Gomment ne me pas poursuivre partout?
Je quittai néanmoins mon pays, parce que mes yeux cherchaient moins mon ami là où ils n'étaient pas accoutumés à le voir; deThagaste je revins à Carthage (i). ■
T E temps fait son œuvre; dans son cours il agit sur -'-' nos sens et produit dans notre esprit de merveilleux effets. Les jours succédaient aux jours; leur
(l) L, lY, c. 7.
venue et leur fuite m'apportaient d'autres images et d'autres souvenirs et me faisaient peu à peu rentrer dans mes divertissements passés auxquels cédait ma douleur.
Ce qui prenait sa place c'étaient, sinon des douleurs nouvelles, du moins des semences d'afflictions pour Tavenir. Car pourquoi celle que j'éprouvais avait-elle si facilement et si profondément pénétré mon cœur? N'était-ce pas que j'avais répandu mon âme sur le sable, aimant un mortel comme s'il n'avait pas dû mourir?
Or ce qui me remit et me soulagea davantage, ce fut la conversation de mes autres amis avec qui j'aimais, ô mon Dieu, ce que j'aimais à votre place. Et ce que nous aimions n'était qu'une longue série de fables et de mensonges dont la corruption contagieuse passait par nos oreilles jusqu'à notre âme, et dont l'impression ne mourait pas en moi, quand bien même quelqu'un de mes amis cessait de vivre. Leur commerce affectueux me procurait encore d'autres jouissances : c'étaient les causeries enjouées, les gages de mutuelle bienveillance, la lecture en commun d'un livre agréablement écrit, les badinages, les prévenances réciproques, de rares dissentiments sans aigreur, tels qu'on peut en avoir avec soi-même, servant d'assaisonnement à l'habituelle concorde; le plaisir d'être tour à tour maîtres et disciples les uns des autres, le vif regret des absents, la joie accueillant leur retour, enfin tous ces témoignages qui, des cœurs aimants et aimés, s'échappent par les lèvres,
Amitiés humaines. Sy
par la langue, par les yeux, par mille autres gracieuses démonstrations, et servent d'aliment au foyer où plusieurs âmes se fondent pour n'en plus faire qu'une (i).
C^EST là ce qu'on aime dans les amis, et ce qu'on aime à ce point que la conscience humaine s'estime coupable de ne pas rendre affection pour affection, sans chercher autre chose que ces preuves de mutuelle bienveillance. De là ce deuil à la mort d'un ami, ces ténèbres de douleur, les douces jouissances changées en amertume pour le cœur noyé de larmes, et la perte de la vie en ceux qui meurent devenant la mort de ceux qui restent en vie.
Seigneur, heureux celui qui vous aime et son ami en vous, et son ennemi pour vous ! Celui-là seul ne perd aucun de ceux qui lui sont chers à qui tous sont chers en celui qu'on ne perd jamais. Et quel est-il sinon notre Dieu, le Dieu qui a fait le ciel et la terre, et qui les remplit, parce qu'en les remplissant il les a faits? Nul ne vous perd, Seigneur, que celui qui vous abandonne, et où peut aller et s'enfuir celui qui vous abandonne, sinon de vous favorable à vous
(i) L. IV, c. «.
irrité? Car où ne rencontre-t-il pas votre loi vengeresse pour le punir, votre loi qui est la vérité, comme la vérité c'est vous-même (i) ?
DIEU des vertus, convertissez-nous , montre:{-nous votre face^ et nous sei^ons sauvés (2). Car de quelque côté que se tourne Pâme de Phomme, hors de vous elle ne se heurte qu^à la douleur, même en se reposant dans ce qu'il y a de beau hors de vous et hors d'elle-même.
Elles ne seraient rien si elles n'étaient pas de vous, ces choses belles qui naissent et meurent. En naissant elles commencent d'être, elles croissent pour atteindre leur perfection, et de là elles défaillent dans la vieillesse et la mort. Car tout vieillit et tout meurt ici-bas. Ainsi, dès qu'elles sont nées, plus elles se hâtent d'être, plus elles se précipitent vers le néant. Telle est la condition de leur existence. Vous ne leur avez donné que d'être les parties d'un tout où elles ne coexistent pas à la fois, mais où leur passage et leur succession produisent cet univers qu'elles composent. Il en est d'elles comme du discours formé de signes et de sons ; il n'est complet que si chaque mot,
(i) L. IV, c. 8
(2) Ps. LXXIX, 4.
Amitiés humaines. 8g
son office rempli, cède la ^place à celui qui doit suivre.
Que mon âme vous loue de toutes ces choses, ô Dieu, créateur universel ! Mais qu'elle ne reste pas prise à la glu de Famour sensible. Car, comme ces créatures ne font que passer et courent au néant, elles déchirent de regrets cruels Pâme avide d'être et de se reposer dans ce qu'elle aime. Là, nulle stabilité ; tout fuit, et même quand ces choses éphémères sont présentes^ nos sens ne peuvent ni les suivre ni les atteindre dans leur course. Car nos sens sont grossiers, parce qu^ils servent au corps et sont proportionnés à sa nature. Ils suffisent à leur fin, mais ils sont impuissants à retenir les choses qui se précipitent de leur point de départ à leur terme. Cest votre Verbe qui dit à ce qu'il a créé : Va dHci jusque-là (i).
