‹ La jeunesse de Stendhal (volume 2)Chapitre 124 sur 166 · Jour. d'It · texte numérisé non relu

Jour. d'It

2. Parti de Milan le 26 septembre, il sera à Bra le 29 [Jour, d'il., 42-45).

3. D'après Fantin des Odoards {Journal, 1895, in-8°), les routes dans la région d'Alexandrie étaient tellement intestées de voleurs qu'il fallait « y marcher en caravane » (32). Cf. une anecdote rapportée par Thiébault.

4. Le 6^ dragons était dispersé dans plusieurs petites villes de la haute vallée du Pô, au sud de Turin. Le 18 thermidor précédent, Beyle avait aj'pris qu'il était transféré du 6'^ escadron au 4®. Le 3^ et le 4^ étaient réunis à Bra. (Jour, d'il., 35, 45, et les notes.)

5. Bra est tout voisin de Cherasco, où Bonaparte avait signé en 1796 j'armistice avec le Piémont vaincu. Beyle raconte, dans saT'^ie de Napoléon (XllI), qu'il visitait avec ses compagnons d'armes les champs de bataille de 1796, et parmi d'autres noms illustres il mentionne en effet Cherasco.

G. On le lira à l'appendice.

LA CARRIÈRE MILITAIRE d'iIENRI BEYLE 181

riche. Elle ne comprend pas moins de 58 volumes, lourd bagage pour un sous-lieutenant.

Cette bibliothèque est étrangement disparate. On y trouve les poètes anciens, Homère ^, Virgile et Horace, et les classiques du grand siècle, Racine, Boileau, Molière. Beyle qui, à l'exemple de celui-ci, avait la double ambition de « faire des comédies »et de «vivre avec une actrice », n'avait pu se séparer en campagne de cet Art de la comédie, qu'il avait acheté l'année précédente à Cailhava luimême, et lisait les Mémoires de Lekain en rêvant aux coulisses du Théâtre français. Le philosophe, l'idéologue, étudiait Voltaire et le livre de Condorcet sur les Progrès de Vesprit humain. ^lais le rêveur, le poète, n'avait pas oublié ceux qui avaient enchanté son enfance ; seulement il les lisait aujourd'hui en italien ; c'étaient la Gerusalemme liberata du Tasse, et VOrlando jurioso de l'Arioste, ces quatre petits volumes in-18 qu'il portait dans les fontes de ses pistolets, en chevauchant à travers les monts de la Toscane. Enfin, parmi ces maîtres du passé, un seul écrivain vivant : Henri Beyle, qui le croirait ? emportait avec lui en Italie VEpître à Delille et la Cléopédie de Pierre Daru. Mais peut-être les lisait-il peu.

Le studieux Beyle n'avait point oublié non plus ses grammaires, grammaire italienne, — celle de son maître l'abbé Gattel, — grammaire anglaise et grammaire française.

Mais, perdus au milieu de ces poètes, de ces philosophes et de ces philologues, quelques ouvrages militaires viennent nous rappeler pourtant que Beyle est officier de dragons : c'est un traité de Manœuvres, qu'il commence; ces jours-là mêmes, à étudier 2, après un an de service ; c'est le Règlement du 12 août 1788 et celui du 24 juin 1792. Enfin, à côté d'un Journal des opérations de Varmée d'Italie, voici le Rapport sur la bataille d'Hohenlinden. Beyle, toujours frondeur, et alors républicain fervent,

1. Les douze volumes de la traduction, alors célèbre, de Bitaubé. C'était un prix de l'Ecole centrale, ■2. Jour, d'il., 47.

prenait-il plaisir, dans l'armée du vainqueur de Marengo, à ne rien tant admirer que le génie de son rival ?

Mais en vérité il ne songeait plus guère alors à la tactique ou à la stratégie. En lisant ses romanciers et ses poètes, il tâchait d'oublier qu'il était soldat. Ainsi fera, vers le même temps, Paul-Louis Courier. Lui aussi, comme Beyle, emportera partout un livre cher, sa « société », son « unique entretien dans les haltes et les veillées ^ ». Et si ses camarades en riaient, on peut supposer que Beyle non plus n'a point échappé aux mêmes railleries.

Au 6^ dragons, plus encore que dans l'entourage du général Michaud, parmi ces rudes sabreurs, Beyle se sentait un étranger ^. De ses compagnons d'alors il ne nous dit rien, ou ce n'est qu'un mot en passant, sur la bêtise de l'un ou la platitude de l'autre ^. Mais les archives du régiment nous font croire que Beyle avait tous les droits d'être sévère, ou dégoûté *. Quant au colonel Le Baron, c'était assurément un brave soldat et un brave

1. Correspondance de P. -L. Courier, lettre de septembre 1806.

2. D'autant plus qu'apparemment ce jeune homme trop protégé inspira peu de sympathie à des officiers qui avaient gagné leurs galons sur les champs de bataille d'Allemagne et d'Italie. « Dans son régiment Beyle, qui avait 150 francs de pension par mois et qui se disait riche,... fut envié et pas trop bien reçu. » [H. Br., II, 208.) Et c'était, par surcroît, un « intellectuel » !

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