‹ La jeunesse de saint AugustinChapitre 21 sur 30 · SAINT ANTOINE ET LES COURTISANS DE TREVES · texte numérisé non relu

SAINT ANTOINE ET LES COURTISANS DE TREVES

^HISTOIRE du î^héteiir Victorinus avait Li^ ^PP^^^-^ à Augustin comment on foule aux "^ pieds le i^espect humain pour faire prof es- "** sion publique de VEvangile. Mais Dieu, qui le destinait à devenir un des patriarches de la vie parfaite, lui proposa bientôt l'exemple d\ine vertu plus haute. Ce fut un soldat qui redit à Augustin et à son cher Alypius le mot de saint Paul : Aemulamini charismata meliora, leur proposant pour modèle le glorieux saint Antoine^ qui non seulement avait peuplé le désert de solitaires^ mais conquis des âmes après sa mort, jusque dans le palais des empereurs. Saint Antoine, justement surnommé le Grand, a eu pour historien V illustre patriarche d'Alexandrie , saint Athanase. Né en Egypte, sous Vempire de Dèce, Van de Jésus- Christ 25 1; seul héritier^ à dix-huit ans, d'une fortune considérable, il avait suivi à la lettre le conseil de P Évangile, qu il entendit un jour lire à V église : Si vous voulez être parfait, allez, vendez ce que vous avez, donnez- le aux pauvres et suivez-moi (i).

(i) Saint Matthieu, xix.

Après un long noviciat sous la conduite de plusieurs solitaires, le jeune héros, qui, armé du bouclier de la foi, avait triomphé de tous les assauts du démon^ s''enfonca dans la solitude, caché d'abord dans un tombeau, puis dans un fort en ruines. Mais bientôt les disciples lui vinrent de toutes parts, et ce fut de sa main, dit saint Jean Chî-ysostôme, que r Egypte reçut la bénédiction que lui avait value la présence du divin Enfant proscrit par Hérode.

Quand Maximin Data renouvela la persécution contre V Eglise, Antoine courut à Alexandrie pour obtenir le bonheur du martjyre. Trompé dans son espoir, il se retira sur le mont Col^in, qui depuis reçut son nom, en souvenir des prodiges qu il jy opéra et des vertus dont il y donna V exemple.

Le monde était plein de la gloire de cet homme qui l'avait fui. Constantin et ses fils lui écrivaient des lettres. Athanase, Pacome, Hilarion se faisaient ses disciples. Quand mournit, le ij janvier 356, âgé de cent cinq ans, celui que saint Grégoire de Na:{ian:{e nomme le divin Antoine, les éléments même le pleurèrent, dit saint Jérôme.

Tel est le grand homme dont l'officier Potitianus vint révéler la merveilleuse vie à Augustin et à Alypins (i).

( i) Le corps de saint Antoine, transféré d'abord à Alexandrie, puis à Constantinople, fut apporté en Dauphiné, au x*» siècle. Ces précieuses reliques, sauvées en 1793, sont encore vénérées en un petit village nommé Saint- Antoine, à 12 ou i 3 kilomètres de Saint-Marcellin. {Vie des Pères des déserts d'Orient, par le P. Marin, minime [Ed. Vives, 1869], t. 1", p. 64.)

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COMMENT VOUS m'avcz délivré du lien si fort des désirs charnels et de l'esclavage du siècle, je vais le dire à la gloire de votre nom, Seigneur, mon Rédempteur et mon secours.

Ma vie était la même; au milieu d'anxiétés croissantes, je soupirais continuellement vers vous. Je fréquentais votre Église autant que le permettaient les occupations sous le poids desquelles je gémissais.

