‹ La jeunesse de saint AugustinChapitre 20 sur 30 · CHAPITRE SEIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEIZIÈME

EXEMPLE DU RHETEUR VfCTORINUS.

'esprit iV Augustin était conquis à la vérité chrétienne ; mais la volonté, esclave de la passion, hésitait en face du sacrifice. Là où le raisonnement n eût pas suffi, V exemple triompha.

Certes^ l'exemple ne lui avait pas manqué! Augustin n avait-il pas eu sous les yeux la vie de Monique et d''Ambroise? Mais il lui fallait des modèles plus à portée de lui, pour ainsi dire, qui lui apprissent comment les plus coupables, transformés par la grâce et le repentir., deviennent les plus généreux et les plus fervents.

Tel fut pour lui V exemple du célèbre rhéteur Victorinus, Africain comme lui., comme lui disciple de Platon, et dont la conversion éclatante avait naguère étonné Rome et réjoui V Eglise. Il en apprit Vhistoire de la bouche du vieillard Simplicianus, qui^ directeur spirituel de saint Ambroise, devint plus tard son successeur sur le siège épiscopal de Milan.

MON Dieu, que mes souvenirs soient des actions de grâces et que Je publie vos miséricordes envers moi ! Que votre amour me pénètre jusqu^à la moelle des os, et que je m'écrie : Seigneur, qui est semblable à vous ? Vous ave^ i^ompu mes liens, je vous dois un sacrifice de louanges ( i ) .

Je raconterai comment vous les avez brisés, ces liens, et tous ceux qui vous adorent diront à ce récit : Béni soitJe^^j^neu}%au ciel et sur la terre ; grand^ajdmirable est son nom (2).

Vos paroles s'étaient gravées au fond de mon âme, et vous Fassiégiez de toutes parts. J'étais certain de votre éternelle vie, quoiqu'elle ne m'apparût qu'en énigme et comme en un miroir (3). Il ne me restait plus aucun doute que votre incorruptible substance fût le principe de toutes les autres, et ce que je souhaitais, ce n'était pas d'être plus certain de vous, mais mieux affermi en vous. Car, dans la conduite de ma vie, tout chancelait; mon cœur était à purifier du vieux levain, et si je me félicitais d'avoir trouve

(i) Psaume xxxiv, 10.

(2) Psaume cxv, 17.

(3) I Cor. XIII, 12.

Exemple du rhéteur Victor inus. 20 j

la véritable voie, qui est le Sauveur lui-même, il me répugnait de marcher dans ses étroits sentiers.

Vous m'inspirâtes alors Pidée d'aller trouver Simplicianus, que j'estimais l'un de vos plus fidèles serviteurs et en qui brillait la lumière de votre grâce. J'avais appris que, dès sa jeunesse, il s'était entièrement consacré à votre service. Il était vieux alors, et il me semblait qu'ayant passé tant d'années dans une si parfaite étude de vos voies, il devait en avoir acquis une grande expérience et une science approfondie. Je ne m'étais pas trompé. Je me proposais de lui révéler toutes les agitations de mon âme, afin que, la connaissant bien^ il m'indiquât le moyen le plus propre à la remettre dans votre chemin, car je voyais , dans la multitude qui remplissait votre Église, chacun suivre une route différente.

J'avais pris en aversion ma vie mondaine ; elle m'était à charge depuis que je n'étais plus stim.ulé par ces ardentes espérances de richesses et d'honneurs, qui auparavant m'aidaient à supporter ce dur esclavage. Ces choses n^avaieni plus de charme pour moi, quand je les comparais aux douceurs et à la beauté de votre maison, que j'aimais déjà; mais l'amour charnel m'enchaînait encore. L'Apôtre , il est vrai, ne m'interdisait point le mariage, bien qu'il nous convie à un état plus parfait, lui qui aurait voulu que tous les hommes fussent en cela semblables à lui ; mais, trop faible, je me cherchais une place plus commode, et, dès lors, j'étais sans énergie pour tout le reste, en proie à de cruels soucis, d'au-

tant que la vie conjugale, vers laquelle m'emportait une irrésistible passion, entraînait après elle des misères que je ne voulais pas souffrir.

