Jour, d'il
conversation roule sur ces grandes masses de caractères ou de passions qui font mon étude continuelle ^. »
Beyle profite donc des loisirs que lui laisse le métier d'aide ^e camp, non pour s'amuser, mais pour cultiver son génie. Aussi bien est-ce là son plaisir véritable. « Hâtons-nous de jouir, nos moments nous sont comptés, l'heure que j'ai passée à m'affliger ne m'en a pas moins approché de la mort. Travaillons... » Telle est la doctrine de Beyle à 18 ans. Epicurisme singulier, qui aboutit à une règle d'énergie. Plus tard, Beyle mettra dans sa philosophie du plaisir moins de raideur stoïcienne. Quelle que soit la volupté, elle lui paraîtra une fin désirable, et il pensera surtout à trouver le bonheur. La gloire ne lui semblera plus qu'une chance heureuse, sur laquelle il ne faut pas trop sérieusement compter. Mais, en 1801, Beyle veut la gloire ; il croit la mériter ; il pense que c'est pour lui un devoir étroit de tout faire pour l'obtenir. Et, passionnément, il y travaille.
C'est y travailler déjà que d'aller au théâtre, et il y va tous les soirs ^. Il entend des comédies et des tragédies, bien diverses, mais qui du moins lui apprennent un peu d'italien. Un jour c'est « Zelinda e Lindoro, excellente comédie de Goldoni », et c'était la veille « Epicharide e Nerone, assez bonne tragédie » de Legouvé, mise en italien ; puis une comédie de Federici, un drame traduit de Kotzebue, une comédie de Gozzi, une autre d'Albergati ^, et beaucoup encore que nous ignorons. Beyle, en les écoutant, n'oublie pas un instant son dessein : à mainte reprise il se demande s'il ne pourrait faire lui-même de ce qu'il entend une pièce française *. Et nous verrons tout à l'heure qu'il ne se contente pas de se poser la question.