NOTRE SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST
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et Jésus- Clkrist, son ^U unique. Nul ne va au Pèî:ej, sinon par le Fils^ qui estIa voie, qui^çonduit, la vérité^ s^ui instruit, [a yie^ quis^ncjij^. Il ny a de salut pour les hommes que dans le nom de Jésus; JAsus est la porte par ou Von entre dans le royaume des deux; il est laAdgne dont les élus sont les branches ; il est lepasJjmr dont runiversalité des fidèles est le troupeau.
Voilà ce qu'Augustin lisait avec ravissement dans V Evangile. Il y retrouvait Jésus-Christ^ que, tout petit enfant, sa mère lui avait appris à aijner, et dont il avait^ au jnilieu de ses égaremeiits et de ses désordres, gardé le tendre et pieux souvenir.
Tout d'abord Jésus- Christ lui était apparu seulement comme un homme extraordinaire, incomparable; mais peu à peu il entra dans les profondeurs du mystère de ce Verbe fait chair et adora, sous le voile de Vhumanité, Dieu même.
Ce Dieu anéanti par amour pour les hommes prit dès lors possession de son cœur. Les épitres de saint Paul le charmèrent d'autant plus quelles lui parlaient
îgô La Jeunesse de saint Augustin,
mieux de Jésus et lui faisaient lire son nom à chaque
page. — L'espérance re/leurit avec l'humilité;
se déjiant de lui-même, se confiant à sa
grâce .^ Augustin allait pouvoir
s"^ écrier à son tour : Je pui^
tout en Celui gujjinfi^
forlifie. ,
Notre- Seigneur Jésus-Christ. ig
JE cherchais, ô mon Dieu, le moyen d'acque'rir des forces qui me rendissent capable de jouir de vous, et je ne le trouvai qu^à Theureoù je connus le médiateur de Dieu et des hommes y Jésus-ChristhomiMl^)-, Dieu souverain^, béni dans tous les siècles, qui nous appelle en disant : J& suisja voie ^ la vérité, la vie (2), et qui a pris notre chair pour mettre à notre portée l'aliment que nous ne pouvions atteindre. Car le Verbe s'est fait chair, afin que votre sagesse, par laquelle vous avez tout créé, devint comme le lait qui nourrit notre enfance.
N'étant pas humble, je ne pouvais connaître mon humble maître Jésus et les prorondes leçons de son anéantissement. Car votre Verbe, l'éternelle vérité planant au-dessus des sommets les plus sublimes de la création, élève à soi ceux qui s'abaissent. Dans les plus basses régions, avec le limon dont nous sommes formés, il s'est façonné l'humble maison de son humanité, pour humilier les superbes et les amener à lui, guéris de leur orgueil et pleins de son amour. Il a voulu que leur présomption cessât de les égarer, qu'ils s'anéantissent dans leur faiblesse en voyant à
(i) I'^ Epître à Timothé>2. 11, 5.
(2) Saint Jean, xiv, G.
ig8 La Jeunesse de saint Augustin.
leurs pieds, sous les haillons de notre chair, la Divinité elle-même, et que, lassés de leur égarement, ils se jetassent dans son sein pour être relevés quand elle se relèverait elle-même.
Mais alors j'étais bien éloigné de ces pensées, et ne voyais dans Notre-Seigneur Jésus-Christ qu'un homme éminent en sagesse, en tout incomparable. Sa miraculeuse naissance d'une vierge, son divin dévouement pour nous avaient, suivant moi, donné à son enseignement cette autorité souveraine qui inspirait, à son exemple, le mépris des biens temporels en vue de conquérir Timmortalité. Mais je ne soupçonnais pas même ce qu'il y a de mystère en ces mots : Le Vejiti£fait chair:. Seulement, ayant appris de la Sainte Ecriture qu'il a mangé, bu, dormi, marché, qu'il a connu la tristesse et la joie, qu'il a conversé avec nous, je concevais fort bien que^a chair n'avait pu être unie au Verbe qu'avec une âme humaine et un esprit raisonnable) C'est ce que n'ignore aucun de ceux qui connaissent l'immortalité du Verbe. J'avais dès lors assez de connaissance pour n'en pas douter. Car mouvoir les membres du corps au gré de la volonté, et ne les mouvoir plus; être affecté de quelque passion, puis y être indiff"érent; exprimer par des signes de sages pensées, puis garderie silence, sont les traits distinctifs d'une âme sujette au changement. Que si ces actions avaient été faussement rapportées, toutes les autres choses qu'on raconte de lui seraient suspectes de mensonge, le genre humain n'aurait plus en ll£crituxê la foi qui mène au salut.