Bien vains sans doute sont tous ces hommes qui n'ont pas la science de Dieu et qui, de la connaissance de ces choses qu'ils estim.ent des biens, n'ont pu s'élever jusqu'à Celui qui est. Pour moi, je n'en étais plus à cette vanité. Je m'étais élancé plus haut, et, guidé par le témoignage de toutes vos créatures, je vous avais trouvé, ô mon Créateur, et en vous votre Verbe, Dieu lui-même, et le Saint-Esprit, un seul Dieu avec vous, par lequel vousavez faittoutes choses.

Mais il est une autre sorte d'impies, qui, connaissant Dieu, ne le glorifient pas comme Dieu et ne lui rendent point hommage. Voilà le précipice où j'étais tombé, et votre droite m'en avait retiré pour me mettre où je pouvais guérir. Car vous avez dit à l'homme : La vraie sagesse, c'est la piété ; et encore : Garde-toi, de vouloir paraître sage, car ceux qui se vantaient d'être sages sont devenus fous (i). J'avais trouvé cette perle précieuse que je devais acheter au prix de tous mes biens (2), et j'hésitais !

'allai donc trouver Simplicianus, père selon la grâce de votre évêque d'Ambroise, qui lui témoi-

(i) Job, XXVIII, 28. — Proverbes, iir, 7. — Rom., 1, 22. (2) Saint Matthieu, xiii, 46. — Confess. Livre viii, c. i.

Exemple du i^héteur Victorimis. 20 (j

gnait vraiment Taffectioii d'un fils. Je lui retraçai le dédale de mes erreurs. Lorsque je lui racontai que j'avais lu quelques ouvrages platoniciens, traduits en latin par Victorinus, rhéteur à Rome, et qui, m'avait-on dit, était mort chrétien, il me félicita de n'être point tombé sur les ouvrages d'autres philosophes , qui , au sujet du monde matériel , étaient pleins d'erreurs et de mensonges, tandis que , dans les livres des platoniciens, tout tend à élever la pensée vers Dieu et son Verbe. Ensuite, pour m'exhorter à rhumilité de Jésus-Christ, cachée aux sages et révélée aux petits, il me proposa l'exemple de Victorinus lui-même, qu'il avait intimement connu pendant son séjour à Rome. Ce qu'il me dit de lui, je ne le tairai pas; il y a là une de ces merveilles de votre grâce qui doivent être publiées à la gloire de votre nom.

Simplicianus me dépeignit ce vieillard si profondément instruit, si docte en toutes sciences libérales, qui avait lu, discuté et éclairci tant d'ouvrages philosophiques, maître de tant d'illustres sénateurs, à qui la gloire de son enseignement avait mérité, — honneur sans égal aux yeux du monde, — une statue sur le Forum ; jusqu'au déclin de l'âge adorateur des idoles, initié aux mystères sacrilèges, si chers alors à toute la noblesse romaine, dont l'engouement se communiquait au peuple et allait jusqu'à Tadoration du chien Anubis et d'une foule d'autres monstres armés naguère contre Neptune, Vénus et Minerve, vaincus auxquels Rome sacrifiait alors et que Victo-

rinus avait pendant tant d'annés défendus avec une éloquence toute profane. Or, ce vieillard n^avait pas rougi de se faire le serviteur de Jésus-Christ, de renaître enfant dans les eaux du Baptême, de courber le front sous le joug de l'humilité et sous Topprobre de la croix.

Seigneur, Seigneur, qui ave:{ abaissé les deux et en êtes descendu., qui ave:{ touché les montagnes et les ave:( embj-asées (i), par quels charmes vous êtes-vous insinué dans ce cœur? Il lisait la Sainte Écriture, il faisait une étude approfondie de tous les livres chrétiens et disait à Simplicianus, non pas en public, mais en secret, dans l'intimité : « Sais-tu que me voilà chrétien ?» — « Je ne le croirai pas, répondait son ami, je ne te compterai pas au nombre des chrétiens que je ne t'aie vu dans TÉglise de Jésus- Christ. )) Mais lui reprenait avec ironie : « Sont-ce donc les murailles qui font le chrétien ? »

Comme il répétait souvent qu'il était chrétien, Simplicianuslui faisait toujours la même réponse, et il ne manquait jamais de répliquer par ce trait de raillerie sur les murailles. Au fond, il appréhendait de blesser ses amis^ orgueilleux adorateurs des démons, de peur que des sommets de Babylone et des cimes de ces cèdres du Liban que Dieu n'avait pas encore brisés, ne fondissent sur lui de redoutables inimitiés. Mais la lecture et la méditation l'ayant affermi, il craignit d'être désavoué par Jésus-Christ

(i) Psaume cxliii, 5.

