‹ La jeunesse de saint AugustinChapitre 7 sur 30 · VII · texte numérisé non relu

VII

lyyrAis VOUS avez étendu votre main d^en haut, et ^^ vous avez tiré mon âme de ces profondes ténèbres, alors que ma mère, votre fidèle servante, pleurait sur moi plus que les autres mères sur le cercueil de leurs fils. Elle me voyait mort à la foi, à l'Esprit qu^elle tenait de vous, et vous Pavez exaucée. Seigneur !

Vous Tavez exaucée ! vous n'avez pas dédaigné ses larmes dont le torrent arrosait la terre sous ses yeux, partout où elle se prosternait dans la prière.

Vous Pavez exaucée ! car d'où pouvait lui venir ce songe qui la consola si bien qu'elle me permît de vivre auprès d'elle, dans sa maison, de manger à sa table, d'où elle m'avait éloigné par horreur de mes blasphèmes impies ?

Elle se voyait debout sur une règle de bois, quand un jeune homme vint vers elle, tout rayonnant de lumière, souriant aimablement à sa tristesse morne et découragée. Il lui demanda la cause de sa douleur et de ses larmes continuelles, du ton de quelqu'un qui veut plutôt instruire que s'enquérir. Et sur sa réponse qu'elle pleurait ma perte, il lui ordonna de ne se plus mettre en peine et de faire attention que, là où elle était, j'étais moi-même. Elle regarda, et me vit à côté d'elle, sur la même règle, debout.

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Ah ! vous prêtiez assarément Toreille au cri de son cœur, Dieu bon, tout-puissant, qui prenez soin de chacun comme s^il était seul, et de tous comme de chacun !

J^ajouterai que lorsque ma mère me raconta la vision, je m'efforçai de Pentraîner à Pespérance de devenir un jour ce que j'étais ; mais elle, aussitôt et sans hésiter : « Non, répondit-elle, on ne m'a pas dit: Vous sere:{ où il est, mais bien : // sei' a où vous êtes. »

Je rappelle devant vous ce souvenir, Seigneur, comme je l'ai déjà dit souvent ; la réponse de ma mère si attentive à votre oracle et si prompte à voir la vérité qui m'échappait, sans se laisser troubler par une fausse interprétation, cette réponse m'émut bien plus que le songe lui-même, qui consolait son inquiétude présente et lui présageait la joie pour un avenir encore lointain.

Car neuf années s'écoulèrent, durant lesquelles je me roulai dans la fange du péché et les ténèbres de l'erreur, faisant de fréquents efforts pour me relever, et retombant toujours plus bas. Et cependant cette veuve pieuse, chaste et sobre, semblable à celles que vous aimez, plus facile à l'espérance, mais non moins assidue à gémir et à pleurer, ne cessait, aux heures de ses longues prières, de se lamenter sur rnoi.

Ses prières montaient jusqu'en votre présence, et vous me laissiez néanmoins me tourner et me retourner dans cette profonde nuit (i).

(i) L. III, c. II.

T TERs le même temps vous prononciez un autre ^ oracle dont je me souviens. Il est bien des choses que je passe, pour courir à celles qui m'excitent davantage à vous bénir ; il en est aussi que j'ai oubliées.

Cet oracle, vous l'avez rendu par la bouche d'un évêque, nourri dans votre Eglise, versé dans la science de vos Ecritures. Ma mère le priait un jour de daigner converser avec moi pour réfuter mes erreurs, -me désapprendre le mal et m'enseigner le bien, supplication qu'elle adressait à tous ceux qu'elle croyait capables d'une telle entreprise. Il refusa, et c'était agir prudemment, comme je Tai reconnu plus tard. Mon esprit, disait-il, était encore trop indocile, séduit par la nouveauté de l'erreur et fier du succès de quelques disputes dans lesquelles, ainsi que le lui avait raconté ma mère, j'avais troublé la simplicité de plusieurs personnes ignorantes (i).

« Laissez-le, ajouta-t-il; contentez-vous de prier le Seigneur pour lui. En étudiant, il apprendra luimême tout ce qu'il y a là d'erreur et d'impiété. »

(i) Augustin s'accuse ailleurs d'avoir alors, avec une impétuosité juvénile, défendu l'hérésie et tourné contre la foi catholique les traits envenimés d'une loquacité furieuse : fidem catholicam miserrima et furiosissima loquacitate vastabam. (De dono perseverantiœ, lib. ii, c. 20.)

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Et il lui raconta que, tout enfant, il avait été livré aux Manichéens par sa mère, malheureusement séduite ; qu'il avait non seulement lu, mais copié presque tous leurs livres, et que, sans dispute, sans exhortation de personne, il avait vu clairement qu'il fallait fuir cette secte, et il l'avait fuie.

Comme ma mère, sans se rendre à ses paroles, le pressait plus encore de ses prières et de ses larmes abondantes, pour qu'il me vît et conversât avec moi : « Allez, dit-il avec quelque impatience : allez, et vivez toujours ainsi. Il est impossible qu'il périsse, le fils de telles larmes ! »

Plus tard, dans nos entretiens, ma mère rappelait souvent qu'elle avait reçu cette réponse comme une voix du ciel (i).

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