Omon âme, ne te laisse pas aller à tes vanités et que leur tumulte n'assourdisse pas ton oreille. Ecoute, toi aussi : le Verbe te crie de revenir; en lui est le lieu du repos inaltérable , parce qu'en lui Tamour ne subit jamais d'abandon, à moins qu'il n'abandonne lui-même ce qu'il aime.
(i) L. iv^ c. 10.
go La Jeunesse de saint Augustin.
Les créatures passent pour faire place à d^autres, et de tous ces éléments successifs se forme ce monde inférieur. Etmoi^ est-ce que je passe ? dit le Verbe de Dieu. Fixe donc là ta demeure; mets-y en dépôt les dons que tu en as reçus, maintenant du moins que tu es lasse de mensonges. Confie à la Vérité tout ce que tu dois à la Vérité, et tu ne perdras rien. Tes plaies seront fermées, tes langueurs guéries; ce qui est en toi sujet au changement sera réformé, renouvelé, raffermi, et au lieu de t'entraîner en bas, vers le néant, tout ton être restera immuablement fixé en Dieu, la stabilité éternelle.
Pourquoi te corrompre en suivant les inclinations de la chair? N^est-ce pas plutôt à elle à se retourner pour te suivre?... Celui qui a fait les créatures est infiniment meilleur qu^elles, et il est notre Dieu. Lui ne passe pas; rien ne saurait lui succéder. Que si les choses corporelles te plaisent, prends-en sujet de louer Dieu et reporte ton amour vers leur Ouvrier, de peur qu^en te plaisant dans ses œuvres, tu ne lui déplaises à lui-même (i).
Que si les âmes te plaisent, aime-les en Dieu; changeantes par elles-même's, elles sont immuables en lui; sans lui, elles iraient au néant. Aime-les donc en Dieu, entraîne vers lui toutes celles que tu pourras et dis-leur : Aimons-le! Aimons-le! Il a tout fait, et il n'est pas loin de nous. Car il ne s'est p^s retiré de ce qu'il a créé; tout ce qui vient de lui subsiste en lui.
(i) L. IV, c. II.
Amitiés humaines. gi
Où est-il? Là où l'on goûte la vérité, — dans le plus intime du cœur. Mais le cœur s'est éloigné de Lui! — Pécheurs, revenez à votre cœur, unissezvous à Celui qui vous a faits. Attachez-vous à Lui, et vous serez inébranlables; reposez-vous en Lui, et vous aurez la paix. Pourquoi vous jeter dans ces rudes sentiers? Où allez-vous? Le bien que vous aimez vient de Dieu ; il n'a de suavité qu'autant que vous Taimez pour lui, et il se tourne justement en amertume quand vous avez l'injustice de Taimer aux dépens de son auteur. Jusqu'où irez-vous dans ces voies laborieuses et difficiles ? Le repo.s n'est pas où vous le cherchez. Cherche:{ ce que vous chei^che:{; mais ici, votre recherche s'égare. Vous cherchez la vie heureuse dans la région de la mort; elle n'est pas là. Comment trouver la vie heureuse où l'on ne trouve même pas la vie ?
Celui qui est notre vraie Vie est descendu ici-bas; il a souffert notre mort et l'a tuée par l'abondance de sa vie. Et sa voix, retentissant comme un tonnerre, nous a crié de revenir d'ici vers Lui, vers le sanctuaire de la Divinité d'où il est venu vers nous, quand, descendu dans le sein virginal où il a épousé la nature humaine, la chair mortelle qu'il voulait rendre immortelle, il est sorti comme Vépoiix de sa couche nuptiale , s' élançant comme un géant pour fournir sa carrière (i). Car il ne s'est point arrêté, il a couru, nous criant par ses paroles, par ses actions,
(i) Ps. XVIII, 6.
g2 La Jeunesse de saint Augustin,
par sa mort, par sa vie, par sa descente aux enfers, par son ascension, nous criant de revenir à Lui. Il a disparu à nos yeux pour que, rentrant dans notre cœur, nous Py retrouvions. Il s'est en allé, et néanmoins il est ici. Il n'a pas voulu demeurer plus longtemps avec nous, et il ne nous a pas quittés, puisquMl est retourné d^où il n'était jamais sorti. Car le monde a été fait par Lui, et il était dans ce monde, dans ce monde où il est venu pour sauver les pécheurs (i).
C'est à lui que mon âme confesse ses misères, et il l'a guérie des péchés commis contre Lui. Fils des hommes^ jusqi{es à quand aure^-vous le cœur appesanti (2) ? Quoi ! la Vie est descendue vers vous, et vous ne voulez pas monter vers elle et vivre? Hélas! où montez-vous^ quand vous vous exaltez dans votre orgueil et que vous portez votre front jusqu'aux cieux? Descendez pour monter et pour monter vers Dieu; car en vous élevant contre Lui, vous vous êtes précipités.
Dis-leur cela, ô mon âme, afin qu'ils pleurent dans cette vallée de larmes. Entraîne-les ainsi avec toi vers Dieu, car c'est de son Esprit que viennent tes paroles, si elles sont brûlantes de charité (3).
(i) Joan. I, 10;— I. Tim. i, i5.
(2) Ps. IV, 3.
(3) L. IV, c. 12.