Exemple du f^héteur Victorimis. 211

devant les saints Anges, s'il craignait de le confesser devant les hommes (i); il reconnut dès lors qu'il serait coupable d'un grand crime s'il rougissait des mystères de l'humilité du Verbe, lui qui n'avait pas rougi du culte sacrilège de ces démons superbes dont il s'était fait le superbe imitateur. La honte de quitter le mensonge fit place à la honte de trahir la vérité, et, surprenant Simplicianus, il s'écria soudain : « Allons à Féglise, je veux être chrétien. » Son ami, transporté de joie, s'empressa de l'y conduire. Aussitôt qu'il eut reçu les premières leçons de vos mystères^ il donna son nom pour être régénéré par le Baptême, à i'étonnement de Rome, à la joie de votre Eglise. Les superbes, à cette vue, frémissaient, grinçaient des dents et séchaient de rage; mais votre serviteur, ô mon Dieu, avait son espérance en vous et ne donnait plus un regard aux folles vanités et aux mensonges.

Enfin, quand l'heure fut venue de faire la profession de foi qui consiste en une formule retenue de mémoire, et que récitent ordinairement, en présence des fidèles de Rome, ceux qui demandent l'accès de votre grâce, les prêtres offrirent à Victorinus de la prononcer en particulier, comme il était d'usage de le proposer aux personnes qu'une solennité publique pouvait intimider ; mais lui aima mieux confesser devant la sainte multitude la foi qui devait le conduire au salut; car ce n'était point le salut qu'il en- Ci) Saint Matthieu, x, 33.

seignait dans son école de rhétorique, et cependant il avait professé publiquement. Si donc il n^avait. pas craint d'exposer sa parole au jugement d'une foule* d'insensés, combien peu devait-il craindre de prononcer votre parole en présence de votre paisible troupeau !

Il monta, et son nom, répété tout bas par ceux qui le connaissaient, se mêla à un murmure de joie. Et de qui, dans cette enceinte, n'était-il pas connu? Aussi, dans un transport à peine comprimé, chacun disait : Victorinus, Victorinus! Sa vue avait excité ce frémissement; le désir de Fentendre le calma bientôt. Il prononça avec une admirable foi le symbole de la vérité, et tous auraient voulu Tenlever dans leur cœur; il s'y trouvait placé : la joie et Pamour étaient les mains qui Py portaient (i).

DIEU bon, que se passe-t-il dans l'homme, pour qu'il ressente plus de joie du salut d'une âme désespérée et de sa délivrance d'un péril extrême, que s'il eût toujours bien espéré d'elle ou que le danger eût été moins grand? Vous-même, Père miséricordieux, vous vous réjouisse:{plus d'un seul pénitent., que de

(i) Livre viii, c. i, 2.

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quatre-vingt-dix-neuf Justes qui n ont pas besoin de pénitence. Et nous, avec quelle joie nous apprenons que le bon Pasteur, aux acclamations des anges, rapporte sur ses épaules la brebis égarée, et que la drachme perdue est remise dans vos trésors, aux applaudissements des voisines de celle qui Ta retrouvée! Les solennelles réjouissances de votre maison nous arrachent des larmes, quand nous lisons de votre enfant prodigue qu'il était mort et qu^ilest ressuscité; qu'il était perdu et qu'il est retrouvé [i). V^ous vous réjouissez en nous et en vos anges par cette charité qui sanctitie; car vous, toujours le même, vous avez toujours la même connaissance de ce qui change et n'est pas toujours.

^ TJue se passe-t-il donc dans Tàme, pour qu'elle éprouve plus dejoie à retrouver ce qu'elle aime qu'à le posséder constamment: Tout l'atteste, tout est plein de témoignages qui crient : Il en est ainsi. Un général triomphe après la victoire ; il n'aurait pas vaincu, s'il n'eût pas combattu ; plus grand a été le péril du combat, plus grande est la joie du triomphe . Un vaisseau est battu de la tempête, menacé du naufrage; les passagers pâlissent en face de la mort; le ciel et la mer s'apaisent : Texcès de la joie nait de l'excès de la crainte. Une personne aimée est malade, son pouls présente des symptômes alarmants; tous ceux qui désirent sa guérison soutirent dans leur cœur; elle est sauvée, et bien qu'elle marche à peine,

(i) Saint Lac. xv.

c'est un bonheur tel qu^il n^en fut jamais quand elle avait toute la vigueur de la santé.