Alypius était auprès de moi ; sorti pour la troisième fois de la charge d'assesseur, il attendait en repos l'occasion de vendre des consultations d'avocat , comme je vendais moi-même des leçons d^éloquence, si toutefois l'éloquence est une denrée qu'on puisse acheter ainsi. Pour Nebridius, il avait fait à notre amitié le sacrifice d'aller suppléer dans sa chaire le grammairien Verecundus, citoyen de Milan, notre intime ami, qui nous en avait témoigné le vif désir, nous demandant, au nom de Famitié, quelqu'un de nous pour lui rendre ce service, dont il avait un pressant besoin. Ce ne fut donc pas l'intérêt qui décida Nebridius. Il pouvait, s'il eût voulu, tirer des lettres un plus grand profit; mais, par bienveillance, il se rendit à nos prières, doux et tendre ami ! Sa conduite

fut pleine de prudence; il évita soigneusement d'être connu des grands du siècle, dont le commerce aurait pu troubler son esprit, qu'il voulait garder libre, et ses loisirs, qu'il consacrait, aussi longtemps que possible, à méditer, à lire, à écouter ce qui touche à la sagesse.

Un jour qu'il était absent, je ne sais plus pourquoi, nous reçûmes, Alypius et moi, la visite d'un de nos compatriotes d'Afrique, nommé Potitianus, l'un des premiers officiers militaires du palais. J'ignore ce qu'il voulait de nous. Nous nous assîmes pour converser. Apercevant par hasard un livre sur une table de jeu qui se trouvait devant nous, il le prit, .11 l'ouvrit; c'était V Apôtre Paul. Il ne s'y attendait certainement pas, croyant trouver un des auteurs que je m'usais à commenter. Il sourit, me félicita du regard, étonné de trouver sous mes yeux ce livre, et ce livre seul. C'était un fidèle chrétien, souvent prosterné devant vous à l'église, ô mon Dieu, en de longues oraisons.

Je lui avouai que la Sainte Écriture faisait ma principale étude. Alors, il fut amené par la conversation à nous parler d'Antoine, solitaire d'Egypte, dont le nom, si glorieux parmi vos serviteurs, nous était encore inconnu. Il s'en aperçut et insista sur ce sujet, révélant ce grand homme à notre ignorance, dont il ne pouvait assez s'étonner.

Pleins de stupeur et d'admiration, nous écoutions le récit de ces authentiques merveilles, opérées récemment et presque de nos jours au sein de la vraie

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foi, dans l'Eglise catholique. Nous étions également surpris, nous d'apprendre ces prodiges, lui d'être le premier à nous les révéler.

Puis il parla des pieux troupeaux monastiques, du parfum de vertus qui s'en exhale et de cette fécondité du désert dont nous ne savions rien. A Milan même, hors des murs, était un monastère rempli de bons frères, entretenu parAmbroise, et nous Fignorions !

Il continuait de parler, et nous Técoutions en silence. Il en vint à nous raconter qu'un jour, à Trêves, l'empereur passant l'après-midi au spectacle du cirque, trois de ses compagnons et lui allèrent se promener dans les jardins attenant aux murs de la ville. Comme ils marchaient deux à deux, ils se séparèrent. Les deux qui n'étaient pas avec Potitianus, allant au hasard, entrèrent dans une cabane où vivaient quelques-uns de ces pauvres volontaires, vos serviteurs, auxquels le royaume de Dieu appartient^ et là ils trouvèrent un manuscrit de la vie d'Antoine. L'un d'eux se met à lire, il admire, il s'enflamme et, tout en lisant, il songe à embrasser une telle vie, à quitter la milice du siècle pour votre service. Ils étaient l'un et l'autre agents d'affaires de l'empereur.

Rempli soudain du divin amour et d'une sainte honte, il s'irrite contre lui-même; puis, regardant son ami : t Dis-moi, je te prie, où prétendons-nous parvenir par tant de fatigues? Que cherchons-nous ? Pourquoi servons-nous? Notre plus grand espoir au palais n'est-il pas de devenir amis de l'empereur? Et

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là même, quelle fragilité ! Que de périls! Périls sans nombre pour arriver à un plus grand péril ! Et puis, quand cela sera-t-il ? Au contraire, ami de Dieu, sue

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