Notre- Seigneur Jésus- Chi'ist. igg
Or, tout ce qu\el]e œ mientdtaiiLyrai, je reconnaissais en Jésus-Christ tout Thomme, non pas le corps seul de Thomme, ou le corps et Pârne sensitive sans Tesprit; mais l'homme entier, tel qu'il est.
Toutefois je ne vénérais pas encore en Jésus-Christ la personne même du Verbe, mais seulement la.naui^e^ huinâine^ansjia-étai de perfeçtion sublime, admise à une participation privilégiée de la sagesse qui rélevait au-dessus de tous les autres hommes.
Alypius pensait que, par le dogme du Verbe incarné, les catholiques entendaient qu'il n'y a en Jésus- Christ que la divinité et la chair, et nullement Tesprit et Pâme de Fhomme. Et parce qu'il était très persuadé que Jésus n'aurait pu, sans une âme raisonnable, faire toutes les choses qu'on a écrites de lui, il ne venait qu'à pas lents à la foi catholique. Mais bientôt, découvrant que c'était là Terreur des ApoUinaristes (i), il embrassa avec joie la foi de l'Eglise.
Pour moi, je l'avoue, je n'appris que quelque temps après combien, dans leur manière d'entendre le dogme du Verbe incarné, diffèrent la vérité catholique et l'hérésie de Photin (2). Et, à ce sujet, n'est-il pas remarquable que les contradictions de l'erreur ser-
(i) Disciples d'Apollinaire le jeune, évêque de Laodicée en Syrie. Cette secte, qui dura du iv au v^ siècle, niait en Jésus- Christ l'àme raisonnable, l'esprit, et prétendait que le Verbe n'avait pris que le corps et l'àme animale. Cette hérésie fut condamnée par le concile universel de Constantinople, en 38i.
(2) Photin, d'Ancire, prétendait que le Christ n'était qu'un homme, fils de Marie, élevé pour ses mérites à la dignité de fils de Dieu. Il fut condamné au concile de Sirmium, en SSj.
vent à mettre en lumière les vrais sentiments de votre Eglise et à préciser la saine doctrine ? // a fallu qu'il, y eût des hérésies (ij^ pour que la faiblesse des uns fîtjclater la constance des autres (2).
CES livres des platoniciens, que je lisais alors, m'ayant convié à la recherche de la vérité incorporelle, j'aperçus par l'intelligence de vos ouvrages vos perfections invisibles. Mais là, contraint de m^arrêter, je sentis que les ténèbres de mon âme m^empêchaient de les contempler.
J'étais certain que vous êtes, et que vous êtes infini, sans cependant vous répandre par les espaces finis ou infinis; toujours vous-même, sans altération ni changement d'état ou de lieu. J^étais certain que tout être procède de vous, par cette seule raison fondamentale, qu'il est. Mais, assuré de ces vérités, j'étais néanmoins trop faible pour jouir de vous.
Je me plaisais à parler de ces choses, comme si j'eusse été savant; et si je n'avais cherché dans le Christ sauveur la voie qui mène à vous, je me serais perdu avec ma science. Encore tout plein de ma misère, je voulais étaler ma sagesse; loin de pleurer sur l'une, je tirais vanité de l'autre.
(i) Épître aux Corinthiens, xi, 19.
(2) Livre vu, c. 18, ig.
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Car où était cette charité qui bâtit sur le fondement de rhumilité, sur Jésus-Christ lui-même? Ces livres pouvaient-ils me renseigner? Mais, en les faisant tomber entre mes mains, avant que j'eusse médité vos écritures, vous vouliez sans doute imprimer en ma mémoire le souvenir de l'état où ils m'avaient laissé, afin que, dans la suite, pénétré de la douceur de vos saints livres, pansé de mes blessures par votre miséricordieuse main, j'apprisse à discerner quelle différence il y a entre la présomption et Thumble aveu de sa faiblesse, entre ceux qui, voyant où il faut aller, ignorent le chemin, et ceux qui savent quelle route mène, non seulement à la contemplation, mais à la possession de la patrie bienheureuse.