Et les plaisirs de cette vie , ce n'est pas seulement au prix de désagréments imprévus et involontaires qu'on se les procure, mais par des peines calculées et consenties.

Nul est le plaisir de boire et de manger s'il n'est assaisonné de faim et de soif. Les gens adonnés au vin prennent des mets salés afin de calmer ensuite l'irritation désagréable par la boisson qui leur plaît.

Ainsi dans l'abomination des voluptés coupables comme dans les plaisirs honnêtes et permis, dans la sincérité d'une amitié pure et dans ce retour de l'enfant moi^t et ressuscité, perdu et retrouvé, partout la joie est d'autant plus vive qu'elle succède à de plus grandes peines. Pourquoi cela. Seigneur, mon Dieu, quand vous êtes pour vous-même le sujet d'une joie éternelle, et que plusieurs de vos créatures goûtent auprès de vous des plaisirs sans cesse renaissants ? Pourquoi ce monde inférieur passe-t-il ainsi, par une continuelle alternative, de l'abondance à la misère, de la guerre à la paix? Est-ce une condition de sa nature, et n'avez-vous point voulu lui accorder davantage, tandis que depuis les sommets des cieux jusqu'aux profondeurs de la terre, depuis le commencement jusqu'à la fin des siècles, depuis l'ange jusqu'au vermisseau, depuis le premier des mouvements jusqu'au dernier, vous avez dispensé tous les biens et disposé tous vos ouvrages, chacun en son temps et en son lieu?

Exemple du j^Iiéteur Victorinus. 2i5

Mon Dieu, que vous êtes sublime dans les hauteurs et profond dans les abîmes! Vous n'êtes jamais loin, et pourtant quelle peine pour res^enir à vous (i)!

AL^ŒuvRE , Seigneur; réveillez-nous, rappeleznous, embrasez, entraînez, consumez, charmez ! Et nous, aimons, courons !

Combien reviennent à vous d'un abîme d'aveuglement plus profond que celui de Victorinus et s'approchent, et reçoivent le rayon de votre Lumière, et avec elle le pouvoir de devenir enfant de Dieu !

Mais, moins connus des hommes, ils procurent par leur retour m.oins de joie, même à ceux qui les connaissent. C'est que la joie commune à un grand nombre est plus abondante en chacun, parce qu'elle s'accroît et s'enflamme au contact. Et puis, les hommes connus ont plus d'autorité pour entraîner la foule sur leurs pas dans la voie du salut. Voilà pourquoi ceux-là même qui les ont devancés éprouvent plus de satisfaction : ils savent qu'ils n'auront pas à se réjouir pour eux seuls.

Loin de moi la pensée de prétendre que, dans votre maison, les riches soient préférés aux pauvres, les nobles aux roturiers, puisque vous avez choisi

(i) Livre viii, c. 3.

2i6 La Jeunesse de saint Augustin.

ce qui est faible dans le monde pour confondre ce qui est fort ; ce qui est vil et méprisable et ce qui est comme n'étant pas, pour anéantir ce qui est (i). Et pourtant, celui par qui vous avez prononcé ces paroles, celui qui s'appelait le dernier de vos apôtres, vainqueur du consul Paul, qu'il avait soumis au joug si doux de Jésus-Christ et enrôlé au service du grand. Roi, voulut échanger son nom de Saul contre celui de Paul, en mémoire d'un si éclatant triomphe. Car Pennemi est d'autant plus complètement vaincu qu'on lui enlève celui qu'il possède avec plus d'empire et par qui il en possède plusieurs. Satan tient les grands par l'orgueil et le vulgaire par l'autorité de leurs exemples. Or, plus on aimait à se figurer le cœur de Victorinus comme une citadelle inexpugnable et sa langue comme un dard acéré dont il avait tué tant d'âmes, plus l'enthousiasme de vos enfants devait éclater, quand ils voyaient que notre Roi avait enchaîné /e/or^ arme', et que, de ses dépouilles purifiées, il avait fait un trophée à votre gloire et d'utiles instruments pour toute bonne œuvre (2}.

\ PEINE l'homme de Dieu m'avait-il raconté la conversion de Victorinus, que je brûlais déjà

(i) I Cor., I, 27, 28.

