‹ La jeunesse de saint AugustinChapitre 26 sur 30 · CHAPITRE VINGT-UNIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-UNIÈME

LE BAPTEME D AUGUSTIN.

^^î^^ UX approches du carême. Augustin et ses pieux amis revinrent à Milan, pour y suivre les instructions données aux catéchumènes par Vévêque Ambroise. Alypius et Adeodatus avaient aussi donné leurs noms pour être baptisés.

Ce fut le samedi saint, dans la vigile du 24 au 25 avril 38-], qu Augustin fut régénéré dans Veau et le Saint-Esprit. Le théâtre de ce grand événement fut Véglise du Baptistère, qui portait alors le nom de Saint-Jean-aux-Fonts. C'était un riche oratoire, de forme octogone, couvert de marbres et de peintures, orné d'inscriptions en vers que saint Ambroise avait composées lui-même.

Une tradition poétique rapporte quau sortir de Veau sainte, le néophyte, répliquant à Vévêque, improvisa avec lui, verset par verset^ le chant triomphal du Te Deum. Mais elle n'a pas trouvé grâce devant la critique des Mabillon, des Cellier, des Pagi (i). Le

(i) Voyez Tabbé Martigny, jDfc^/o?în^zre des antiquités chrétie}înes,Qt la belle Vie de saint Ambroise, par M. l'abbé Baunard.

Te Deum est généralement attribué à saint Nicet, évêque de Trêves^ en 52j. — Saint Augustin a révélé en quelques lignes l'ineffable joie dont son âme fut alors iiiondée. Il a raconté, dans un admirable langage, Vimpression suave et profonde que firent sur lui les chants liturgiques que venait d'inaugurer V Eglise de Milan, et les miracles opérés par les saintes reliques des martyrs Gervais et Protais. Mais il faudrait avoir son cœur pour le bien comprendre !

Le baptême d"^ Augustin. 26g

LE temps était venu de m'enrôler dans Farmée du Christ. Nous quittâmes Gassiciacum pour retourneràMilan. Alypiusvouiutrenaîtreenvous avec moi. Déjà il avait revêtu cette humilité qui rend digne de vos sacrements, intrépide à dompter son corps, jusqu'à fouler pieds nus, — prodige d'austérité, — ce sol d'Italie couvert de glace.

Nous nous associâmes le jeune Adéodatus, ce lils de mon iniquité, que vous aviez comblé de vos dons. A peine âgé de quinze ans, il surpassait en génie des homm.es avancés dans la vie et dans la science.

Ce sont vos dons que je publie, Seigneur mon Dieu, créateur de toutes choses, dont la puissance réforme nos difformités. Car en cet enfant il n'y avait de moi que le péché ; si je Tavais élevé dans votre crainte, nul autre que vous ne me Pavait inspiré. Oui, ce sont vos dons que je publie. Il est un livre écrit par moi, intitulé : Le Maître; mon interlocuteur est cet enfant; les réponses faites sous son nom sont, vous le savez, ses pensées de seize ans. Il s'est révélé à moi par des signes plus merveilleux encore. Son génie m'effrayait. Et quel autre que vous ne serait l'artisan de tels prodiges?

Vous n'avez pas tardé à Fenlever à la terre ; son souvenir me laisse plein d'assurance, je suis sans inquiétude sur son enfance, sa jeunesse, sa vie entière.

Nous nous Tétions donc associé comme un frère en votre grâce, voulant l'élever pour vous.

Et nous fûmes baptisés ! Et tout remords du passé s'enfuit loin de nous! En ces jours-là, je ne me rassasiais pas de contempler la profondeur de vos desseins sur le salut du genre humain.

QUE de larmes j'ai versées en écoutant vos hymnes, vos cantiques, vivement ému des mélodieux chants de votre Eglise! Ceschants. coulant dans mon oreille, épanchaient la vérité dans mon cœur, y soulevaient des élans de pitié et m'arrachaient des larmes, larmes bienheureuses (i)!

L'Eglise de Milan venait d'adopter cette pratique consolante et sainte ; dans un même concert, les frères mêlaient avec amour leurs voix et leurs cœurs. Il y avait un peu plus d'un an, Justine, mère du jeune empereur Valentinien, séduite par les Ariens, persécutait votre serviteur Ambroise.

(i) L. IX, c. 6.

Le baptême d* Augustin. 2'ji

Le peuple fidèle passait les nuits dans Téglise, prêt à mourir avec son évêque; et ma mère, votre servante, la première à prendre sa part d'angoisses et de veilles, n'y vivait que d'oraisons.

Nous-mêmes, dontlaflammeduSaint-Espritn'avait pas encore échauffé la tiédeur, nous étions émus de ce trouble, de cette consternation de toute une ville.

Alors, pour prémunir le peuple contre l'abattement et Tennui , on résolut de chanter des hymnes et des psaumes, selon l'usage de l'Eglise d'Orient, qui, retenu parmi nous, s'est répandu, de proche en proche, dans presque toutes les parties du bercail catholique.

AL.v même époque, vous révélâtes en songe à votre évêque le lieu qui recelait les corps des martyrs Gervais et Protais. Vous les aviez gardés à l'abri de la corruption pendant tant d'années dans le trésor de vos secrets, voulant les produire en temps opportun pour réprimer la fureur d'une femme, mais d'une femme qui portait le sceptre. Retrouvés, exhumés, on les transfère solennellement à la basilique Ambroisienne, et les possédés sont délivrés des esprits immondes, de Paveu même de ces démons. Un citoyen très connu, aveugle depuis longtemps, de-

mande et apprend la cause de Penthousiasme du peuple; il se lève et prie son guide de le mener à ces reliques. Arrivé là, il est admis à toucher avec un mouchoir le cercueil où reposent les restes de vos Saints dont la mort fut précieuse devant vous.

Il le fait, touche ses yeux, qui s'ouvrent à Pinstant. Le bruit s^en répand, vos louanges éclatent, et si le cœur de la femme ennemie n'est pas rendu à la santé delà foi, il est du moins réprimé dans ses fureurs de persécution.

Grâces à vous, mon Dieu ! D'où avez-vous rappelé mon souvenir, pour que je révélasse à votre gloire ce grand prodigeque, par oubli, j'avais omis deraconter ?

Hélas! lorsque tout exhalait ainsi la vive odeur de vos parfums, je ne courais pas après vous! Et c'est ce qui me faisait tant pleurer en écoutant vos cantiques. J'avais soupiré si longtemps après vous! Enfin je respirais autant qu'on le peut sur la terre, vile cabane de chaume (i) !

O vous, qui rassemble^ dans une seule maison ceux qui n'^ont qu'aune âme (2), vous nous avez associé alors un jeune compatriote, Evodius,officierderempereur, converti et baptisé avant nous, qui avait quitté la milice du siècle pour servir dans la vôtre.

Réunis, saintement résolus à vivre en commun, nous cherchions un lieu propice au dessein de vous servir, prêts à retourner ensemble en Afrique (3).

(i) L. IX, c. 7.

(2) Psaume xlvh.

(3) L. IX, c. 8.

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