Si tout d'abord, formé par vos saintes lettres, je m'étais habitué à en goûter les charmes, qui sait si la lecture de ces livres profanes ne m'aurait pas fait déchoir du solide fondement de la piété, ou si, tout imprégné de sentiments salutaires, je n'aurais pas cru que les ouvrages des philosophes suffisent à en produire de semblables (i) ?
E dévorai donc avidement ces pages vénérables, dictées par votre Saint-Esprit, et surtout Tapôtre
(i) Livre vu, c. 20.
Paul; et au même moment s'évanouirent ces difficultés qui me le présentaient quelquefois en contradiction avec lui-même et son texte en désaccord avec les témoignages de la loi et des prophètes. Je saisis Punité de physionomie de ces chastes Ecritures, et j^appris à les lire avec une allégresse mêlée de crainte.
Je connus aussitôt que tout ce que j'avais lu de vrai dans les livres profanes s'enseigne ici avec l'idée toujours présente de votre grâce, afin que celui qui voit ne se glorifie pas comme s'il n'avait pas reçu, non seulement ce qu'il voit, mais le moyen de le voir ; qiCa-t-il^ en effet, qu'il nait reçu (i) ? et aussi afin que, non seulement il soit excité à vous connaître, ô Dieu immuable, mais guéri pour vous posséder, et que le voyageur trop éloigné pour vous découvrir prenne la route qui mène à vous, vous voie et vous embrasse.
Encore que l'homme intérieur se plaise en la loi de Dieu, que fera-t-il de cette autre loi, vivante en ses membres, qui combat contre la loi de son esprit et le traîne captif sous cette loi de péché qui est dans sa chair (2) ? Car vous êtes juste, Seigneur; ce sont nos péchés, nos iniquités, nos offenses qui ont appesanti sur nous votre main (3). Et votre justice nous a livrés à l'antique pécheur, au prince de la mort, qui a persuadé à notre volonté l'imitation de sa volonté déchue de votre vérité.
(i) I Épître aux Corinthiens, iv, 7.
(2) Epître aux Romains, vu, 22.
(3) Daniel, m, 27, 32.
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Que fera cet homme mise'rable ? Qui le délivrera du corps de cette mort, sinon la. grâce par Jésus- Christ Notre-Seigneur (i), que vous avez engendré coéternel à vous-même et créé au commencement de vos voies (2), en qui le prince du monde n^a rien trouvé digne de mort (3), victime innocente, dont le sang a effacé l'arrêt de notre condamnation (4)?
Voilà où ces livres sont muets. Rien, dans ces pages profanes, ne rappelle la piété, les larmes de la pénitence, le sacrifice, agréable à vos yeux, des tribulations spirituelles, du cœur contrit et humilié, et le salut de votre peuple, et la cité sainte, votre épouse, et le gage du Saint-Esprit, et le calice de notre rédemption.
Là, personne ne chante : Mon âme ne sera-t-elle pas soumise à Dieu? Car il est mon Sauveur., mon Dieu, mon secours, mon refuge, et je ne serai pas ébranlé (5). Personne n'entend cet appel : Vene^ à moi., vous tous qui êtes affligés (6).
Ils dédaignent, ces superbes, d'apprendre de Jésus qu'il est doux et humble de cœur. Car c'est là ce que vous avez caché aux sages, aux savants, pour le révéler aux petits.
Oui, autre chose est d'apercevoir du haut d'un roc sauvage la patrie de la paix, sans trouver le chemin
(i) Rom. vir, 23, 25.
(2) Proverbes, viii, 22.
(3) Saint Jean, xiv, 3o.
(4) Ep. aux Colossiens, 11, 14.
(5) Psaume xli, 2 et 3.
(6) Matth. XI, 28, 29.
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qui y mène, et de s'épuiser en vains efforts, par des sentiers perdus, pour échapper à ces esclaves fugitifs, déserteurs de Dieu, guerroyant contre Thomme sous la conduite de leur prince infernal, lion et serpent tout ensemble ; autre chose de tenir la route véritable, protégée par Tarmée du roi céleste contre les démons qui en sont les transfuges ; car cette voie, ils révitent comme un supplice.
Je m^assimilais merveilleusement ces vérités, en lisant celui qui s^est appelé le moindre de vos apôtres. Je contemplais vos œuvres, et je restais éperdu d'admiration (i).
(i) Livre vu, c. 21.