(2) Livre viii, c, 4.

Exemple du rhéteur Victorinus. 21 j

de rimiter. Et c'était ce que Simplicianus s'était proposé. Il ajouta que, sous le règne de Tempereur Julien, une loi ayant interdit aux chrétiens renseignement des lettres et de Téloquence, Victorinus s'était empressé de s'y soumettre, préférant aux vaines déclamations de l'école votre Verbe, qui rend éloquente la langue des enfants (ij ; et moi, j'admirais le bonheur et le courage qu'il avait eus de se ménager tant de loisir pour vous.

C'est après un tel loisir que je soupirais, enchaîné, non plus par des liens étrangers, mais dans les fers de ma volonté. L'ennemi tenait en sa main mon vouloir; il en avait fait une chaîne et il m'en avait garrotté. Car la volonté pervertie fait la passion; rass erviss^mjent à la passion fait l'habitude, et l'habitude à laquelle on ne résiste pas devient une néces- SLXi^C'étaient là comme autant d'anneaux enlacés, dont s'était formée la chaîne de mon dur esclavage. Si je sentais naître en moi une volonté nouvelle de vous servir sans intérêt et de jouir de vous, mon Dieu, ma seule vraie joie, elle était trop faible encore pour triompher de l'autre, que Thabitude avait fortihée. Ainsi deux volontés. Tune ancienne , l'autre nouvelle, l'une charnelle, l'autre spirituelle, étaient aux prises, et mon âme s'usait dans ces discordes.

Et je comprenais par ma propre expérience ce que j'avais lu, que la chair a des désirs contraires à ceux dej^esprit^ et V esprit à ceux de la chair (2). De part

(i) Sagesse, x, 21.

(-2) Épître aux Galates, v, 17.

2i8 La Jeunesse de saint Augustin.

et d'autre c'était bien moi, mais il y avait plus de moi dans le bien que j'approuvais que dans le mal que je haïssais.

Dans le mal, je n'étais presque plus pour rien ; je le souffrais plutôt que je ne le faisais volontairement. Et cependant l'habitude, si forte contre moi, venait de moi, puisque ma volonté m'avait amené où je ne voulais plus être. Et qui oserait se plaindre de ce que le pécheur porte la juste peine de son péché ?

Je n'avais plus même l'excuse d'attribuer mes lenteurs à vous servir, en méprisant le siècle, aux incertitudes de mon esprit; car la vérité était pour moi manifeste; mais, attaché à la terre, je refusais de m'enrôler à votre service et je craignais la délivrance com,me on devrait craindre la servitude..

Ainsi le fardeau du siècle pesait sur moi comme le doux accablement du sommeil. Mes pensées qui s'élevaient vers vous ressemblaient aux efforts d'un homme qui voudrait s'éveiller, mais qui retombe enseveli dans son assoupissement. Sans doute il n'est personne qui voulût dormir toujours; le bon sens préfère la veille au sommeil; toutefois, on diffère souvent à secouer la torpeur qui enchaîne les membres et à laquelle on s'abandonne à regret, quoique l'heure du lever soit venue. De même, j'avais la certitude qu'il valait mieux me livrer à votre amour que de m'abandonner à ma passion ; j'approuvais le premier parti, qui triomphait dans mon esprit; je cédais à l'autre, qui captivait ma volonté. Et que vous répondre, lorsque vous me disiez : Lève-toi, toi qui

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dors ; lève-toi d'entre les morts, et Jésus-Christ f illuminera fij. Entouré d'éclatants témoignages, convaincu de la vérité, je n'avais à vous opposer que ces paroles languissantes et comme endormies : Tout à Vheitre ! encore un instant I... Mais ce tout à Theure durait toujours, cet instant ne finissait pas!

Vainement, je trouvais, selon l'homme intérieur, des charmes dans votre loi ; une autre loi, dans ma chair, luttait contre la loi de mon esprit et me faisait subir la loi du péché, dont je devenais ainsi l'esclave. Car la loi du péché, c'est cette force de l'habitude qui entraîne Tesprit et le retient captif malgré lui, et pourtant à bon droit, puisqu'il est volontairementasservi. Malheureux homme! qui pouvait me délivrer de ce corps de mort, sinon votre grâce par Jésus- Christ Notre-Seigneur?

(0 Épître aux Éphésiens, v, 14.

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