Lettre du 10 avril 1800, à Pauline {Corr., I
2. h' Art de la Comédie, suivi d'un Traité de l'imitation, avait paru en 1772 (4 vol. in-8°) ; une nouvelle édition, réduite, portail la date de 1786 ou 1795 (2 vol. in-S").
A qui Beyle, voulant être le Molière de son temps, pouvait-il mieux s'adresser qu'à cet adorateur de Molière, qui portait sur une bague une dent du grand comique ?
3. Il a même ébauché, entre 1810 et 1813, un Traité de la Comédie, qui se trouve dans les manuscrits de Grenoble. (R 5896, t. XXV.)
jardins ^ », il attendit le génie, qui ne vint pas en ce temps-là.
A vrai dire ses cousins Daru, qui ne connaissaient point sa passion secrète, s'occupèrent trop de le distraire, jusqu'au jour proche où Beylc va quitter sa petite chambre, propice aux méditations, pour courir les champs de bataille. Mais il n'importe guère que ses velléités d'écrire soient encore demeurées stériles. Dès ce temps-là, le rêveur sentimental des rues de Paris, et le jeune poète enfermé dans sa mansarde devant du papier blanc, aurait pu composer l'épitaphe qui résume si bien aujourd'hui sur son tombeau le meilleur et l'essentiel de sa vie :
« ... scrisse, amô. s 1. H. Br., II, 94.
Beyle dans la famille Daru. — Pierre Daru. — Martial Daru. Beyle aux bureaux de ta Guerre.
« Je devais être un singulier problème dans la famille Daru ; la réponse devait varier entre : C'est un fou, et : C'est un imbécile. »
(Il.Br., 11,116.)
Les Daru allaient être pendant quinze ans les protecteurs attitrés d'Henri Beyle. Ils le comblèrent d'attentions, ils le reçurent chez eux comme un fils, ils ont fait sa fortune. Leurs bienfaits ne se lassèrent point. Quelques-unes de ses cousines voulurent même bien ajouter au traitement privilégié dont jouissait Beyle dans la famille des faveurs toutes personnelles et plus précieuses. Les Daru montrèrent donc à Beyle toutes les espèces de bienveillance, et Beyle a eu pour eux toutes les sortes d'ingratitude.
Il mit trente-cinq ans à découvrir qu'il leur devait beaucoup : « j'admire aujourd'hui, mais aujourd'hui seulement, écrit-il dans Henri Brulard, la bonté de toute cette famille Daru ^, »
C'est que jamais ils ne se comprirent. Aussi n'ont-ils éprouvé les uns pour les autres nulle sympathie véritable. Le protégé, nous le verrons, méprisait l'âme froide et l'esprit bourgeois de ses protecteurs ; et ceux-ci trouvaient Henri Beyle indépendant à l'excès, mauvais sujet, et