LA PETITE GARNISON
« Je ne songeai bientôt plus à étudier M. de Turenne et à l'imiter. Cette idée... était combattue par cette autre : faire des comédies comme Molière et vivre avec une actrice. »
« J'étais ennuyé à l'excès de mes camarades... »
{H. Br., I, 11.)
Le 1^^ complémentaire an IX ^, Henri Beyle quittait Brescia avec son ordonnance, ses chevaux, ses effets et ses livres, pour rejoindre son régiment dans une petite ville du Piémont.
Ce n'était plus le jeune héros partant pour la guerre et la gloire. Cet officier méditatif, voyageant avec une petite bibliothèque de poètes et de philosophes, ferait plutôt penser à Yauvenargues, ou bien à Alfred de Vigny. Comme eux il est déçu par les petitesses du métier, comme eux il a rêvé vainement d'héroïsme, comme eux, incompris au milieu de compagnons grossiers, il se console en lisant, en écrivant et en rêvant.
Beyle passa une semaine à Milan ; il y alla voir son médecin, acheta une grammaire anglaise, reparut une dernière fois à la casa Bovara, où Petiet offrait un bal, et au café de la Porte Orientale, où il déjeuna en compagnie de ses amis, célébra avec la foule le neuvième anniversaire de la République française, fit ses adieux à Angela et à la